Vues intérieures

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jeudi 2 avril 2020

Theatre a distance, documentaire et vieux livres...

En ces temps étranges de confinement et de distanciation sociale, surgissent de belles surprises.
Il paraît que les gens ont plus de temps, coincés à la maison...
Si tel est le cas, voici alors quelques suggestions, certaines directement liées à notre récent séjour à Chicago et aux pièces de théâtre que nous y avons vu, mais aussi à ce que nous voyons circuler sur les réseaux sociaux ou les médias en ligne, ici et ailleurs... A vrai dire, c'est plutôt ailleurs, physiquement et temporellement, histoire de s'évader un peu par l'esprit, en attendant de pouvoir le faire à nouveau par le corps...

Du théâtre depuis chez soi où il est aussi question d'accessibilité, un passionnant documentaire sur Netflix où "les éclopés" ont la parole, des lectures à caractère patrimonial en lien avec la cécité, voilà ce que nous vous proposons...

Teenage Dick, le théâtre à domicile

Dans notre précédent billet Chicago bis - Handicap, représentation, accessibilité, nous avons parlé de cette pièce commandée par the Apothetae, écrite en 2016 par Mike Lew et montée à New York en 2018. Nous avions aussi mentionné the Apothetae, structure new-yorkaise fondée par Gregg Mozgala, comédien ayant une IMC (Infirmité Motrice Cérébrale), et qui a d'ailleurs crée le rôle de Richard à New York. Ces derniers jours, the Apothetae et the Lark ont annoncé le lancement de leur deuxième bourse majeure pour des auteurs handicapés ou sourds. Si cela vous intéresse, vous pouvez postuler jusqu'au 14 juin prochain.

Teenage_Dick.jpg
Affiche de "teenage Dick" mis en scène par Brian Balcom au Theater Wit

"Teenage Dick" a également été montée en Angleterre l'année dernière, mais c'est dans la version chicagoane que nous l'avons vue.
Nous y revenons parce qu'après avoir vu la première répétition publique, nous avons tenté la version "confinée", à travers un écran d'ordinateur et avec sept heures de décalage horaire.
Cette fois-ci, enregistrée lors de la dernière représentation en public, les décors étaient terminés et la comédienne interprétant Clarissa avait été remplacée par sa doublure, a priori pour des raisons de santé. L'intérêt du théâtre est avant tout d'être dans la salle avec les comédiens et le reste du public mais en cette période où tous les lieux culturels sont fermés, nous voyons naître un peu partout des initiatives pour amener le théâtre dans nos maisons. La Comédie Française propose ainsi des rendez-vous quotidiens, le Théâtre de la Colline diffuse le journal du confinement de Wajdi Mouawad... A travers les Etats-Unis, plusieurs théâtres diffusent des pièces en vidéo. Certains, comme le Theater Wit ou le Timeline Theatre, tous les deux à Chicago, vendent pour chaque diffusion, le nombre de places que comporte chacun des théâtres. En l'occurence ici, respectivement 98 et 99 places. Si vous avez envie de tenter l'expérience, cet article intitulé Onscreen this month - quarantine edition vous donnera des pistes, certaines à consommer très rapidement...
Il y a un autre article issu du journal American Theatre dont le site est une vraie mine de renseignements pour qui s'intéresse au théâtre américain, qui a retenu notre attention. Intitulé Streams before the flood, il recense les initiatives et tentatives de théâtre à distance, mais surtout, il parle aussi d'un sujet que nous n'avons pas encore vu émerger dans les médias français : l'accessibilité. Son auteur, Jerald Raymond Pierce, donne ainsi la parole à Mickey Rowe, co-fondateur de National Disability Theatre indique ainsi que la possibilité de voir une pièce de théâtre depuis son domicile est une chose que la communauté des personnes handicapées réclame depuis longtemps ("an at-home streaming option for current shows is something the disability community has been calling for for a long time").

“This should always be an option,” Rowe said. “For a lot of people with disabilities, getting out the door and attending the theatre in person is just not possible or reasonable. This doesn’t mean that they don’t want to attend your theatre or become a subscriber. Your theatre, and the travel to get to the theatre, simply isn’t accessible for them.”

