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mercredi 15 janvier 2020

Nicolas Caraty - Mediateur culturel

Il y a longtemps que nous voulions parler du travail de Nicolas, à la suite d'une visite enchantée faite au Musée d'Aquitaine en sa compagnie. Un an et demi après cette première visite (complétée par une autre depuis), voici enfin, au-delà du portrait de Nicolas Caraty, un passionnant échange autour des questions d'accessibilité culturelle, de partage et de transmission de la culture, avec la déficience visuelle en point de départ...

Pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, Nicolas Caraty est, à ce jour, l'un des rares médiateurs culturels aveugles à travailler dans un musée en France.
Il a déjà eu plusieurs fois l'occasion de retracer son parcours, comme dans ce reportage de France 3 Aquitaine datant (déjà!) de 2014.
Nous avons eu l'occasion de discuter longuement de sa façon de travailler, de sa manière de concevoir la médiation culturelle, de son regard sur les publics et d'accessibilité culturelle.

La médiation culturelle au cœur du projet

"Quiconque – qu'il soit voyant ou non voyant – ne possède pas le remarquable talent de médiateur de Nicolas Caraty". Manifestement, nous ne sommes pas les seuls à apprécier les compétences de Nicolas, cette citation étant issue d'un article de Caroline Buffet, intitulé Vers la construction d'une société plus inclusive et publié en 2018 dans La lettre de l'OCIM. À cet indéniable talent, il faut ajouter la longue expérience de Nicolas dans la médiation.

Nicolas Caraty - Musée d'Aquitaine
Nicolas Caraty vu de dos en train d...

Juste après sa formation d'accordeur de piano, Nicolas a intégré une association culturelle bordelaise qui s'appelait Toucher pour connaître. Cette association a existé de 1974 à 1996 ou 1997, selon la mémoire de Nicolas. Puis, pendant huit ans, il a jonglé avec un travail de vente, de militant associatif et de sportif de haut niveau (membre de l'équipe de France de Cécifoot, vice-championne d'Europe en 2005). Avant d'intégrer le Musée d'Aquitaine, il a aussi travaillé au Futuroscope pour l'attraction Les yeux grands fermés. Au jour de notre entretien, au cœur de l'été, il "avouait" une expérience de 25 ans dans la culture et les thématiques liées à l'accessibilité culturelle et à la déficience visuelle. Quant à son arrivée au Musée d'Aquitaine, il a fallu trois ans pour officialiser son recrutement. Il a commencé par plusieurs stages courts où il avait pour mission de travailler sur l'accessibilité des lieux et des collections pour les visiteurs déficients visuels. Puis, de fil en aiguille, on lui a proposé de faire de la médiation, ce qui ressemblait finalement à ce qu'il avait fait au sein de l'association Toucher pour connaître. Pour Nicolas, ce laps de temps a permis d'évaluer "toutes les difficultés rencontrées par les différents interlocuteurs, que ce soit le musée, que ce soit mes collègues, que ce soit moi également, et le public, voir comment il réagissait, et en fonction de tout ça, on a pu faire un bilan, je maîtrisais la moitié du musée à peu près, en connaissance et en capacité de visite". C'est ainsi qu'il a été recruté. Il indique aussi que c'est sous l'impulsion de Christian Block, qui dirigeait le service médiation au musée à ce moment là, et son directeur, François Hubert, que l'aventure a pu démarrer.
Aujourd'hui, Nicolas a plusieurs casquettes : il est donc médiateur culturel, "qui consiste à mettre en relation un ou des visiteurs avec une ou des œuvres du musée", ce qui constitue le principal de son métier, avec du public de tous âges. "J'ai des parcours qui sont prévus pour des enfants de grande section de maternelle, puis après, il n'y a pas d'âge pour aller au musée, et puis une fonction de chargé d'accessibilité ou "référent accessibilité" au musée qui, elle, consiste à essayer de produire et avoir des contenus adaptés aux publics spécifiques, quelqu'ils soient, et aux différents handicaps au sein du musée".
En théorie, chaque projet devrait, dès sa conception, passer par la case accessibilité afin de s'assurer que, dès le départ, il sera accessible à tous. Cela éviterait des coûts supplémentaires engagés lorsqu'il faut corriger, ajouter, rectifier afin de bâtir un projet adapté à tous. En tant que visiteurs, nous pouvons espérer que ces pratiques tendront à se généraliser et se banaliser afin d'avoir accès à des expositions accessibles à tous dans les meilleures conditions possibles.

Partage

Visites et parcours
Au Musée d'Aquitaine, les médiateurs culturels ont la possibilité de bâtir leurs propres parcours. Au fil de ses quinze années de présence au musée, Nicolas Caraty en a créé quelques uns.
"J'ai ce parcours qui s'appelle "chut" et qui est un parcours où l'on découvre une œuvre d'après un son, et qui consiste à faire, en regard des œuvres, une visite chronologique historique et sonore qui s'adresse au très jeune public et qui commence à la préhistoire avec les premiers objets sonores et on finit avec les premiers sons venus de l'espace qui proviennent de Spoutnik."
"Il y en a un qui s'appelle "objets d'hier et d'aujourd'hui". C'est un parcours où l'on regarde un objet dans les collections et on voit comment il a évolué au fil du temps. On commence avec la préhistoire, ce sont des visites transversales, et on va aborder l'aiguille à chas en os, on voit ce que c'est devenu aujourd'hui, on arrive à la machine à coudre. On voit la lampe à graisse et on arrive jusqu'au téléphone portable qui peut faire de la lumière. (...) Et puis j'ai des parcours plus classiques, sur la céramique par exemple où l'on termine avec un atelier poterie."
Quand on lui demande si ses parcours sont accessibles, Nicolas répond que rien n'est figé dans la médiation et qu'ils sont adaptables parce que le musée possède des fac-similés, des objets à manipuler, il ajoute : "C'est vrai que tous les contenus peuvent être adaptables, transposables, moi, je n'ai aucun doute là-dessus." Et il enchaîne avec une anecdote qui en dit long aussi sur la volonté de l'équipe, et de Nicolas en particulier, de ne léser personne, où, lors d'une visite scolaire, pour une classe dont l'un des élèves était aveugle, il a fallu adapter l'atelier mosaïque. Il indique que ça les a fait réfléchir et que "ça monte aussi que ces questions d'accessibilité ne sont que des solutions à trouver et que si on veut, on les trouve."

"Le musée au bout des doigts"
Ce rendez-vous bimensuel a été remis en place en septembre 2018 après avoir été abandonné, faute de public, et programmé sur un autre créneau horaire. Il s'agit désormais d'une visite programmée le samedi à 15h. Ce créneau horaire est identifié "culture accessible compatible" à Bordeaux, d'autres structures l'ayant testé avec bonheur. Ces visites, initialement conçues pour les visiteurs déficients visuels individuels, sont ouvertes aux accompagnateurs (en nombre raisonnable). Idéalement, la jauge est de quinze personnes, parfois réduite à douze quand il y a beaucoup de manipulation d'objets. Elle dure entre une heure vingt et une heure trente, et, avec une année de recul, son thème varie d'une fois à l'autre.
"On considère qu'en préambule de la visite, il y a un petit point d'information sur où en est le musée dans ses démarches accessibles, et puis à la fin de la visite, il y a un petit debrief aussi pour savoir et prendre en compte le ressenti, leur ressenti sur cette visite là, sur l'activité qu'on a menée."
"Là, je propose une visite thématique, une période historique ou une thématique dans une période historique, et je leur propose un contenu adapté avec possibilité de manipuler des fac-similés, parfois des vraies œuvres, on y ajoute du son, des odeurs parfois. On a des dessins thermogonflés qu'un de mes collègues réalise. On va voir apparaître bientôt des maquettes en résine 3D quand on évoquera l'architecture de certaines périodes historiques aussi." Au cœur de l'été dernier, alors que le dispositif revu n'avait pas tout à fait un an d'existence, le bilan était très positif malgré des périodes un peu compliquées, le musée ayant dû fermer plusieurs samedis lors de manifestations.
Ces visites sont largement annoncées dans les réseaux culturels, associatifs, au niveau local ou national, et il est arrivé que des visiteurs hors département y assistent. Il indique d'ailleurs que ces personnes sont venues à plusieurs de ces visites, preuve aussi qu'il y a une attente dans un contexte de culture accessible plutôt maigre.
Aujourd'hui, ces visiteurs individuels constituent 25 à 30% des visiteurs déficients visuels accueillis par le musée. A terme, Nicolas pense que cela pourra atteindre les 50%. Et pour continuer avec les chiffres, le public spécifique, tout handicap confondu, représente 2% des visiteurs annuels du musée.

