Vous aimez les comédies musicales? Non? Vous aimez les films de Fred Astaire? Non?
Dommage, parce que j'ai envie de vous parler de Blake Stadnik qui joue actuellement le rôle de Billy Lawlor dans "Quarante-deuxième rue" ou "42nd Street", comédie musicale qui sera d'ailleurs présentée au Théâtre du Châtelet en fin d'année 2016 dans une autre distribution...

Mais revenons à Blake Stadnik, américain, originaire de Pittsburg en Pennsylvanie. Oui, encore un portrait venu d'Outre Atlantique. Blake Stadnik, donc, a vingt - quatre ans, et est légalement aveugle depuis l'âge de sept ans, après lui avoir diagnostiqué, alors qu'il avait six ans, la maladie de Stargardt dont on trouvera également un document explicatif en annexe. Concrètement, cela se traduit par une perte de la vision centrale, une altération de la perception des couleurs, un accommodement difficile de la vision dans les endroits peu éclairés, avec conservation de la vision périphérique permettant des déplacements autonomes, et une vision estimée entre 1/10ème et 1/20ème.

Portrait de Blake Stadnik

Lorsque le diagnostic est tombé, sa mère l'a inscrit à un cours de danse pour qu'il puisse continuer à faire de l'exercice alors que la pratique de sports se révélait plus délicate. C'est ainsi qu'il s'est découvert une passion pour les claquettes, mais aussi le chant et le théâtre. A dix ans, après avoir vu une représentation du "Fantôme de l'Opéra", autre grand classique de la comédie musicale, il s'est dit que c'est ce qu'il voudrait faire plus tard. Il a donc suivi une formation en arts de la scène au lycée et en théâtre musical à l'Université de Pennsylvanie. Et il enchaîne les rôles dans les comédies musicales depuis.
Si sa participation dans la distribution de "42nd Street" lui permet actuellement de faire une tournée aux États-Unis (New-York, Chicago ou encore Los Angeles), il a déjà joué dans "Les Misérables" ou "Mary Poppins".

Quand on lui demande comment il travaille ses rôles, il explique qu'il peut lire les textes en gros caractères mais qu'il essaie de connaître son texte avant d'arriver aux répétitions car il ne lui est pas possible de "jeter un oeil" sur le texte simultanément aux déplacements. Il explique aussi que sa vision floue ne lui permet d'identifier ses partenaires que par la couleur des costumes, et quand ils sont nombreux à porter les mêmes costumes, c'est un travail d'équipe : tous se placent conformément à la chorégraphie afin qu'il réceptionne la bonne partenaire...
A en juger cette vidéo, cela fonctionne bien.

Dans cet article datant de 2014, Blake Stadnik explique qu'il s'est longtemps posé la question de savoir s'il devait ou non dire qu'il avait un problème de vue lors des auditions. Comme il ne peut pas regarder les gens droit dans les yeux, mais plutôt au-dessus de leurs épaules, il se demande s'ils pensent qu'il est timide ou quelque chose comme ça. Cependant, depuis quelques auditions, il a décidé de parler de sa situation. "Et, depuis, je sens un poids beaucoup moins lourd sur mes épaules" dit-il. (“I felt like a huge weight was lifted off my shoulders,” he says).
De même, il explique que, finalement, c'est grâce à cette déficience visuelle qu'il a découvert sa passion pour les claquettes et pour le théâtre, passion devenue profession aujourd'hui. Cela me fait beaucoup penser à ce texte écrit par Jay Worthington où il explique que sa singularité lui permet aujourd'hui de mener la vie dont il a rêvé. On peut ne pas être d'accord avec les termes qu'il a choisis, néanmoins, l'acceptation de soi facilite l'acceptation des autres, et tant pis si ceux qui font passer les auditions restent bloqués sur leurs préjugés sans voir le talent derrière. Pourtant, même aux États-Unis, la situation est loin d'être idéale pour les comédiens, metteurs en scène ou autres artistes handicapés, mais cela est en train de bouger, comme le montre cette réunion qui a eu lieu en octobre 2015 pour fêter les vingt-cinq ans de l'ADA (Americans with Disabilities Act, disponible en annexe en anglais) qui regroupait des directeurs de théâtre, de casting pour montrer que les artistes de théâtre handicapés sont prêts, partants et capables.

42nd Street - Blake Stadnik dans le rôle de Billy Lawlor

Blake Stadnik parle facilement de sa situation visuelle pour montrer aux enfants, notamment handicapés, qu'il est possible de faire ce qu'ils ont envie de faire et qu'il existe plein de programmes et d'activités qui peuvent les aider.
Très récemment, j'ai entendu dire quelqu'un qu'il ne fallait pas hésiter à pousser des portes entrouvertes. Souhaitons donc voir arriver la nouvelle génération qui sera jugée sur son talent et non ses étiquettes...