Rowe ajoute : "Cela devrait toujours être une possibilité. Pour beaucoup de personnes handicapées, sortir de chez soi et se déplacer physiquement au théâtre n'est simplement pas possible ou raisonnable. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'elles ne souhaitent pas venir au théâtre ou y être abonnées. Votre théâtre, et le trajet pour s'y rendre, n'est tout simplement pas accessible pour elles."

Mickey Rowe, acteur lui-même, autiste et légalement aveugle, souligne aussi qu'il existe déjà des solutions techniques permettant d'ajouter des sous-titres ou de l'audiodescription à des vidéos qui pourraient être utilisées dans les versions diffusées par les productions. Jeremy Wechsler, le directeur du Theater Wit, indique qu'à terme, il y aura une version audiodécrite et sous-titrée de Teenage Dick. A ce jour, nous n'avons pas vu d'indications relatives à cela sur le site de réservation mais la pièce est diffusée jusqu'au 19 avril prochain.

Crip Camp

Le 25 mars dernier, Netflix mettait en ligne un documentaire produit par le couple Obama, Crip Camp et réalisé par des professionnels handicapés dont Jim LeBrecht, ingénieur du son, dont on suit le parcours à travers l'aventure des droits civiques. Si vous n'avez pas Netflix, profitez du mois d'essai gratuit pour vous jetez sur ce documentaire passionnant, réjouissant, mené de bout en bout par des personnes handicapés, tout handicap confondu. Cela vous permettra aussi, si cette histoire ne vous est pas familière, de retracer la lutte des personnes handicapées américaines pour leurs droits civiques, du Camp Jened, colonie de vacances tenue par des hippies, dans les années 1970 qui accueillait des personnes handicapées de tous les Etats-Unis, jusqu'à l'ADA (Americans with Disabilities Act) de 1990, Judith Heumann en tête, infatigable avocate des droits civiques. Il est aussi beaucoup question de solidarité dans ce documentaire, d'images d'archives mais aussi d'images d'aujourd'hui. Et, comme le rappelle Cécile Marchand Ménard, dans cet article paru sur Télérama, "Prix du public au dernier Festival de Sundance, Crip camp souligne que les droits des minorités sont fragiles, et jamais totalement acquis. Si connaître l’histoire des luttes est l’une des clés pour renforcer ces droits, alors le documentaire du couple Obama fait figure d’œuvre d’utilité publique."
Tout est dit, nous vous aurons prévenus. A voir absolument et d'urgence! Il paraît qu'en ce moment, vous avez plein de temps libre...

Ce qui est intéressant aussi, comme nous l'avons vu précédemment, c'est qu'aujourd'hui, le réseau internet et les outils de communication nous permettent de nous réunir derrière un écran pour discuter ensemble, et des quatre coins du monde. Sur Twitter, depuis plusieurs années maintenant, il y a un hashtag passionnant pour qui s'intéresse notamment à la représentation du handicap au cinéma, c'est #FilmDis. Le 1er avril dernier (et ce n'est pas un poisson) a eu lieu un "Twitter chat" autour de "Crip Camp" organisé par Alice Wong, une activiste handicapée, et co-animé par les deux réalisateurs du documentaire, James LeBrecht et Nicole Newnham.

Crip Camp - Twitter chat
Annonce du "Twitter chat" avec, à gauche, l'affiche du documentaire, et, à droite, les informations nécessaires pour participer à la "conversation".

Au cours de cet échange, Alice Wong a demandé aux réalisateurs ce qu'ils souhaitaient ou espéraient voir émerger de la diffusion de "Crip Camp" sur Netflix.

Screenshot_2020-04-02_James_LeBrecht_sur_Twitter_We_are_hearing_from_other_filmmakers_with_disabilities_that_they_are_feeli_._.png
Dans ce tweet, James LeBrecht, l'un des réalisateurs du documentaire indique que depuis la sortie du film et ses récompenses, il y a un changement d'attitude de la part de producteurs qui, il y a seulement quelques mois, n'auraient même pas regardé un projet mené par des réalisateurs handicapés. Il décrit cela comme "l'effet Crip Camp"...

Le documentaire est disponible dans de nombreuses langues ainsi que dans une version audiodécrite en français, assez vivante d'ailleurs.