Se nourrir, s'enrichir les uns des autres
Lorsqu'il parle des parcours qu'il a créés, Nicolas n'hésite pas à dire que certains ne seraient jamais sortis de sa tête s'il n'était pas aveugle ou s'il n'avait pas échangé avec le public qu'il reçoit au musée.
"Le parcours "chut", je ne le crée jamais si je ne suis pas non-voyant et si je n'ai pas travaillé au préalable sur une histoire sonore avec du public spécifique à l'hôpital. Le parcours sur les odeurs que je peux faire à la demande, c'est pareil. Il est issu de ces rencontres là, de ces transferts et de ces apports là."

Derrière la notion d'accessibilité culturelle, l'autonomie

Si vous circulez de temps en temps sur ce blog, vous savez que l'accessibilité culturelle est un thème omniprésent dans les billets. Nous avions donc envie d'entendre Nicolas nous définir ce qu'était pour lui "l'accessibilité culturelle":
"Comment je définirais? Je définirais par l'idée de trouver un contenu qui est de préférence exploitable en autonomie. ce qui veut dire qu'il faut, alors en autonomie, ce n'est pas forcément être seul au musée, "le musée au bout des doigts", c'est de l'accessibilité culturelle et on n'est pas seul et on ne découvre pas tout seul, mais ce qu'il faudrait, c'est que l'établissement culturel ait un contenu qui puisse aller à la rencontre de ses publics, ou de son public, quelques soient les spécificités ou la particularité de ce public."
L'idée qui pointe derrière "exploitable en autonomie" est que la personne peut aller toucher directement l'objet, peut se faire une idée directement sans intermédiaire, sans interprétation?
"ça serait idéal. C'est vers ça qu'il faut tendre et c'est ce que tentent de faire certaines structures qui ont mis en place des parcours spécifiques. C'est effectivement permettre à tout un chacun de s'en emparer et de venir au musée comme tout le monde et d'y découvrir son contenu comme tout le monde. Je lis mon cartel, j'écoute mon audioguide, je peux apprécier et appréhender une œuvre par mes propres moyens, avec mon propre niveau de connaissances (...). C'est bien que les gens puissent se faire leur propre idée de par leur vécu, de par leurs connaissances. Être choqué comme tout le monde parce qu'une oeuvre est peut-être dérangeante, ou c'est le coup de foudre parce que ça correspond tellement à ce que je crois, à ce que je pense, à ce que j'ai envie de rencontrer, que j'ai super envie de le vivre seul aussi. Et puis, pour d'autres, ce n'est pas le cas. il y en a qui veulent vivre la culture en groupe, qui veulent être aidés à la découverte parce que, peut-être, on a peur de ne pas connaître, de ne pas comprendre, de ne pas maîtriser aussi parce que ce sont des questions récentes, ces questions d'accès à la culture, malheureusement."
Derrière cette accessibilité culturelle définie par Nicolas, il y a une histoire d'autonomie. ça ne signifie pas forcément le faire seul, mais c'est pouvoir se faire son idée tout seul.
"ça me paraît essentiel, comme chaque visiteur, en fait. Le visiteur, quand il vient, si on reste dans le cadre du musée, a la liberté de ne pas lire les cartels, il peut aussi juste regarder une œuvre et se faire son idée, même, à la limite, ne pas connaître l'artiste qui a réalisé la peinture, la sculpture ou l'œuvre musicale s'il veut. (...) Ce qui me paraît essentiel, c'est que cette possibilité soit offerte à tout le monde. Quand on aura réussi à faire ça, on aura bien, bien, bien progressé en accessibilité."
La possibilité d'être touché par une œuvre.
"Aujourd'hui, on oublie souvent l'émotion de l'œuvre, le ressenti, la larme qui peut couler, ou le sourire (...).Allons-y à tâtons, ne heurtons pas, et parfois, c'est un peu trop la préoccupation qui ressort et c'est dommage parce que l'art et la culture, ce n'est pas ça. L'art, c'est parfois se prendre une bonne baffe, ou être totalement envoûté parce que, ça y est, cet artiste-là vous parle. Je sais que quand je touche une sculpture du Bernin, Bernini, je suis toujours sous le charme et en général, je les reconnais parce qu'il y a vraiment quelque chose de très spécifique, et c'est ça, l'art en fait. (...) Ce qu'il faudrait, c'est ne pas envisager une culture accessible et une culture pour tout le monde, c'est juste une culture en fait. Et si on arrêtait de segmenter les publics en niches, si on considérait qu'on avait un grand public avec toutes ces spécificités, là, je pense que tout le monde y gagnerait, très clairement."

Une autre façon de découvrir les collections

Ce qui m'avait frappée lors de ma première visite avec Nicolas, c'était la sensation d'avoir vu les collections du musée différemment, peut-être aussi parce que nous avions eu la chance d'avoir une longue visite, Nicolas étant généreux de son temps, mais aussi parce que nous avions pu découvrir autrement les œuvres. Par exemple, nous avions pu toucher des stèles gallo-romaines, sentir les boucles de cheveux sculptés dans la pierre, découvrir des traces laissées par les outils des sculpteurs... des détails que les yeux ne décèlent pas toujours, et puis ce contact avec la matière...
Si vous avez envie d'entendre ce que cela peut donner, nous vous invitons à écouter l'émission de Frederic Grellier, traducteur aveugle que nous avions rencontré lors du Colloque Blind Creations, Un aveugle en vadrouille. En février 2019, sous un soleil magnifique et des températures quasi estivales, il a rencontré Nicolas et a, lui aussi, eu l'opportunité de visiter le musée en sa compagnie.

