Né en 1981 à Vancouver, Colombie Britannique, Canada, Carmen Papalia est un "Social Practice Artist". Pour en savoir plus, lire cet article du New York Times sur la formation universitaire (et le travail de Carmen Papalia, en anglais).
Son credo? Il crée des projets participatifs autour du thème de l'accès à l'espace public, l'institution artistique et la culture visuelle.

Carmen Papalia - portrait

Photo de Carmen Papalia tirée du documentaire Mobility Device

Carmen Papalia est actuellement en résidence à Londres, au Victoria & Albert Museum , de janvier à mars 2015, récipiendaire de la Bourse 2014 du Mémorial Adam Reynolds.

Quand il décrit son travail, Carmen Papalia dit qu'il crée des expériences qui invitent les participants à élargir leur mobilité perceptuelle et leur accès aux espaces publics et institutionnels. Ces expériences, qui supposent souvent la confiance et la proximité, perturbent le participant en introduisant des nouvelles façons de s' orienter qui permettent une découverte perceptuelle et sensorielle.

"Each walking tour, collaborative performance, public intervention, museum project and art object that I make is a temporary system of access, a gesture that establishes a moment of radical accessibility. " Chaque visite guidée, performance collaborative, projet muséal ou objet d'art que je crée produit un système temporaire d'accès, une façon d'établir une accessibilité radicale. "As an open-sourcing of my own embodiment, my work makes visible the opportunities for learning and knowing that come available through the nonvisual senses. It's a chance to unlearn looking and to help acknowledge, map and name entire unseen bodies of knowledge." En tant que témoin de ma propre expérience, mon travail rend visibles les opportunités d'apprentissage et de connaissance disponibles par les sens autres que visuels. C'est l'opportunité de désapprendre à regarder pour acquérir la connaissance, l'espace et les choses autrement que par la vue.

Carmen Papalia est malvoyant et se déplace avec une canne blanche depuis une dizaine d'années. Quitte à être regardé dans la rue, il a, un jour, remplacé sa canne blanche par une fanfare. Et ça donne, de mon point de vue, une idée brillante, drôle qui s'intitule Mobility Device.

Si je n'ai jamais été convaincue des tentatives de "se mettre dans la peau" d'une personne aveugle ou malvoyante en mettant un bandeau sur les yeux ou des lunettes donnant l'idée de ce que signifie "avoir une vue périphérique" ou "avoir une vision centrale" pour comprendre notamment ses difficultés de déplacement, je trouve la démarche de Carmen Papalia différente parce qu'il met l'emphase sur ce que les personnes peuvent ressentir, percevoir, non pour se mettre dans la peau de quelqu'un d'autre mais pour faire leur propre expérience. "Désapprendre à voir", apprendre à percevoir son environnement, à se repérer avec autre chose que la vue. Par ailleurs, à l'image de "Mobility Device", ou ses visites guidées littéralement où il dirige une bonne vingtaine de personnes à travers un lieu urbain, ou encore ses expériences dans les musées, il y a un côté drôle, déstabilisant et effectivement étonnant.

Carmen Papalia - Blind Field Shuffle 2012 - photo Jordan Reznik

Carmen Papalia - Blind Field Shuffle, 2012 - photo de Jordan Reznick

Carmen Papalia est également l'auteur d'articles qui questionnent l'accessibilité des musées de son point de vue de visiteur malvoyant mais aussi d'artiste. Et sa réflexion est fort intéressante (en anglais), Carmen Papalia - You can do it with your eyes closed ou encore A New Model for Access in the Museum paru dans le Disability Studies Quaterly.

A propos de ce sujet, voici une entrevue audio (en anglais) réalisée en mai 2016 : Carmen Papalia et le manque d'accessibilité des musées

Profitons de son expérience de visiteur malvoyant et d'artiste pour ouvrir effectivement d'autres pistes pour une accessibilité culturelle enrichissante, à partager et à éprouver. Je ne sais pas s' il aura l'occasion de présenter son travail en France mais c'est assurément un nom à retenir.