Lecture des temps passés

Après des actualités très récentes, pourquoi ne pas plonger dans la mémoire de l'imprimerie...
C'est incroyable ce que l'on peut découvrir sur Gallica.
On y retrouve des noms déjà évoqués ici tels Jacques Arago, "équivalent" français de James Holman découvert dans Voyageur qui continua à voyager autour du monde après avoir perdu la vue à l'âge de quarante-sept ans, ou Pierre Villey, universitaire spécialiste de Montaigne, qui fait encore référence aujourd'hui, et qui a tant œuvré pour la reconnaissance des personnes aveugles.

Si vous avez envie de voyager autour du monde, à la rencontre d'autres cultures, Le voyage autour du monde de Jacques Arago est idéal.

Quant à Pierre Villey, on ne peut que conseiller Le Monde des Aveugles - Essai de Psychologie paru en 1914.
Pierre Villey a également publié en 1925 l'aveugle dans le roman contemporain, une source très précieuse pour qui s'intéresse à la représentation de la cécité dans les romans. Il distribue des bonnes et (surtout) mauvaises notes à ses contemporains. C'est en lisant cette étonnante ressource que nous avions découvert Les Emmurés de Lucien Descaves. Le document est disponible dans de nombreuses versions, y compris en format Daisy. Le document est disponible en annexe de ce billet en format PDF.

Pour momentanément conclure

Voilà donc quelques suggestions pour occuper notre esprit, nos oreilles, nos yeux, nos mains, peu importe la façon dont nous lisons...
Elles sont totalement subjectives et nous l'assumons pleinement, comme nous l'avons toujours fait ici.
Il nous a paru intéressant de faire remonter aussi les problématiques d'accessibilité connues depuis longtemps par les personnes handicapées mais qui semblent (enfin) arriver à la connaissance des autres, ceux qui, habituellement, ne se posent pas la question de "je veux aller voir ça mais comment je fais? Y a-t-il des transports en commun à proximité? La salle est-elle accessible? Le VTC que j'ai commandé va-t-il accepter mon chien-guide"...
L'article paru dans American Theatre y faisait allusion mais nous espérons sincèrement que l'après confinement permettra de ne pas oublier ces questions d'accessibilité, qu'elles soient numériques ou physiques. Nous y prêterons un œil et une oreille attentifs.
En attendant, nous vous souhaitons de belles découvertes.

vendredi 27 décembre 2019

A ecouter - quelques podcasts et plus

Alors que le blog a fêté ses cinq ans en septembre dernier, nous avions envie de vous suggérer quelques podcasts (ou balados pour nos amis québécois).
Ils peuvent être en français ou en anglais, natifs ou issus d'émissions de radio, dont beaucoup issus de Radio France. Ils ont tous un rapport, de près ou de loin, avec la cécité et la culture, bref, avec la raison d"être de Vues Intérieures.
Et pour finir l'année, quelques suggestions musicales...

Moondog
Dans un précédent billet, nous avions évoqué la possibilité d'enrichir notre liste de musiciens.
Commençons par un être inclassable mais dont l’œuvre est fascinante : Louis Thomas Hardin, alias Moondog ou encore "le Viking de la 6ème avenue".
Nous avions (re)découvert ses compositions à l'occasion d'une émission diffusée il y a quelques étés sur une des radios du service public. Cette série d'émissions consacrées à Moondog était l’œuvre d'Amaury Cornut, spécialiste du compositeur et auteur d'une biographie en français.
Nous vous donnerons quelques liens pour des émissions allant de 2016, année du centenaire de la naissance de Louis Thomas Hardin, à 2019, vingt ans après sa mort.

Moondog à New York

Cet automne, le 29 septembre dernier précisément, l'un des épisodes de l'émission 59 rue des Archives, sur TSF Jazz, était consacré à Moondog. Cette émission présentée par David Koperhant, Bruno Guermonprez et Rebecca Zissmann, "dans les coulisses de la grande histoire du jazz", revient sur la vie d'un musicien et présente aussi ses œuvres essentielles en posant le contexte, en décortiquant la composition. Le lien pour le podcast est donné ci-dessus.
Si cela vous a donné envie d'en savoir plus sur Moondog, il y a aussi cette émission de Sébastien Lopoukhine sur France Culture diffusée fin mai 2016 Moondog, l'inconnu de tous ou le génie de quelques uns avec des liens vers d'autres émissions comme cet atelier de la création qui lui est consacré ou un épisode de feu Continent Musiques présenté par Matthieu Conquet, Au croisement de Moondog diffusé au tout début de l'année 2018.