Les mains de Nicolas Caraty sur une sculpture

L'importance du toucher
Aujourd'hui, dans un musée, l'injonction de "ne pas toucher" est tenace. Nicolas rappelle ainsi que Frédéric dit lui-même qu'il en avait oublié qu'il pouvait toucher.
Pourtant, Nicolas rappelle que le toucher est primordial quand on ne voit pas. "C'est un des moyens les plus pratiques à mettre en œuvre pour faire se rencontrer un objet et un non-voyant. Ce sont des choses qu'on pratique au musée mais pas de manière systématique parce que (...) la mission première des musées, c'est conserver ce patrimoine, le préserver et le transmettre aux générations futures, donc de ne pas le détériorer aujourd'hui, mais malgré tout, il y a toujours moyen de déroger un peu à la règle et se dire que si vingt mains par an viennent toucher un marbre, il ne va pas subir une dégradation considérable. Et que, même si je mets un objet métallique dans vingt ou trente mains sur une visite, il y a moyen, en préservation, de le retraiter, ce qu'on fait nous, parfois, pour qu'il puisse à nouveau être préservé dans les meilleures conditions et d'écarter tout risque de dégradation de l'objet qui sera peut-être réutilisé sur une autre visite. Combien de fois j'ai entendu "faut pas toucher" (...) et c'est, pour les déficients visuels, mais aussi les voyants, une grosse frustration parce que ce rapport au tactile, on en a besoin. (...) On a mis de côté ce sens là et on a créé des lieux où, en plus, on a défini que ce sens n'était pas très désirable. Aujourd'hui, il faut changer tout ça. (...) Quand je suis arrivé au musée, la première idée que j'ai eu c'est "désormais, je vais faire toucher". L'idée, c'était "je suis non-voyant, je vous fais visiter un espace". (...) Il faut peut-être informer et former. Les visites de la préhistoire, on les commençait avec un atelier tactile sur qu'est-ce que le toucher, comment ça fonctionne et pourquoi je n'ai pas le droit de toucher au musée aussi. Souvent, on ne sait pas toucher, on n'a pas la technique, on n'a pas appris à toucher. (...) Il y a un gros travail à faire sur l'usage de ce sens aujourd'hui et il peut aussi se faire au musée."
Il est vrai que le toucher donne des informations qui vont bien au-delà de celles données par la vue. "Le toucher, c'est l'avers et le revers, le recto et le verso, le dessus et le dessous, c'est l'intérieur des choses, c'est l'épaisseur, c'est le poids, c'est la chaleur sur une matière, c'est le lisse, le rugueux... Tout ça, c'est le toucher et que d'informations loupées parce qu'on ne touche pas, en fait! Et c'est là que c'est dommageable pour tout le monde. Pour moi, c'est dommageable au travail de l'artiste parce que son œuvre n'est pas utilisée, exploitée ou vécue dans sa globalité, et le toucher, c'est aussi ressentir avec son corps. Quand tu essaies de prendre le volume d'une oeuvre, c'est ton corps qui te le transmet donc tu intériorises plus les choses, ça vient du fond de toi, alors que la vision, c'est toujours très distant, finalement."
"Quand on travaille sur "l'aventure d'une œuvre dans le noir" au Musée du Quai Branly (atelier organisé par l'association Percevoir), ce qu'on explique, c'est que la vision, c'est global et que tu affines après alors que le tactile, c'est le détail et après, tu globalises. Et donc l'approche fait que les choses se font totalement différemment et le ressenti est probablement différent aussi. Mais les deux méthodes sont très bonnes (...) et peuvent être très complémentaires l'une de l'autre. C'est ça aussi l'accessibilité. C'est donner la possibilité d'exploiter plusieurs techniques, plusieurs moyens de découverte."

Le projet du parcours sensoriel

Quand on parle accessibilité, Nicolas dit que c'est au public de s'emparer de ce que tu as conçu, imaginé, et c'est à toi de lui demander ce qu'il en a pensé parce que tu pourras réadapter des choses si elles n'ont pas été parfaites. "L'accessibilité fonctionne aussi parce qu'il y a cet enrichissement mutuel qui se crée". Et c'est en travaillant sur l'accessibilité d'expositions temporaires, avec des adaptations à demeure et disponibles pour tout visiteur que le musée a commencé à réfléchir à un parcours accessible dans ses collections permanentes.
Si tout se passe comme prévu, le Musée d'Aquitaine dévoilera son parcours sensoriel d'ici la fin 2020. Composé de vingt-neuf stations, ce parcours couvrira une période allant de - 200 000 avant JC à la période des Arts Déco, soit autour des années 1925. Chaque salle du musée, abritant chacune une période historique, sera équipée de deux ou trois tables multisensorielles. Parmi les différentes propositions, on trouvera ainsi des objets à toucher, des vidéos audiodécrites et en LSF (Langue des Signes Française)...
Conçu pour être suffisamment riche pour permettre une découverte transversale/thématique ou historique, le parcours devrait donner l'opportunité aux visiteurs de revenir plusieurs fois au musée pour faire le tour des collections.
Ce qui est intéressant aussi, c'est que ces tables, installées à demeure parmi les collections permanentes, seront accessibles à tous, à toute heure d'ouverture du musée.

Tour de Londres - casque, silhouette, texte en braille
Exemple d'une table mutisensorielle à la Tour de Londres : fac-similé d'un casque, silhouette et texte en braille.

Une équipe s'est donc réunie et au fil des réunions, a émergé un certain nombre d'objets qui paraissaient indispensables à faire figurer sur le parcours; soit parce que ce sont des œuvres incontournables du musée, soit parce que ce sont des objets essentiels de l'histoire de l'humanité. Ensuite, ils sont regroupés par thématiques. Il y aura ainsi une thématique sur la sépulture, l'habitat, l'outil, le guerrier. Sur chacune de ces tables sensorielles, il y aura des outils, des œuvres d'art, une maquette d'habitat. "L'idée, bien évidemment, c'est que tout un chacun puisse aussi utiliser ces tables. C'est extrêmement sensuel de toucher la Vénus à la corne qui est l'une de nos premières sculptures présentées sur le parcours, et de découvrir une tête sculptée d'un guerrier gaulois un peu plus loin ou le gisant d'Aliénor d'Aquitaine. Je pense que c'est un réel plus pour tout visiteur en réalité, c'est comme ça qu'il faut l'envisager. Pourquoi parler d'un parcours destiné au public spécifique alors qu'il est destiné au public, point."

Parce qu'il faut, parfois, mettre un point final

Nous aurions pu, encore et encore, vous délivrer les paroles de Nicolas, tenter de vous transmettre, à travers les mots, son amour pour la médiation, celle qui permet de partager, celle qui fonctionne dans les deux sens : je me nourris de ce que tu me racontes, tu te nourris de mon expérience...
Au-delà de son rôle de médiateur au sein du musée, Nicolas a un vrai regard sur l'accessibilité culturelle, celle que l'on devrait partager, et qui ressemble aussi beaucoup à celle que Vues Intérieures prône depuis sa création : au lieu de la concevoir comme un palliatif réservé à quelques uns, la penser universelle pour un enrichissement mutuel et une découverte décuplée.
Nicolas est un grand amateur de musique. Peut-être aurons-nous l'occasion de le recroiser sur ce blog dans d'autres billets, sur d'autres sujets...
Peut-être, par exemple, après avoir testé le parcours sensoriel au Musée d'Aquitaine. Quoiqu'il en soit, si vous en avez l'occasion, passez au Musée d'Aquitaine, et si vous avez de la chance, Nicolas sera votre guide...

vendredi 8 novembre 2019

La derniere couleur fut le rouge - AS Servantie

Cette bande dessinée, sortie en octobre 2019 chez Grrr...ArtEditions, a pour auteure Anne-Sophie Servantie.
La dernière couleur fut le rouge raconte la vie de Doris Valerio, "un aventurier devenu sculpteur aveugle" comme l'indique le sous-titre. Une petite précision : Anne-Sophie Servantie est la compagne de Doris Valerio. Ce n'est pas une actu "people" mais cette information peut être utile pour comprendre la façon dont l'histoire est racontée car cette bande dessinée retrace la vie de Doris Valerio, "seul sculpteur professionnel non-voyant" comme il se décrit parfois, mais aussi celle de sa famille. Avant de continuer sur la BD en elle-même, vous pouvez trouver, sur son site, le parcours d'Anne-Sophie Servantie.

