Deuxième opus publié par Romain Villet que nous avions découvert avec ''Look'', My Heart Belongs to Oscar est sorti le 10 avril 2019 aux éditions Le Dilettante. Il ne s'agit pas ici d'un roman mais du texte tiré du spectacle éponyme de Romain Villet, auteur mais aussi pianiste de jazz.

Couverture du livre My Heart Belongs to Oscar - Titre et nom en blanc sur fond noir avec un clavier de piano

En fait, l'ouvrage est composé de trois textes :

  • My Heart Belongs to Oscar
  • Entre deux sets
  • Pourquoi le jazz ?

Quatrième de couverture

Mon cœur est à Oscar... Peterson, et après tout c'est bien pour le claironner à la face du monde que j'ai écrit ce livre. Qui est cet immense jazzman ? Comment est-il devenu du jour au lendemain une vedette internationale ? Comment ce géant noir d'origine canadienne a bouleversé la vie d'un franchouillard gringalet ? Comment grâce à lui j'ai découvert le jazz et comment le piano est devenu le lit où n'en finissent plus de s'écouler nos amours torrentielles ? En résumé, je vais vous raconter une histoire d'amour.

Le verso de la couverture

Dans ce petit livre de 77 pages composé de trois textes, la couverture et la quatrième de couverture s'enrichissent d'un rabat où vient s'imprimer le texte de présentation : l'auteur, sa vie, son œuvre... Enfin presque... Le voici :

"Que faire de ses dix doigts ? Romain Villet n'a pas assez des siens pour compter les réponses qu'il pourrait apporter à cette question. Caresser, griffer, marquer le contretemps, claquer pour donner le tempo à ses musiciens, pianoter sur un Steinway de concert ou dans un bastringue de bistrot, tenir une canne blanche, lire en braille, taper sur un clavier d'ordinateur les mots qui lui en semblent dignes, porter une alliance, changer des couches, tripoter Le Penseur de Rodin ou toute autre beauté sculpturale, se gratter la tête quand il réfléchit fort, les croiser pour que la chance ne tourne pas, toucher à presque tout comme il est permis aux grands curieux qui ne voient presque rien.
My Heart Belongs to Oscar est son deuxième livre et c'est le pendant d'un spectacle qu'il porte à bout de doigts sur les planches.

Celui qui comble et électrise le pianiste Romain Villet est cet Himalaya de tendresse harmonique, ce colossal bouddha joyeux, ce stellaire moissonneur de notes, cet Hercule aux mains de fée qui dissémine en riant de scintillantes gerbes de sons : l'homme nommé est Oscar Peterson.
En trois textes, Romain Villet nous dit sa zigzagante histoire d'amour avec le jazz, cette musique dont Le swing fait battre la chamade au cœur de l'univers ."

À cela, ajoutons la dédicace "À Maf et Monf, Élise et Zéphyr" et le lecteur saura dans quoi il s'embarque.

Oscar Peterson, né à Montréal

Nous avons une infinie tendresse pour Montréal. Impossible donc de passer sous silence qu'Oscar Peterson est né dans cette ville, dans le quartier Saint-Henri, même s'il a pris son envol et sa stature musicale aux États-Unis.
Dans ce quartier, une peinture murale, inaugurée en 2011, rend hommage à cet immense artiste.

Peinture murale à Montréal en hommage à Oscar Peterson
Jazz born here, Gene Pendon - fresque peinte au coin de la rue des Seigneurs et de la rue Saint Jacques, Montréal

Dans ces trois textes, Romain Villet fait juste allusion à sa cécité, histoire de clarifier les choses une bonne fois pour toutes tout en montrant que le principal sujet n'est pas là.
Effectivement, le premier texte qui donne son nom au livre, My Heart Belongs to Oscar, dont on pourrait d'ailleurs compléter la lecture par le récit de sa rencontre avec Oscar Peterson en 2003 au Festival de Marciac, publié l'an dernier dans Jazz News où il a une rubrique récurrente et où il publie assez régulièrement de plus longs papiers, parle de son amour pour cet immense pianiste.
Dans le deuxième texte, il est question d'improvisation. À l'issue de la lecture de ce livre, impossible de dire que vous ne comprenez rien à l'improvisation en jazz. Elle vous est expliquée en long, en large, en travers. Et si vous aviez encore quelques zones obscures, nous vous conseillons alors d'aller écouter quelques morceaux. Romain Villet en égrène un certain nombre que son trio joue au cours du spectacle puisque, rappelons-le, il s'agit du texte de son spectacle où il dit son amour pour Oscar Peterson.
Au fil des pages, vous trouverez My Heart Belongs to Daddy, What is this thing called love, Hot House, All the things you are, You look good to me, Caravan, There is no greater love, où encore People.

Il y a eu des critiques enthousiastes de ce recueil de texte, en particulier par des amateurs de jazz. Romain Villet sait de quoi il parle et sait écrire. Encore une fois, nous vous suggérons d'aller lire ses chroniques ou articles dans la chouette revue Jazz News. Et nous aimons son style foisonnant. Le premier texte est le texte écrit d'un spectacle, dont l'auteur dit lui-même qu'il n'est pas appris par cœur mais qu'il sert de trame (assez serrée quand même).

Si donc le recueil ne fait pas directement référence à la cécité, le sujet commun à ces trois textes étant le jazz, rappelons, subtilement espérons-le, que l'auteur est aveugle (la didascalie d'introduction du spectacle y fait allusion : p.9, "un pianiste aveugle et disert"), et Oscar Peterson a été inspiré par Art Tatum, pianiste né quasi aveugle, reconnu pour sa virtuosité et son ingéniosité inégalables.

Pourquoi le jazz

C'est le titre du troisième texte, court, qui répond à un certain nombre de questions ou plutôt, qui répond différemment à la même question : pourquoi le jazz?
L'auteur nous donne ses raisons, à vous de trouver les vôtres.

Pour momentanément conclure

Si vous ne connaissez pas le "style" Villet, ces trois textes vous en donneront clairement une idée. Jeux avec les mots, références en tous genres et notamment philosophiques, vous en ressortirez tout étourdis. Amateurs de jazz, vous serez comblés. Le swing n'est pas que dans le jeu, il est aussi dans l'écriture.
Pour les béotiens, impossible de n'avoir rien compris à l'improvisation après cette lecture. Et difficile de ne pas avoir la curiosité d'aller écouter les morceaux cités. Et pour ceux, celles, qui les connaîtraient, ne pas hésiter à écouter plusieurs versions.
Peut-être aussi que cela vous donnera envie d'aller voir le spectacle si d'autres représentations sont prévues.
Ou de découvrir Oscar Peterson. Ou, pourquoi pas, découvrir les musiciens aveugles ou malvoyants qui ont pavé le chemin du blues ou du jazz, pour rester dans la thématique. Vous seriez probablement très étonné.e.s de leur nombre.
Au fait, le recueil est disponible à la BNFA en Daisy voix de synthèse, Daisy texte ou PDF. Bonne lecture!