Cet album illustré de Han Xu, paru aux éditions Rue du Monde en avril 2018, nous vient de Chine. Il est adapté du chinois par Laurana Serres-Giardi.

Couverture du livre Le Petit Chaperon rouge qui n'y voit rien

Le titre original, en anglais, est Little Red Riding Hood Can't See Her Way, soit Le Petit Chaperon rouge ne peut pas voir son chemin. Elle se servira de sa canne, "en tâtonnant de tous les côtés pour trouver un chemin sûr."

Le Petit Chaperon rouge est probablement le conte qui a eu le plus de variantes. On pourra trouver en annexe un article universitaire de 2013 parlant de l'évolution du conte du Petit Chaperon rouge entre le XVIIe et le XXIe siècle. Nous avions présenté ici une version tactile en braille et gros caractères éditée par Mes Mains en Or. La BNF a d'ailleurs organisé une exposition virtuelle autour des variantes du Petit Chaperon rouge.
Mais c'est la première fois que le Petit Chaperon rouge est aveugle et la variante présentée ici est un ravissement.

Quatrième de couverture

Quand on est le Petit Chaperon rouge, ce n'est déjà pas facile d'apporter un gâteau à sa grand-mère en traversant une inquiétante forêt.
Mais lorsqu'en plus, on n'y voit pas, qu'aucun des animaux rencontrés ne veut vous aider et que vous tombez nez à nez avec le Grand méchant loup... cela donne la plus fascinante des histoires.

Un conte que les enfants vont lire et relire pour apprendre à devenir aussi habile que cette intrépide fillette.

Le Petit Chaperon rouge

Pour l'anniversaire de sa grand-mère, le Petit Chaperon rouge veut lui apporter un gâteau. Et pour la première fois, elle va devoir traverser la grande forêt toute seule.
Cachée derrière ses grandes lunettes noires rondes, "craignant de trébucher sur une grosse pierre ou sur des branches", elle "tient fermement sa canne dans sa main." (p.8)

Au fil des pages, de ses rencontres et peut-être de sa prise d'assurance, le Petit Chaperon rouge prend des couleurs ainsi que ce(ux) qui l'entour(ent).

Le Petit Chaperon rouge en noir et blanc, dans la grande forêt

Le Petit Chaperon rouge sur le museau du hérisson

On peut voir, dans cette version du Petit Chaperon rouge, une parabole de notre société : toujours en train de courir, nous n'avons pas le temps d'aider les autres, ceux qui ne courent pas comme nous ou pas aussi vite que nous. On peut voir aussi une petite fille très futée qui tire partie de tout ce qui lui arrive et qui, de victime potentielle, devient celle qui mène. Sans violence, avec beaucoup de malice et d'intelligence, le Petit Chaperon rouge retourne tout à son avantage.

La grande forêt et l'éveil des sens

Dans la forêt, le Petit Chaperon rouge va croiser des animaux, le lapin, le hérisson et la mouffette, qui ne voudront pas l'aider mais lui donneront des conseils qu'elle mettra vite à profit.
Si ces yeux ne voient pas, elle pourra ainsi se servir de ses oreilles, de ses mains ou de son nez.
Pour le lecteur, la traversée de la forêt donnera l'occasion d'apprendre quels sont les animaux qui la peuplent et comment l'utilisation de nos sens permet de connaître notre environnement : savoir qu'il y a quelqu'un parce qu'on a entendu crisser l'herbe, sentir la chaleur du soleil sur sa peau, ou sentir le parfum des fleurs ou des pommes...

Pour conclure

Belle réécriture de ce conte. Un Petit Chaperon rouge minuscule et aveugle qui laisse présager du pire. Et pourtant!
De belles illustrations au crayon noir puis au crayon de couleur, qui donnent de la matière aux arbres, aux pelages des animaux. Il y a aussi de jolies silhouettes du Petit Chaperon rouge avec le loup qui ressemblent à du papier découpé qui reflètent la relation particulière qu'elle établit avec le loup. On trouvera en annexe la chronique de Denis Cheissoux, L'as - tu lu, mon p'tit loup, sur France Inter, qui présente cette version du Petit Chaperon rouge (jusqu'à la minute 2:25). Il a beaucoup aimé et trouve cette histoire d'une intelligence et d'une subtilité folles. Nous aussi...