Couverture BD La dernière couleur fut le rouge

Mêlant plusieurs techniques, cette bande dessinée dense (128 pages) est aussi l'occasion de découvrir l’œuvre de Doris Valerio.

Quatrième de couverture

Testa dura!

Tête dure, comme sa mère l'appelait, il a fallu l'être face aux fatalités de la vie, la maladie, la pauvreté, l'inculture et la cécité. Certains abandonnent, d'autres vont jusqu'au bout de l'Art lorsque l'obscurité s'abat.

Cette BD est le récit en trois parties, de la vie de Doris Valerio, fils et petit-fils d'immigrés italiens, ex-aventurier explorant le monde en moto, et devenu sculpteur non-voyant reconnu. Une histoire mêlée à la Grande Histoire et qui laisse dans la famille, un sillage transgénérationnel d'atteinte de la vue, comme s'il fallait ne pas voir, ne pas savoir, qu'autrefois la religion a volé un enfant, et qu'un autre, dont il porte le prénom, est mort à la génération suivante.

Doris Valerio, sculpteur

Lorsque, au Japon, et parmi quatre cent artistes, le jury lui remit le prix du gouverneur de la ville de Kyoto en 1998 pour sa sculpture Bonheur, celui-ci ne savait pas que Doris Valerio était aveugle. Et quand il se présente, il se dit sculpteur, et éventuellement sculpteur aveugle et non aveugle sculpteur. Ce qui pourrait sembler juste un ordre de mots n'est pas une nuance. Cet ordre de mots change complètement le sens : Doris Valerio est un sculpteur, qui, il est vrai, est aveugle, mais c'est avant tout un sculpteur.
Dans le documentaire "Un ange sur mon épaule" réalisé par Stéphanie Keskinidès (visible sur le site de Doris Valerio, celui-ci explique qu'après avoir perdu la vue, il a suivi des ateliers de poterie à l'AVH (Association Valentin Haüy) où, très vite, on lui a dit qu'il faisait de belles choses. Très vite aussi, il dit en être parti parce qu'il voulait faire autre chose que des vases et qu'il n'avait pas envie de rester dans le monde des aveugles (voir aussi l'épisode raconté p102-104 dans la BD).

Sculpture de Doris Valerio, Déesse ci-contre, Déesse, Doris Valerio

Une partie de son histoire personnelle est racontée dans La dernière couleur fut le rouge mais si vous avez envie de savoir comment Doris Valerio travaille, quelles sont ses techniques, mais aussi ses inspirations, le petit documentaire cité ci-dessus est très intéressant mais il peut être également complété par d'autres reportages, comme celui réalisé dans le cadre de l'émission A vous de voir diffusée sur France 5.

La bande dessinée

Divisée en trois parties, la bande dessinée débute avec une introduction qui raconte la rencontre entre l'auteure, Anne-Sophie Servantie, et le sculpteur, Doris Valerio. Avec beaucoup d'humour d'ailleurs...
Viennent ensuite la première partie, Le blanc infiniment, la deuxième partie, Le rouge en face, puis la troisième, Et du noir naquit l’œuvre.

Voici comment l'éditeur présente la BD : "Le récit débute en noir et blanc (ou en sépia), la couleur explose en pleine période hippie puis s’estompe dans le gris du désert syrien avant de s’interrompre brutalement avec la cécité et renaître avec la découverte de la sculpture et la création du « Rouge-Doris », flamboyant et vainqueur !"
Le style de cette BD évolue en fonction du récit, des périodes de l'histoire, des sentiments. Il y a des dessins, des inclusions de photographies d'archives, de voyage ou de sculptures. C'est foisonnant, comme le récit et, parfois, le lecteur a un peu de mal à s'y retrouver dans les différentes générations, en particulier dans la première partie qui retrace l'histoire de la famille de Doris depuis son arrivée en France en 1923 à Homécourt, en Lorraine.

Cécité et intimité

L'intimité
Nous l'avons déjà dit, mais l'auteure de cette bande dessinée est la compagne de Doris Valerio. Si l'on sent beaucoup d'amour et d'admiration pour lui, il y a aussi une intimité qui n'aurait pu être là dans un autre contexte.
Dans l'introduction, par exemple, elle dit "Mon sculpteur aveugle... Aucun homme ne m'a jamais aussi bien aimée, aussi bien regardée."
Au fil des pages, l'auteure racontera aussi les nombreuses femmes qui ont traversé la vie de Doris, dès la plus tendre enfance d'ailleurs, à cause de son prénom, souvent féminin. Elle se met en scène, conversant avec Doris pour recoller, rassembler les souvenirs, n'hésitant pas, d'ailleurs, à "tricher" avec les portraits des personnes représentées. Qu'il s'agisse de bonnes- sœurs redessinées ou de femmes enlaidies, Anne-Sophie Servantie utilise son "pouvoir" d'autrice avec humour pour raconter aussi aussi l'histoire de "son" sculpteur aveugle...

On voit aussi, au fil des pages et du récit, le travail de "collectage" de l'auteure pour comprendre l'histoire de Doris et de sa famille, pour essayer de reconstituer des souvenirs, des décors...

Diabète
Dans ce récit inclus dans la Grande Histoire, il y a aussi le récit intime diabétique depuis son enfance.
De nombreuses vignettes sont consacrées à cette maladie qui s'inscrit dans l'histoire de Doris, dans le façonnement de son caractère, de sa relation avec les autres, et notamment la difficile relation avec son père...
Ainsi, p38, "Il est un enfant malade sur lequel on ne projette rien, ni avenir, ni fierté, ni transmission, ni rêves, une herbe folle, une toile vierge à peindre..."
"Les rêves, il a fallu les fabriquer, les arracher de force à la vie, mettre un peu de couleur dans tout ça!" L'auteure en profite aussi pour parler des progrès de la médecine face au diabète :

  • une espérance de vie réduite, dans les années 1960, p31 : "(...) De toute façon, il est tout le temps absent et promis à une vie sans doute pas très longue..."
  • les colonies de l'AJD(1) (Aide aux Jeunes Diabétiques), p32, qui permettaient aux enfants diabétiques de passer deux mois remplis de soleil et d'aventures en apprenant "le plus tôt possible à se tester, à se piquer seul, à devenir autonome dans cette maladie terrible qui ravage le corps de l'intérieur".
  • l'invention des seringues jetables, p56, qui donnent un peu plus de liberté de mouvement...
  • les difficultés potentielles pour voyager, p74 : "Comment vas-tu transporter ton insuline?", "J'ai fait fabriquer un double fond à ma sacoche de réservoir pour planquer deux cent seringues..."

(1) Ces colonies, partant de Paris, permettront à Doris de faire connaissance avec l'Art (p33) dès l'âge de quatre ans.

Il y a aussi la question du "Et si je n'étais pas devenu aveugle?", p38, et la réponse : "En vrai, je ne sais pas... J'étais d'une famille d'ouvriers, chez nous, quand tu étais ouvrier, tu étais un mec. Devenir artiste, c'était tellement loin de mon monde!"
"Une maladie chronique aussi grave que le diabète juvénile est une calamité et pourtant, elle lui ouvre les portes de la différence, les portes de l'Art. Aurait-il réussi à laisser émerger cette pulsion créatrice si la vie ne l'avait ainsi entravé, l'empêchant de suivre la Voie des Ouvriers?"

