Film québécois (Canada) tourné en 2006, réalisé par Catherine Martin

2014-10-27_03.13.13.jpg

J'ai eu l'occasion de revoir "Dans les Villes" et envie de le présenter, ne serait-ce que pour parler de Robert Lepage, ce grand monsieur québécois (aujourd'hui mondialement reconnu et acclamé) du théâtre, du cinéma, de la mise en scène... et aussi parce que la cécité, pour n'être pas centrale dans ses oeuvres, est régulièrement présente.

Ici, dans le second long métrage de Catherine Martin, il interprète Jean-Luc, aveugle, passionné d'art et photographe.

Synopsis

Quatre personnes marchent dans la ville. Elles ne se connaissent pas. Il y a Fanny qui soigne les arbres et qui rencontre les trois autres : Joséphine arrivée au bout de sa vie, Carole en proie à la mélancolie et Jean-Luc l'aveugle, qui apaisera Fanny et qui lui redonnera foi en la beauté.

Ce que j'en pense

Présenté dans plusieurs festivals de cinéma dont celui de Berlin, je ne sais pas s' il est sorti en France. Pour avoir une idée plus complète du film, allons voir le site de Films Quebec ou de la Presse

Pour ceux qui ne connaîtrait pas Robert Lepage, vite, allez faire un tour sur le site de la Caserne pour découvrir l'oeuvre de ce grand artiste multidisciplinaire qui a été l'un des premiers à utiliser le multimédia dans la mise en scène.

J'ai envie de me concentrer sur le personnage de Jean-Luc.

Si le personnage aveugle ouvre les yeux de Fanny à la beauté, photographie pour garder des souvenirs d'instants fugaces, il y a de nombreux détails qui le rendent attachant et crédible.

Le film ouvre sur une sculpture, Femmes de Caughnawaga de Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté, bientôt explorée par une puis deux puis quatre paires de mains gantées de blanc. On comprend très vite qu'il s' agit d'une visite tactile organisée dans un musée pour un public déficient visuel. Femmes de Caughnawaga - M.A. de Foy Suzor-Côté Dans la deuxième scène, Jean-Luc est assis chez lui, écoutant un livre enregistré. Cette scène sera répétée une deuxième fois, donnant à écouter un extrait du "Livre des Rêves" de Rilke, puis de "La Divine Comédie - l'Enfer I et III" de Dante.

La première fois qu'il croisera Fanny, au supermarché, il lui demandera s' ils ne se connaissent pas déjà. Fanny lui répondra non, plus tard, on comprendra (et on verra) qu'elle enregistre des livres sur cassettes pour la Magnétothèque, organisme québécois qui mettait à disposition des personnes malvoyantes ou aveugles des livres enregistrés. Jean-Luc connaissait bien la voix de Fanny.

Fanny va croiser Jean-Luc dans les couloirs du métro mais n'osera pas l'aborder, lui n'en saura rien.

On voit Jean-Luc se déplacer très souvent avec sa canne blanche : dans les couloirs du métro, dans les escaliers, sur les trottoirs, pour aller travailler. A ce sujet, on suppose qu'il travaille dans une menuiserie ou ébénisterie où son sens du toucher (forcément surdéveloppé!) est utilisé pour finir de poncer les pièces de bois constituant un meuble.

La musique est présente mais pas de façon continue, par contre le toucher est extrêmement sollicité et montré à l'image (découverte de la sculpture, travail du bois, écorce des arbres...).

Au fil du temps, Fanny et Jean-Luc vont faire plus ample connaissance, iront se promener et découvrir les arbres, écouter la nature. Jean-Luc montrera ses photos à Fanny. On assistera à une très belle scène entre Fanny et Jean-Luc qui mettra le toucher à l'honneur et l'émotion à fleur de peau.

Outre le magnétophone Perkins, le livre en braille fera aussi son apparition, même pour un usage détourné (il servira d'herbier temporaire).

Film minimaliste, "Dans les Villes" est lent, mais beau. Une version audiodécrite serait la bienvenue. Le personnage de Jean-Luc est attachant, magnifiquement incarné par Robert Lepage.