C'est grâce au documentaire, décidément incontournable, La Nuit qu'on suppose réalisé par Benjamin d'Aoust que j'ai découvert Saïd Gharbi.

Saïd Gharbi et Colline Etienne, photo de Benjamin d'Aoust, Fairy Mix Photo de Benjamin d'Aoust, Saïd Gharbi et Colline Etienne, Fairy Mix

Tellement à l'aise dans ses mouvements, émouvant dans cette scène de corps à corps silencieux, j'ai évidemment eu envie d'en savoir plus.

C'est presque par hasard que Saïd Gharbi est devenu danseur en 1992 alors que Wim Vandekeybus cherchait des danseurs aveugles pour un spectacle. Cet article du Soir datant de 1994 revient sur les premiers spectacles du danseur Saïd Gharbi chez Vandekeybus.

C'est dans la fameuse compagnie Ultima Vez de Wim Vandekeybus qu'il rencontre Ana Stegnar, danseuse et chorégraphe, qui le rejoindra en 2004 dans la compagnie Les BGM, qu'il a fondée en 2002.

Depuis, se pose sans cesse la question de montrer ou non sa cécité sur scène.

Il l'aborde pour la première fois en 2004 dans "Miros". "Dans un monde obsédé par les apparences et la vitesse, l’aveugle vit à contre-courant. Miros développe un langage chorégraphique théâtral et particulièrement physique reposant, à l’instar de la vie du non-voyant, sur l’impulsivité et la systématisation du mouvement. La musique joue ici un rôle essentiel, à la fois moteur narratif et guide pour le danseur aveugle. Dans ce paysage sonore, la présence d’un violoncelle vient tailler des points de repère, sculpter l’espace pour lui offrir une perception alternative. Pour rendre compte de l’expérience des non-voyants, la scénographie entretient un dialogue permanent entre ombre et lumière plongeant par moments le spectateur dans une obscurité totale."

Miros, avec Saïd Gharbi, les ballets du Grand Maghreb, photo de Kurt Van der Erst Miros, Saïd Gharbi, photo de Kurt Van der Erst

En parallèle à sa compagnie, Saïd Gharbi mène d'autres projets, participe à d'autres spectacles. Ainsi, en 2007, il participera à "Black Wrap" pour la compagnie Theater Stap, ou en 2012, "Clairières" avec la compagnie Acajou.

Clairières, captation du 23 octobre 2012

photo Clairières, Saïd Gharbi et Delphine Demont Photo issue du spectacle Clairières avec Saïd Gharbi et Delphine Demont

Réalisée en 2012, l'émission Sur les Docks, Danser dans le noir est à écouter d'urgence.

Alors danseur débutant chez Vandekeybus, pour apprendre les mouvements, Saïd Gharbi écoute le souffle du danseur, le rythme du mouvement sur le sol, puis le décompose, l'analyse par le toucher et se fait corriger par un autre danseur. Il répète le mouvement puis il improvise à son tour des mouvements sur la musique que les autres danseurs reprendront. Dans le spectacle "Clairières", Delphine Demont et Saïd Gharbi questionnent ce avec quoi la cécité du danseur peut jouer (et se jouer): regarder/voir, regarder/écouter, observateur/observé, maîtrise/sujétion, perte/recouvrement... Le travail et la réflexion autour du non vu, de la façon de travailler la chorégraphie, l'échange, sont vraiment intéressants et permettent de s' aventurer sur des terrains peu exploités ailleurs.

Certes, il faudra attendre le 7 mai 2015 pour connaître le programme du Festival de Marseille, Danse et Arts Multiples, mais on sait déjà qu'il y aura des ateliers de danse intégrée dont ceux animés par les BGM, compagnie de Saïd Gharbi et Ana Stegnar dont on peut mieux faire connaissance ici. Ouverts à tous, n'hésitez pas à vivre une expérience sensorielle probablement inédite pour la plupart d'entre nous. Et on pourra voir Saïd Gharbi dans "Clairières" de la compagnie Acajou, créée par Delphine Demont.

A lire aussi, les documents joints présentant la compagnie Acajou qui oeuvre depuis 2005 pour que la danse soit accessible aux personnes aveugles, danseurs ou spectateurs et qui sera aussi acteur dans l'édition 2015 du Festival de Marseille avec un travail autour de la danse et la cécité.

Laissons - nous découvrir la danse autrement, partons à la rencontre de Saïd Gharbi...