La cécité
La troisième partie de la BD commence quand Doris Valerio perd la vue, à trente ans.
Dans les premières pages de cette partie, des cases noir où n'apparaissent que des phrases ou des onomatopées, pour illustrer la cécité nouvelle et le désarroi de Doris. Puis réapprendre la vie au quotidien, p96, "Apprendre à toucher, à tâter, à tremper ton doigt dans le verre pour arrêter de verser l'eau à temps. Tellement de choses à comprendre!"
p97, "Sortir, aller voir le monde... Mais comment retourner dans le monde alors que tu te perds au coin de ta rue? D'une autre côté, trois ans c'est long, tu as suffisamment glandé!", "Alors il y eut les femmes".
p98, "Jusqu'à présent, elles étaient des filles, des copines, des petites amies.", "Après la cécité, elles deviennent des guides, des muses, t'ouvrant les yeux à l'Art, à une vie intellectuelle et spirituelle, voie interdite dans ta programmation familiale."

Pour momentanément conclure

Si vous ne connaissiez pas Doris Valerio, voilà un livre qui vous donnera l'occasion de retracer ses origines, son parcours de vie.
Par l'inclusion de photos d'archives, qu'il s'agisse de photos de famille ou de photos de voyage, vous rentrerez dans l'intimité de la vie de Doris Valerio. Les photos de son travail, ces belles sculptures allégoriques, vous donneront, nous l'espérons, l'envie d'aller découvrir son travail, en image mais aussi, à l'occasion, en "vrai".
Peut-être que nous ne partageons pas les mêmes points de vue de l'auteure quant au "sillage transgénérationnel", mais peu importe. Cette BD est faite avec le cœur, avec des techniques différentes qui permettent d'évoquer les différentes époques, différents sentiments, et c'est, pour le lecteur, un vrai tourbillon.
On peut cependant se demander, comme l'a fait légitimement l'auteure, p88, "Mais quel paradoxe de faire de ta vie une BD que tu ne pourras jamais voir!"
C'est effectivement un médium peu accessible, même si l'on trouve aujourd'hui quelques BD en version audio(décrite). Par ailleurs, à plusieurs reprises, il est également indiqué que les sculptures de Doris Valerio ne peuvent être touchées.
Pour compléter cette lecture, cherchez les documentaires, reportages consacrés à Doris Valerio. Il explique comment il s'est inventé des techniques pour pouvoir être un sculpteur aveugle. Utiliser des outils, adapter des techniques pour pouvoir arriver à maîtriser la matière. C'est passionnant...

mercredi 12 septembre 2018

William Chevillon - pour l'amour du patrimoine

Il y a un moment que nous n'avons pas parlé d'accessibilité culturelle ici. Pour remédier à cela et à l'approche des Journées du Patrimoine dont le thème cette année est "l'art du partage", nous avions envie de vous parler d'un jeune passionné de patrimoine, d'art contemporain, qui, depuis son adolescence, aime partager ses connaissances avec les autres, notamment sous forme de visites guidées. Il s'agit de William Chevillon.
Il a même édité, grâce au crowdfunding, une brochure recensant l'art dans l'espace public de La Roche-sur-Yon.

William Chevillon sur une passerelle métallique rouge enjambant des voies de chemin de fer.

Pour un rapide portrait, vous pourrez lire cet article paru dans ''Ouest France'' en 2017, photo ci-dessus de Thierry Dubillot. Vous pouvez aussi le suivre sur Twitter (@ChevillonW).
Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, ce sont les visites "tactiles et décrites" qu'organise William pour rendre l'art accessible aux personnes déficientes visuelles. Alors nous avons questionné ce "médiateur culturel autodidacte" comme il aime se définir pour savoir comment il a eu l'envie d'organiser ces visites et comment il s'y était pris..

Accessibilité culturelle

"Auparavant, j'avais évidemment connaissance de galeries tactiles, encore rares, dont celle du musée du Louvre. Les œuvres thermoformées et plans-relief également, ou encore certaines propositions tactiles et audio-décrites dans les salles de spectacles. Pour ma première visite tactile, j'ai privilégié mon ressenti et le travail privilégié avec les déficients visuels. Depuis, j'ai regardé d'autres exemples comme à Angers où les questions liées aux handicaps sont bien intégrées par les structures culturelles."

"Membre de l'antenne vendéenne de l'association des Chiens-guides de l'Ouest depuis plus de dix ans, j'ai pris l'habitude de côtoyer des personnes déficientes visuelles, notamment dans l'encadrement de randonnées ou lors de collectes de livres. Lorsque j'ai fait financer participativement l'impression de mon inventaire de l'art public à La Roche-sur-Yon, le fondateur de l'association m'a apporté son soutien. Pour qu'il puisse profiter de ce travail, je lui en ai fait parvenir une version numérique. Néanmoins, ça ne suffisait pas à mes yeux puisque lors d'un passage avec le chien-guide ou la canne, l'œuvre d'art est un élément de mobilier urbain comme un autre. J'ai donc proposé l'idée d'une visite tactile et le projet s'est très vite mis en place fin 2016 puis début 2017 avec différents acteurs associatifs.
Le choix des œuvres n'a pas été compliqué dans la mesure où mon travail d'inventaire m'a permis de connaître le sens de chacune d'entre elles, l'accessibilité au sol, la solidité des matériaux..."

Une personne aveugle découvrant une sculpture située dans l'espace public
Cette photo de Roger Joly, prise au cours d'une de ces visites et transmise par William Chevillon, montre une personne en train de découvrir tactilement une œuvre.

Toucher n'est pas casser

Très récemment, William a organisé une visite descriptive et tactile qui permettait à la fois de faire connaissance avec les lieux (le château) et l'esprit des lieux (le propriétaire collectionneur du XIXe). Voici comment il décrit la mise en place et le but de cette visite:

"Dans le cadre d’une mission professionnelle au château de Terre-Neuve (Fontenay-le-Comte), j’ai proposé l’idée d’une offre tactile à partir d’objets rapportés et d’éléments mobiliers non fragiles. Cela s’est concrétisé dans l’été avec un temps d’une heure de visite descriptive de la façade du château et de deux pièces emblématiques. L’idée est de systématiquement donner les dimensions des lieux, pour faciliter la compréhension des volumes par exemple, et d’avancer petit à petit dans la description en situant les objets géographiquement dans la pièce. C’est là que l’on se rend compte que l’aspect visuel est parfois secondaire, la vue n’étant qu’un sens parmi cinq. Au cours de cette première heure, les visiteurs ont pu toucher quelques détails d’architecture, tissus etc. Ensuite, j’avais préparé une table avec une dizaine d’objets (trois mortiers de matériaux différents, une statuette en laiton, une matrice en bois servant à repousser du cuir, une arme à feu, quelques moulages de décors architecturaux inaccessibles…). L’objectif était de donner une compréhension des ornements du château mais également de l’esprit de collectionneur du propriétaire au XIXe siècle."

Une main découvrant les ornements sculptés d'une pièce de mobilier

Dans notre échange à propos de cette visite, William Chevillon a ajouté des précisions qui nous semblent indispensables tant, parfois, l'injonction "ne pas toucher" vue quasi systématiquement dans les musées ou lieux historiques nous conditionne et nous empêche de penser de façon rationnelle :

"Si les pièces choisies ne présentaient pas de risques particuliers, il est important de préciser que proposer la manipulation d’un objet ne doit pas faire peur. Comme quiconque, le public déficient visuel a un rapport quotidien à la fragilité. Cet aspect est parfois oublié."