Joe Strechay et See
En 2017, encore sous le charme de notre voyage très théâtre de Chicago et notre rencontre impromptue avec Jay Worthington, comédien déficient visuel faisant partie de la compagnie du Gift Theatre, nous avons eu l'occasion de l'entendre raconter son parcours et ses difficultés à se faire reconnaître en tant que professionnel dans un podcast qui s'intitule Reid my Mind et dont l'auteur, Thomas Reid, a perdu la vue en 2004. Africain américain aveugle, il ne trouvait pas de portraits positifs de personnes ayant des liens communs avec lui. Il a donc décidé de créer son émission et d'interviewer des gens, notamment déficients visuels, qui avaient réussi à se faire une place parmi les autres. Si l'on ne peut plus accéder à la version audio de l'émission avec Jay, la transcription écrite reste disponible sur ce lien.

Plus récemment, à l'occasion du lancement de la série See sur Apple TV+, T. Reid a interviewé Joe Strechay, producteur de la série, mais aussi conseiller artistique pour tout ce qui a trait à la déficience visuelle. C'est déjà lui qui avait conseillé et entraîné Charlie Cox pour son rôle de Matt Murdoch dans la série Daredevil sur Netflix. Dans cet épisode du podcast, Joe Strechay raconte comment il en est venu à travailler pour l'industrie cinématographique et des séries télé. Et si les rôles principaux sont portés par des comédien.ne.s voyants qu'il a fallu conseiller, See compte dans ses rôles secondaires plusieurs acteurs déficients visuels dont il a fallu aussi assurer la sécurité et l'autonomie sur les lieux de tournage.

Danser
C'est une émission plus ancienne mais c'est un vrai plaisir d'entendre Saïd Gharbi parler de son travail avec Wim Vandekeybus et de sa découverte de la danse qui influence aujourd'hui sa façon de se déplacer: Danser dans le noir.
Par ailleurs, si "danser dans le noir" vous inspire, nous vous invitons à découvrir le travail de la compagnie Acajou qui développe des outils pour faciliter l'apprentissage de la danse lorsque l'on est déficient visuel, et qui a aussi créé des spectacles avec Saïd Gharbi.

Un peu de musique de Noël?
Si vous avez envie d'écouter de la musique de Noël un peu revisitée, Justin Kauflin, musicien de jazz et protégé de Quincy Jones (excusez du peu!) a sorti un album titré opportunément Christmas Candy, Candy étant le nom de son chien-guide qui figurait sur la pochette de son album Dedication.

Couverture du CD Christmas Candy
Couverture du CD Christmas Candy de Justin Kauflin
Le dessin est réalisé par Zoe R., 5 ans.
Au premier plan, un chien noir, Candy, le chien-guide de Justin Kauflin

On peut écouter quelques morceaux joués par Justin Kauflin sur le site de soundcloud ou aller sur son site, Justin Kauflin.

Voilà quelques suggestions mettant en avant des artistes mais aussi des émissions ou des podcasts que nous écoutons régulièrement.

mardi 8 août 2017

A lire, à voir, à faire...

Il y a longtemps que je n'avais pas publié un billet vous incitant à aller voir ailleurs ce qui se passe et permettant au blog de se tenir à jour en revenant sur le présent d'artistes ou auteurs précédemment présentés dans ces pages...
Au fil des lignes suivantes, vous aurez donc de quoi lire, voyager, programmer votre prochaine saison théâtrale... et entretenir votre anglais...

Le 11 mai dernier, les Éditions du sous - sol ont publié une nouvelle traduction du livre de John Hull, intitulé en anglais Touching the Rock - An Experience of Blindness, Vers la Nuit.
Cette (ré)édition a été abondamment (et à juste titre) relayée dans la presse, voici quelques liens :

Cette nouvelle édition est également disponible à la BNFA, Vers la Nuit, en voix de synthèse, texte ou PDF.

