J'ai écrit ce nom dans le premier billet de ce blog.

J'ai écrit ce nom parce que je l'ai vu régulièrement sur scène et qu'il reste dans ma mémoire des souvenirs de chacune de ces pièces.

Aujourd'hui, je regrette que Vues Intérieures ne soit pas un blog plus ancien. J'aurais pu vous inciter à aller découvrir Bruno Netter sur scène, entouré de la troupe de la Compagnie du Troisième Oeil.

Aujourd'hui, Bruno Netter a levé le pied, comme on dit parfois, et s' est éloigné des planches.

Vous ne voyez pas qui il est? C'est lui le voisin aveugle que Mathilde (Catherine Deneuve) "maltraite" à coup de lecture de mauvaises nouvelles et d'endives au jambon tout en se donnant bonne conscience dans le film "Dans la Cour" de Pierre Salvadori, sorti en France le 23 avril 2014.

Dans la cour, affiche du film

Pour en savoir plus sur sa carrière, je vous envoie lire ces deux entretiens, le premier datant de 2001, paru sur le site Yanous , le deuxième de 2012, issu du journal Le Monde.

Dans ce billet, j'ai plutôt envie de partager mes souvenirs et mes émotions de passionnée de théâtre.

J'ai découvert Bruno Netter il y a plus de vingt ans grâce à une personne dont il faudra que je parle aussi dans un billet. Je l'ai découvert plus exactement en 1994 sur une petite scène, dans un petit théâtre parisien, le Théâtre Essaïon, avec une pièce intitulée "Fin d'Eclipse". Deux comédiens sur scène, Bruno Netter et Lionel Goldstein, également auteurs de la pièce, dans une mise en scène de Jean Dalric qui avait mis en scène l'année précédente Les Enfants du Silence qui révéla Emmanuelle Laborit remportant d'ailleurs le Molière de la révélation féminine. Mais ceci est une autre histoire.

J'ai attendu plusieurs années avant de revoir Bruno Netter sur scène dans un registre bien différent. La Compagnie du Troisième Oeil, qu'il avait co-fondée en 1984, travaillait alors régulièrement avec Philippe Adrien, directeur et programmateur depuis plus de vingt ans du Théâtre de la Tempête dont voici un passage de sa biographie qui me plaît bien :

"Par ailleurs, une fructueuse collaboration avec Bruno Netter, acteur aveugle, et la Compagnie du Troisième Œil, composée de comédiens handicapés et valides, a donné une résonance inédite au Malade Imaginaire de Molière en 2001, puis au Procès de Kafka, à Œdipe de Sophocle, à Don Quichotte de Cervantès et aux Chaises de Ionesco."

Lire aussi à ce sujet l'article de Marie Astier sur le travail de Philippe Adrien et la Compagnie du Troisième Oeil.

Sur plusieurs années, j'ai effectivement vu "le Malade Imaginaire", "Le Procès", "Don Quichotte" et "Oedipe". A propos de cette version d'Oedipe, je me suis dit, en sortant du théâtre, qu'enfin, j'y voyais clair dans cette histoire! Voir ici une présentation de la pièce publiée sur le site Yanous en 2009.

Oedipe - Bruno Netter et Monica Companys

Photo tirée du spectacle Oedipe avec Monica Companys et Bruno Netter

Je me rappelle aussi avoir dit à Bruno Netter, après avoir vu "le Malade Imaginaire" en province, que probablement la plupart des spectateurs étaient "simplement" venu voir cette pièce de Molière, sans connaître la "singularité" de la Compagnie du Troisième Oeil. C'est aussi pour cela que ces spectacles ne s' oublient pas. Vous venez voir une pièce de théâtre dont vous pensez connaître l'histoire et vous en ressortez avec beaucoup plus que l'impression d'avoir vécu un moment extraordinaire. Des comédiens passionnés et fascinants, une mise en scène ajustée et des décors assez minimalistes les valorisant.

Pas d'action revendicatrice, pas d'action militante, mais sa passion du théâtre a poussé Bruno Netter à remonter sur les planches. Voici ce qu'il dit à propos de sa compagnie, la Compagnie du Troisième Oeil, tiré de l'article publié dans le Monde en 2012 cité en début de billet :

"Depuis, Bruno Netter ne s'est jamais arrêté. Après Rimbaud, il crée à Angers une compagnie, Le Troisième Œil : "Un nom exigeant, qui nous élève." Il y accueille, au gré des spectacles, des comédiens de toutes sortes : lilliputien, géant, handicapé moteur cérébral, sourd... mais aussi des non-handicapés. Une mixité qui est pour lui fondamentale. L'idée, avec cette "troupe de bancals", comme il l'appelle, n'est pas de promouvoir le handicap mais bien de faire du théâtre. "Je ne vois pas l'intérêt de jouer à la bête affreuse, de créer un malaise chez le spectateur. Chacun a son combat à mener. Nous, on joue à partir de notre propre matière." Dans cette drôle de troupe, chaque spectacle est un défi, et la solidarité n'est pas un vain mot."

Pour finir, voici une phrase tirée de l'article publié en 2001 sur le site Yanous cité au début de ce billet et qu'un des professeurs de théâtre a dit à Bruno Netter après qu'il soit devenu aveugle:

"Si vraiment tu aimes ce métier, à toi de le reprendre et de trouver ta formule, ta façon de l'aborder."