Envie et relais associatifs

Quand on s'intéresse au parcours de William, notamment son engagement associatif, on se rend compte que la question d'accessibilité culturelle ne repose pas nécessairement sur des moyens financiers. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas ici de dire que tout ce qui concerne l'accessibilité culturelle doit reposer sur le bénévolat et l'esprit d'initiative, mais plutôt de montrer aux frileux, et ils sont encore nombreux, que penser en terme d'accessibilité pour tous ne doit pas être occulté pour des raisons financières.
Pour en revenir à notre préoccupation actuelle, William a donc pu organiser ces visites décrites et tactiles avec l'appui des propriétaires ou gestionnaires des lieux mais aussi grâce au relais associatif qui permet de mobiliser les personnes pour lesquelles a été originellement pensée la visite. Ce qui n'exclut évidemment pas les autres (et dont la participation est même à préconiser)... Nous reparlerons probablement prochainement de ce sujet qui nous tient particulièrement à cœur.

Partage

Ce qui ressort d'abord de ce portrait, c'est cette envie de partager, de faire découvrir aux autres les richesses du patrimoine. Petits objets ou sculptures monumentales dans l'espace public, détail d'une porte d'armoire sculptée ou façade de château, William Chevillon présente avec passion ce qui constitue notre patrimoine. Très ancré sur son territoire vendéen, passionné d'histoire, son parcours montre aussi comment les rencontres peuvent provoquer des initiatives qui, aujourd'hui encore, sont loin d'être généralisées même si l'on perçoit souvent, dans le discours d'un guide, l'effort manifeste pour rendre la description plus explicite, plus détaillée qu'un simple "on peut voir sur cette façade...".
Ce que souligne aussi William Chevillon, c'est le rôle du travail de préparation avec les personnes déficientes visuelles qui permet ensuite à la visite décrite et tactile d'être "optimisée". Si ce travail préparatoire n'est pas toujours possible, il facilite grandement la compréhension d'une œuvre. On pourra relire notre compte-rendu du colloque "Art contemporain et Déficience visuelle" qui donne plusieurs pistes de réflexion sur la façon d'appréhender, notamment, une œuvre monumentale.
Il part aussi sur l'idée de multiplier l'usage des différents sens : toucher, écouter, manipuler, se faire raconter... Ainsi, toucher rend plus concrets les matériaux. Quelle différence faire entre une pierre de granite et une pierre calcaire sans les avoir touchées?
Cette expérience serait d'ailleurs bénéfique à tous. C'est aussi cela le sens du partage, non?

mercredi 7 septembre 2016

Accessibilite culturelle, deficience visuelle et Tourisme

Quelques expériences et réflexions autour de la rencontre tourisme/accessibilité culturelle issues de nos pérégrinations... ou savoir ou ne pas savoir si le visiteur déficient visuel aura quelque chose à se mettre sous les doigts ou dans les oreilles...

logo déficient visuel

Expositions permanentes ou temporaires, musées, monuments ou sites, voilà quelques endroits où tourisme et accessibilité culturelle se mêlent, ou plutôt pourraient, devraient se mêler. C'est loin d'être systématique, aujourd'hui encore, pourtant, cela donne lieu à de belles surprises, de belles rencontres. Pour cette fois, nous mettrons de côté les déceptions et désillusions.

Notons cependant que si certains musées font réellement des efforts pour être accessibles à tous, et nous ne parlons pas seulement d'accessibilité des lieux mais aussi d'accessibilité au contenu , d'autres se contentent de proposer une entrée gratuite pour la personne déficiente visuelle et son accompagnateur.
Il y a aussi ceux qui ont fait des choses, mais dont le personnel ne sait pas trop où trouver le livret en braille, ni si l'audioguide est accessible.
Si l'on peut concevoir cela (arriver en fin de saison et s'entendre dire que nous sommes les premiers à demander s'il y a des dispositifs accessibles au public déficient visuel peut laisser dubitatif), c'est dans la lignée de ce que disaient Thierry Jammes et Michaël Jeremiasz à propos de l'accessibilité d'un festival (les Eurockéennes de Belfort) : nécessité de FAIRE CONNAÎTRE CES INITIATIVES, COMMUNIQUER L'INFORMATION pour faire venir les gens...

Pour les expositions, citons deux cas de figure : l'exposition permanente, et là, a priori, pas d'obstacle pour rendre une partie de la collection accessible aux visiteurs déficients visuels, comme la Cité des Sciences ou le Mucem, et l'exposition temporaire, qui peut aussi être amenée à voyager dans plusieurs lieux.
Ayant eu l'occasion de visiter deux expositions temporaires qui proposaient des oeuvres accessibles au public aveugle ou malvoyant, faisons un petit retour sur celles-ci.

Pour la première fois, le Musée Adrien Dubouché et le BAL (Musée des Beaux Arts de Limoges) ont présenté cet été des expositions temporaires qui proposaient des dispositifs accessibles au public déficient visuel.
En effet, l'exposition “Corée, 1886. Roman d'un voyageur” pour le premier et "Volume, lumière, couleur. Charles BICHET", exposition programmée dans le cadre de l’exposition-parcours « La Creuse, une vallée-atelier. ITINÉRANCES ARTISTIQUES. Österlind, Bichet, Alluaud, Smith », relevant du dispositif « Vallée des peintres, entre Berry et Limousin » pour le second, offraient au visiteur aveugle ou malvoyant la possibilité de découvrir des éléments de décoration sur des vases ou des peintures de Charles Bichet.

Dans l'exposition "Corée, 1886. Roman d'un voyageur" qui présentait notamment une collection de céramiques, il y avait trois stations montrant des dessins tactiles permettant de se faire une représentation des décors présents sur des oeuvres emblématiques. Sur le panneau en relief se trouvait également une silhouette de l'objet afin de se représenter sa forme globale.

dessin en relief - éléments du décor

Dans l'exposition consacrée à Charles Bichet, on remettait au visiteur déficient visuel un livret en braille contenant le texte de présentation de l'oeuvre du peintre. Et, répartis dans la salle, découpée en plusieurs espaces ayant chacun leur ambiance, cinq casques à proximité de cinq tableaux choisis pour illustrer une période. Dans ces casques, en continu, une présentation audio de la peinture mais également de l'ambiance de la pièce et du contexte dans lequel l'oeuvre a été réalisée. Dispositifs utilisables par tous...

livret en braille -présentation de Charles Bichet casque permettant l'audiodescription du tableau situé à proximité

Mais il n'y a pas que les musées qui sont concernés par cette accessibilité culturelle. Tous les lieux touristiques, tous les lieux culturels le sont...

Pour une personne aveugle ou malvoyante, il peut être compliqué de s'imaginer un bâtiment, par exemple, sans une représentation tactile, image ou maquette, du lieu.
Cela peut être une maquette volumétrique simple, comme celle réalisée pour les deux bâtiments de la Philarmonie de Paris accessible dans le parc de la Villette (photo ci-dessous).

Maquette tactile volumétrique de la Philarmonie de Paris

Mais ce peut être aussi une maquette tactile permettant une vraie visite du bâtiment et de pouvoir ainsi voir un arc brisé, une croisée d'ogives ou une rosace. Isabelle Dapzol, architecte de formation et fondatrice d'Archi-Tact, a réalisé, par exemple, la magnifique maquette tactile de la cathédrale de Bourges. Celle-ci n'est certes pas en accès libre mais il suffit de demander la clé à la personne en charge de la cathédrale. Cette splendide maquette est également accompagnée d'une description audio qui explique comment découvrir le bâtiment. Une légende tactile et en braille permet également de connaître les matériaux composant le bâtiment.

Maquette tactile de la cathédrale de Bourges - Archi-Tact

Ou, pour préparer, compléter sa visite d'un lieu ou la découverte d'une oeuvre, il y a aussi la splendide collection Sensitinéraires, livres tactiles du Centre des Monuments Nationaux, à découvrir aidé tant les dessins en relief sont riches de détails, nous emmenant, entre autres, visiter la Cité de Carcassonne ou découvrir la Tenture de l'Apocalypse exposée au Château d'Angers.