Couverture du livre de John Hull, Vers la Nuit, Éditions du Sous-sol

L'été étant la saison par excellence des festivals, et notamment des festivals de musique, il est toujours intéressant de se pencher sur leur accessibilité autant physique (comment s'y rendre et comment circuler sur le site) que culturelle (accès au contenu). La presse anglaise, décidément très concernée par le sujet, vient de publier un article consacré à l'accessibilité des festivals pour les personnes aveugles ou malvoyantes : This Is What It’s Like To Go To A Festival If You’re Blind Or Partially Sighted .
Pour mémoire, Vues Intérieures avait publié également deux billets l'été dernier sur l'accessibilité des festivals. L'un sur le travail remarquable du Festival des Eurockéennes, l'autre, tiré d'une émission de la BBC, In Touch, qui s'était concentré sur l'accessibilité du Festival de Glastonbury pour les personnes aveugles et malvoyantes.

Pour ceux qui auraient la chance de partir en vacances au Canada, et de passer par Ottawa, vous aurez l'opportunité de voir de plus près le travail de Carmen Papalia, artiste se définissant comme "apprenant non visuel", originaire de Vancouver, jusqu'au 13 août 2017 à la Galerie d'Art d'Ottawa : Accès libre : Manifestations.

Le Gift Theatre de Chicago a eu les honneurs de la revue (indispensable) American Theatre juste avant de présenter, le 16 juillet dernier, sa saison 2018. Au programme, trois pièces dont un Shakespeare, Hamlet, et une pièce de David Rabe, Cosmologies, grand auteur de théâtre américain qui a intégré la troupe du Gift en février 2017. Voici un petit compte-rendu de Time Out de la présentation : The Gift Theatre to stage 'Hang Man', 'Hamlet' and 'Cosmologies' in 2018.
En 2015, le Gift avait créé Good for Otto de David Rabe. Ci-dessous, photo de Claire Demos avec Jay Worthington.

Jay Worthington - Good for Otto

Lors de la présentation de la saison, Michael Patrick Thornton, directeur artistique du théâtre, a également annoncé l'arrivée de cinq nouveaux membres, Evan Michael Lee, Chika Ike, Martel Manning, Gregory Fenner et Hannah Toriumi, mettant ainsi fin à ce qu'il disait lors de l'échange que nous avons eu à propos de la troupe du Gift en mars dernier : "le Gift, bien que divers en terme de capacité, sexualité, genre, âge, éducation, profil socio-économique, est, pour le moment, de façon embarrassante et honteuse, composé de blancs."
On trouvera ci-dessous une photo de Claire Demos tirée du Richard III monté et joué par le Gift en 2016, avec, de gauche à droite, Michael Patrick Thornton, Martel Manning (parmi les dernières recrues de la troupe du Gift) et Jay Worthington.

Richard III - Michael Patrick Thornton, Martel Manning et Jay Worthington - photo de Claire Demos

Et pour rester dans le domaine des acteurs, qu'ils soient sur grand, petit écran, ou sur scène, on pourra aussi lire les nombreux articles parus dans la presse anglaise ou américaine ces dernières semaines plaidant pour la présence plus nombreuse d'acteurs handicapés.
Il y a ainsi eu plusieurs articles autour d'un film, Blind (!), où Alec Baldwin joue le rôle d'un écrivain devenu récemment aveugle à la suite d'un accident de voiture (notons, en passant, l'originalité de la cause de la cécité), qui disaient que, encore une fois, le handicap était porté comme un costume...
Voici quelques liens d'articles (en anglais) :

samedi 7 mai 2016

A écouter, voir et lire - liens et suggestions

Beaucoup d'éléments autour de la déficience visuelle en ce moment, avec des envies de voyage et un "twist" qui plaît bien au blog Vues Intérieures et que nous avons envie de partager...

Comme d'habitude, pour ceux qui connaissent le blog, un coup d'oeil appuyé vers l'Amérique du Nord avec un arrêt au Québec.

Nous commencerons au Québec avec une jolie et sympathique campagne de l'office du tourisme où nous partons à la découverte de la "Belle Province" avec Danny Kean, "véritable" touriste de New York, aveugle "de naissance" et musicien (!). Il y a la vidéo publicitaire mais également un site interactif Québec Original - un voyage jamais vu qui nous permet de suivre les aventures de Danny et Judith, sa guide québécoise pendant le séjour. A chaque étape, il y a le point de vue de Danny et celui de Judith. C'est intéressant et enrichissant, chacun, finalement, se complétant avec ses émotions, ses ressentis.
Séjour rempli de soleil, de rires et de sourires, avec, évidemment, un Québec sous son meilleur jour, mais une campagne de communication intelligente, sensuelle et sensorielle qui donne une autre image de la cécité.

