Hannah Thompson vient de publier un article dans The Guardian qui fait suite au colloque Blind Creations et que j'ai envie de vous présenter ici. Il ne s'agira pas d'une traduction à proprement parler mais d'une tentative de transmission d'idée parce que, d'une part cela donne vraiment l'esprit du colloque et ensuite parce qu'il est important de faire circuler ces pensées. Elle est également l'auteure d'un blog Blindspot. Pour ceux qui souhaitent lire l'article en version originale, c'est ici et il s'appelle "How the arts can help change attitudes to blindness".

Portrait d'Hannah Thompson

Photo: portrait d'Hannah Thompson

Le blog "Vues Intérieures" est né d'une envie qui s'apparente vraiment à cette idée que les arts peuvent aider à changer le regard sur la cécité et la déficience visuelle.

Le colloque Blind Creations a accueilli 116 participants du monde entier dont la moitié était des personnes aveugles ou déficientes visuelles. Parmi elles, de nombreux artistes, auteurs, écrivains. Pendant le colloque a eu lieu aussi un micro festival des arts. Ces trois jours ont été l'occasion pour les participants aveugles et non-aveugles d'échanger des façons inventives d'expérimenter le monde, allant des livres tactiles et photographies à l'art haptique.

Lors de ce colloque, beaucoup de sujets ont été évoqués et Hannah Thompson a choisi, pour son article, de parler de deux d'entre eux pour lesquels l'art réalisé par ou pour les personnes aveugles peut et doit nous aider à changer les présomptions négatives de la société sur la cécité: le braille et le format audio, l'audiodescription en particulier.

Le braille et le support audio sont souvent utilisés pour permettre aux personnes aveugles d'avoir accès au matériel imprimé. L'engouement récent du public voyant pour les livres audio a permis aux personnes aveugles d'avoir accès à un nombre plus important d'oeuvres. Quant au braille, perçu comme difficile à utiliser et de nature encombrante, très peu de livres sont publiés, au Royaume Uni, sous ce format, signifiant aussi que cet ingénieux système de lecture est réservé à une petite minorité de personnes aveugles dont le nombre ne cesse de diminuer.

Lors du colloque, plusieurs artistes ont expliqué comment ils utilisaient le braille pour attirer à la fois le public aveugle et le public voyant. Ainsi, dans l'installation tactile de David Johnson, Too Big to Feel, l'artiste a créé des gros points de braille en béton pour montrer que le système d'écriture est un moyen créatif d'expression qui parle d'autonomie et de communication aux personnes non-aveugles. Cette oeuvre suggère que l'imprimé n'est qu'un moyen, et peut-être pas le meilleur, d'accéder à l'information.

Too Big to Feel, oeuvre de David Johnson

Photo : Too Big to Feel, David Johnson

Si Hannah Thompson doute d'une renaissance du braille dans l'industrie de l'édition malgré une nouvelle popularité de cette écriture parmi les lecteurs, écrivains et éditeurs, elle souligne cependant que les artistes qui utilisent le braille dans leurs oeuvres nous encouragent à nous questionner sur notre tendance à privilégier la vue sur les autres sens en soulignant le potentiel que peut avoir la cécité pour changer l'opinion.

L'audiodescription se développe au cinéma et à la télévision mais, contrairement aux livres audio, reste quasiment inconnu en dehors des personnes aveugles. Le colloque a montré que, loin de n'être qu'un support neutre pour raconter ce qui se passe à l'écran, l'audiodescription, comme le braille, est un art en soi ou le descripteur faire des choix délibérés et subjectifs de ce qu'il mentionne ou ignore.

Si, dans les cinémas, les personnes aveugles accèdent à l'audiodescription par le biais d'un casque qui, tout en leur donnant des informations sur les personnages, le décor, les isolent de l'expérience visuelle du film, elles sont aussi dépendantes des choix faits par les descripteurs.

Le documentaire "Across Still Water" de Ruth Grimberg datant de 2014 et parlant de perte de vision, a été présenté avec l'audiodescription lors du colloque permettant ainsi au public non-aveugle d'expérimenter une séance de cinéma "à l'aveugle".

Hannah Thompson explique que le refus du protagoniste d'utiliser une canne blanche permet au spectateur de comprendre ses sentiments au sujet de sa cécité progressive. Mais la vue d'une canne blanche pliée sur une table n'est pas mentionnée par le descripteur voyant. Les spectateurs aveugles n'ont pas ainsi accès à la décision de la réalisatrice de montrer cette canne inutilisée et d'en apprécier le symbole.

Les discussions lors de la présentation du film nous ont révélé qu'il était important de considérer l'audiodescription comme une forme d'art si les personnes aveugles peuvent accéder aux subtilités du film.

Hannah Thompson conclut en disant que si le braille et l'audiodescription ont été créés pour permettre aux personnes aveugles d'accéder au monde visuel, il est peut-être temps, aujourd'hui, de les envisager de manière plus créative. Cela permettrait non seulement d'améliorer la perception de la cécité par le public mais aussi l'accès des personnes aveugles à l'art.

Que les éditeurs et l'industrie cinématographique en prennent note!