Carcassonne - découverte tactile des remparts

Les cinq sites templiers du Larzac en Aveyron offrent au visiteur déficient visuel la possibilité d'avoir un livret d'aide à la visite, avec braille et dessin en relief (plan masse, façade, détail du décor...). Cela fait partie d'un projet beaucoup plus vaste, le Massif Central au bout des doigts, réalisé par Braille & Culture.

A travers cette balade, nous voyons qu'il existe déjà des lieux qui décident d'être accessibles à tous et que la façon de se rendre accessible est variée et riche en possibilités. Il y a aussi des solutions plus techniques. Récemment, le Musée Andy Warhol travaillait à la réalisation d'un audioguide inclusif (utilisable par tous).
Le blog du musée a publié au cours de l'été quatre billets (en anglais) relatifs à ce nouvel audioguide, Designing an inclusive audio guide, voici les liens :
- Part 1 - An introduction
- Part 2 - Tactile reproductions
- Part 3 - Talking tech with Ruben Niculcea
- Part 4 - Content development telling the Warhol story

Nous savons que cela nécessite des fonds et des compétences. Cependant, nous avons aussi rencontré des associations gérant de magnifiques lieux, avec peu de moyens financiers mais avec une vraie volonté de partager ce patrimoine. Découvrir un château sur un éperon rocheux peut aussi se faire par le biais d'une maquette volumétrique toute simple réalisée dans un matériau commun et facile à travailler.
Ne nous cachons pas derrière la réglementation et les dérogations. Certes, restons réalistes mais le bon sens et la bonne volonté permettent des choses que d'aucun aurait crû impossibles...

lundi 4 avril 2016

Colloque Sensorialité et Handicap

Ce colloque international co-organisé par Universcience et l'INS HEA s'est tenu à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris du 17 au 19 mars 2016.
Son sous-titre était : "Toucher pour apprendre, toucher pour communiquer".

Logo colloque Sensorialité et Handicap - illustration des cinq sens

Si les deux premières journées nécessitaient une inscription préalable, la troisième journée était ouverte au grand public dans le cadre de la Semaine du Cerveau.
Vous trouverez ci-dessous le résumé du programme mais nous nous intéresserons particulièrement à la plénière 3 qui présente des adaptations dans les musées et l'accès à l'art qui permet également de "réviser" ce que nous avons vu le matin, lors de la table ronde 4 sur la lecture d'images tactiles et de dessins en relief.

Carcassonne - découverte tactile des remparts
Exploration tactile du dessin en relief des remparts de Carcassonne tiré de l'ouvrage consacré à la cité dans la collection Sensitinéraires

Résumé du programme

Jeudi 17 mars 2016

Conférence de Vincent Hayward sur : "les bases physiques du toucher et leurs effets sur la perception"
Connaissances sur le toucher, suppléances perceptives

Deux tables-rondes en parallèle:
Table ronde 1 : Le toucher pour les élèves en situation de handicap et pour les autres (toucher et pratiques inclusives)
Table ronde 2 : Toucher, multimodalité et communication

Conférence de Bertrand Vérine : Le vocabulaire tactile existe : je l'ai entendu

Vendredi 18 mars 16

Conférence d'Edouard Gentaz : L'exploration multisensorielle dans les apprentissages

Deux tables-rondes en parallèle :
Table-ronde 3: Des perturbations du toucher à l'utilisation quasi exclusive du toucher dans diverses situations
Table-ronde 4: La lecture d'images tactiles et de dessins en relief

Le braille : apprentissage, enseignement
Les adaptations dans les musées et l'accès à l'art

Samedi 19 mars 2016

Les bases physiques du sens du toucher
L'anatomie des mains, à la croisée des arts et des sciences
Le toucher, au coeur des apprentissages
Le toucher à la naissance, une acquisition pour la vie

Ainsi que des démonstrations et ateliers le samedi après-midi

Les adaptations dans les musées et l'accès à l'art

Nous reviendrons plus précisément sur les présentations faites le vendredi après-midi, en totale adéquation avec le thème de ce blog.
Les intervenants lors de cette plénière étaient:
Aldo Grassini (Musée tactile Omero, Ancone, Italie) : Il faut chercher une esthétique du toucher
Marie-Pierre Warnault et Anne Ruelland (Cité de l'Architecture et du Patrimoine, Paris) : S'approprier une oeuvre architecturale par le toucher
Laura Solaro (Musée du Louvre, Paris) : La Galerie tactile du musée du Louvre. Témoignage sur une pratique éducative innovante
Delphine Demont (Compagnie Acajou, Paris) : Toucher pour s'ouvrir à soi : danser

Le musée tactile Omero
Ce musée a été créé à Ancone en 1993 et est devenu musée d'état en 1999. On pourra trouver une présentation en français ainsi qu'une en anglais en pièces jointes.

Logo du musée tactile Omero

La présentation parlait particulièrement de l'esthétique du toucher.
Voici le résumé :
Toucher pour apprendre, toucher pour communiquer, mais aussi toucher pour un accès à l'expérience esthétique de l'art. On a jusqu'à présent essayé de comprendre les potentialités cognitives du toucher sans beaucoup s'intéresser à ses potentialités esthétiques. Cette question est cependant devenue primordiale pour penser une véritable intégration culturelle des aveugles : l'intégration sociale n'est pas possible sans intégration culturelle, et l'art est un élément essentiel de la culture.
Mais un aveugle peut - il vivre une expérience de l'art authentiquement esthétique?
Le toucher permet la connaissance de certaines propriétés spécifiques, impossibles à percevoir par les autres sens : le poids, la température, la solidité sont des qualités exclusivement tactiles. D'autres propriétés peuvent être perçues par d'autres sens, mais ne peuvent être atteintes concrètement que par le toucher : la tridimensionnalité, le lissé, le relief d'une ligne, le vide et le plein, etc. Mais le toucher offre un plaisir différent de celui de la vision et a sa spécificité.
La formation d'une image visuelle et celle d'une image tactile suivent des voies différentes, mais elles peuvent toutes deux inspirer d'authentiques expériences esthétiques. Il existe une voie vers l'art qui part de la sensation tactile et utilise des éléments qui ne sont pas seulement cognitifs, mais aussi émotionnels : tandis que par la vue, le sujet et l'objet restent distincts, qu'il y a toujours un espace qui les sépare, le contact tactile élimine l'espace. Le toucher contient donc une participation affective qui n'est pas appréhendable par la vue.
Si ce constat a une validité pour les aveugles, pourquoi ne pourrait - il pas en avoir une aussi pour les voyants? Ajouter le plaisir du toucher au plaisir du voir propose une approche nouvelle de la jouissance liée à l'art. Il faudrait donc créer une théorie esthétique du toucher qui n'existe pas encore.

Photo du musée tactile Omero - sculptures

Ce que j'ai retiré de cette présentation, c'est cette phrase : "l'intégration sociale n'est pas possible sans intégration culturelle", que je partage totalement. Oui à l'accessibilité culturelle et à l'inclusion. C'est aussi la démarche de ce musée.

Cité de l'Architecture et du Patrimoine
"S'approprier une oeuvre architecturale par le toucher" était le sujet présenté par la Cité de l'Architecture et du Patrimoine qui a une offre d'activités pour le public handicapé.
Ce qui m'a intéressée dans cette démarche, c'est aussi, depuis 2010, la création de deux ateliers accessibles à tous les publics, "Sculptures cachées" et "Toucher pour dessiner". J'aime cette façon d'envisager le partage de la culture, l'appropriation par tous, même par le biais de divers moyens, d'un corpus commun. Mais voyons, dans le résumé ci-dessous, le détail de ces ateliers.