Quebec Original - Danny et Judith faisant du rafting

C'est de cette volonté qu'est née une autre campagne de communication, Blind New World, parrainée par la Perkins School for the Blind, fondée en 1829. Sur le site, on peut notamment visionner deux courtes vidéos (en anglais) avec une version audiodécrite, l'une se passant dans un taxi, l'autre lors d'une soirée entre amis mettant chacune en scène une personne aveugle. On pourra regretter qu'il s'agisse dans les deux cas d'un homme blanc, néanmoins, elles sont à voir. A souligner, quand même, qu'il s'agit, dans les deux cas, d'acteurs déficients visuels. Dans The Get Together, il s'agit de Jay Worthington, notamment membre de la troupe du Gift Theatre à Chicago. Quant à The Drive, il s'agit de David Rosar Stearns, notamment membre de la troupe du Theater Breaking Through Barriers à New York.

Pour finir ce court billet, un pont entre la France et le Québec, entre Paris et Montréal plus particulièrement, en partant en voyage avec Jacques Semelin qui vient de publier aux Éditions les Arènes, Je veux croire au soleil, "un récit de voyage dans la tête et le corps d'un non-voyant". "Son écriture émouvante et souvent drôle entraîne le lecteur dans ce que Borges appelait une expérience sensuelle et esthétique." (Extrait de quatrième de couverture)

Couverture du livre Je veux croire au soleil - Jacques Semelin

Dans le même registre, il avait également publié "J'arrive où je suis étranger", publié en 2007 au Seuil, et disponible en livre audio chez Lire dans le Noir.
Pour découvrir la voix de Jacques Semelin et ses propos, voici quelques liens:
- Sur France Inter, interrogé par Léa Salamé
- Sur Europe 1, dans le Club de la Presse
- Au Collège de France, dans le cadre du séminaire du professeur José Alain Sahel, le point de vue de la non-vue

Que cela vous incite à butiner, aller écouter la musique de Danny Kean, partir visiter le Québec, ou, plus simplement, lire "Je veux croire au soleil" ou écouter ce que dit Jacques Semelin, en ayant à l'esprit que la cécité, si elle modèle la façon d'être, n'est qu'une partie de la personne. Et que nous avons plusieurs sens à notre disposition pour prendre connaissance de notre environnement. Et ça, c'est aussi le message de Chris Downey, architecte devenu aveugle qui continue son métier, et qui vient de travailler sur l'aménagement des nouveaux locaux du San Francisco Lighthouse for the Blind and the Visually Impaired. A lire (en anglais), cet article intitulé Blind people don't need your help, they need better design, soit "les personnes aveugles n'ont pas besoin de votre aide, elles ont besoin d'un meilleur design".

dimanche 25 octobre 2015

A écouter et à lire - Quelques liens

Au cours de ces dernières semaines, plusieurs choses entendues ou lues m'ont donné envie de les partager avec les lecteurs de "Vues Intérieures".

Parlons d'abord de "Backstage", émission d'Aurélie Charon, diffusée sur France Culture le lundi de 23 heures à minuit et de l'émission n°7, vrai coup de coeur, où elle recevait Melchior Derouet, skieur, comédien, danseur déjà présenté ici, intitulée les visions de Melchior Derouet où il parle de ski, de sa carrière, de ses courts métrages avec Joël Brisse, de sa façon de voir.

Les Pinces à Linge - Alban et son appareil photo - film de Joël Brisse avec Melchior Derouet

Alban (Melchior Derouet) et son appareil photo - Les Pinces à Linge - Joël Brisse

Voir différemment, percevoir autrement, c'est aussi de cela que parle le billet d'Ariane Charton intitulé Trois Regards où elle évoque notamment Jacques Lusseyran, présenté aussi ici à travers le billet sur Le Voyant de Jérôme Garcin.

Cela renvoie aussi inévitablement au colloque Blind Creations ou à celui organisé du 19 au 21 novembre prochain, programme détaillé ici, qui abordera notamment l'analyse des représentations artistiques du handicap. A lire à ce sujet, le billet d'Ariane Charton Compréhension et Expression du Handicap.

Profitons de nos différences pour enrichir nos propos, nos façons de penser et nos modes de perception et nous donner la possibilité de réfléchir autrement.