Qu'il s'agisse de médiation ou de création d'outils pédagogiques manipulables, l'équipe de la direction des publics de la Cité de l'Architecture et du Patrimoine fait appel au principe de la conception universelle. Cette démarche repose sur le fait que ce qui est conçu pour les personnes en situation de handicap peut être utilisé par tous. Dans ce cadre, nous présenterons deux ateliers que nous avons conçus et qui mettent en jeu le toucher à destination de tous les publics.
Le premier est un atelier qui consiste à découvrir de manière tactile des fragments architecturaux cachés à la vue des participants. Cet atelier, accompagné par une médiation humaine, est pratiqué lors d'évènements culturels.
Le deuxième atelier est intitulé "Toucher pour dessiner", il prolonge le précédent en proposant aux visiteurs, à l'issue d'une découverte tactile d'un dessin en relief, de le reproduire à leur tour sur un support adapté. Cet atelier, créé dans le cadre d'une exposition temporaire, se pratiquait en autonomie.
Après avoir exposé les objectifs et principes de ces ateliers, nous analyserons les retours d'expériences obtenus auprès des différents types de visiteurs. Nous ouvrirons ensuite le débat sur la question des bénéfices que le public voyant peut tirer d'une telle pratique du toucher en terme de mémoire, de représentation mentale, d'appropriation, et plus généralement d'appréhension du monde par un sens souvent négligé, le toucher.

La Galerie tactile du Louvre
Créée initialement pour le public déficient visuel en 1995, la Galerie tactile du Louvre a connu une évolution des publics depuis 201. Découvrir la Galerie tactile du Louvre dans ce podcast (ou baladodiffusion).
Elle est aujourd'hui ouverte aux publics handicapés, aux groupes scolaires et périscolaires, aux publics éloignés de la culture muséale. En accès libre, elle est ainsi accessible à tous les visiteurs.
Car si le toucher est indispensable aux déficients visuels pour appréhender une sculpture, il est idéalement requis chez tout visiteur souhaitant apprécier pleinement une oeuvre sculptée. Intrinsèquement lié à l'acte de création du sculpteur, le toucher nous renvoie à la matérialité de l'oeuvre. La découverte tactile permet donc d'aborder des questions fondamentales posées par la sculpture (volume, relief, surface...) et de les comprendre de façon concrète et directe.
Cette approche a depuis insufflé une dynamique nouvelle dans la conception de dispositifs de médiation dans les salles du musée (interprétations tactiles des oeuvres au département des arts d'Islam, échantillons de matériaux dans la nouvelle Petite Galerie).
A partir de 2011, la question s'est posée au sein du Service Éducation et Formation de concevoir un module de formation destiné aux acteurs du monde éducatif. Ce module, intitulé "Toucher et voir, pour mieux apprécier la sculpture" est régulièrement proposé et s'insère dans le catalogue d'offre de formations du musée. Dans une approche universelle, elle s'adresse autant à des relais travaillant avec un public non voyant et mal voyant qu'aux éducateurs, animateurs et enseignants de tout niveau scolaire et aux relais du champ social.

La Compagnie Acajou
Si vous suivez ce blog, nous vous avons déjà parlé de la Compagnie Acajou dans le billet consacré à Saïd Gharbi, et qui fait un travail fort intéressant avec les personnes déficientes visuelles et dont les projets s’organisent autour de quatre axes majeurs :la création de spectacles, l’accès à la pratique chorégraphique, l’accès à la culture chorégraphique, ainsi que la création d'outils pédagogiques adaptés.

Logo de la Compagnie Acajou - oeil fermé

Mais lisons le résumé ci-dessous :
Nous travaillons notamment sur les différentes possibilités de solliciter la sensibilité du corps dans sa globalité : en introduisant une conscience et/ou des actions sur et avec la peau, les muscles, les tendons, les articulations, le système nerveux..., nous stimulons l'ensemble du système somesthésique. Nos exercices incluent des appuis sur soi et des manipulations, pour prendre conscience de son enveloppe charnelle, de l'architecture du corps humain et des restructurations internes permanentes dès qu'il y a mise en mouvement. Nous proposons également des outils pédagogiques tactiles qui invitent le danseur à mieux construire son imaginaire corporel ou chorégraphique, à partir d'un contact efficient sur un objet extérieur à lui, mais dans un mouvement d'appropriation impliquant un retour sur soi et une transcription à travers son propre corps. Ces approches spécifiques à notre compagnie viennent nourrir le toucher du danseur, en questionner et peut-être en repousser la profondeur, l'impact et les limites; elles ouvrent également de nouveaux espaces de recherche pour interroger le mouvement d'appropriation et l'investissement spécifique qu'entraîne le toucher - la somesthésie active pouvant devenir révélatrice de l'imaginaire et de la personnalité de chacun.

Commentaires

Ce billet s'est concentré sur une petite partie de ce qu'il s'est dit lors de ce colloque international. Il s'est dit beaucoup de choses intéressantes, beaucoup sur le toucher d'un point de vue scientifique, beaucoup sur l'apprentissage et l'enseignement, notamment de l'importance du braille et du toucher pour appréhender mieux les choses.
Dans ce concentré autour des adaptations dans les musées et l'accès à l'art, ce que je retiens, c'est cette idée récurrente de conception universelle et de dispositifs accessibles à tous. Il reste encore beaucoup à faire mais voir, par exemple, l'évolution du public ayant accès à la Galerie tactile du musée du Louvre, ou se renverser des processus de conception (partir d'un dispositif accessible au public déficient visuel pour l'offrir à tous les visiteurs du musée) donne des raisons de se réjouir.
Nourrissons-nous de nos différences, et mettons à profit tous nos sens pour appréhender une oeuvre...
L'accessibilité universelle profite à tous.

Pour finir, voici le lien vers l'État des lieux de l'accessibilité des équipements culturels du ministère de la Culture et de la Communication. Parce qu'il reste encore des offres à développer, des équipes à sensibiliser, des bâtiments à rendre physiquement accessibles...

lundi 28 décembre 2015

Canne blanche et chien guide à l'assaut de la scène

Il y a longtemps que j'ai envie d'écrire ce billet. En fait, depuis le colloque Blind Creations qui s'est tenu à Londres en juin 2015.
Puis je suis tombée sur une présentation faite par Ryan Knighton à la Cusp Conference de 2009 et qui pourrait s'intituler "Ode à la canne blanche". C'est drôle (mais c'est récurrent chez cet auteur canadien dont, malheureusement, les deux ouvrages "Cockeyed" et "C'mon Papa" ne sont pas traduits en français") et il explique, en tant qu ' auteur (et scénariste) aveugle cherchant toujours des idées, pourquoi il a choisi la canne blanche plutôt que le chien-guide ou l'écholocation.

Ryan Knighton brandissant sa canne blanche pliée en deux

La couverture de "Cockeyed" où il raconte le diagnostic de la rétinite pigmentaire annoncé le jours de ses dix - huit ans, sa vie d'étudiant et la rencontre avec celle qui deviendra son épouse, montre sa silhouette habillée de noir soulignée par une paire de lunettes noires et une canne blanche dépliée tendue en avant, glissée sous le bras droit.

Couverture du livre Cockeyed de Ryan Knighton

La canne blanche est un instrument utile, identifié, faisant référence à la cécité ou malvoyance. Lorsqu'on l'utilise au quotidien, qu'elle permet des déplacements autonomes et plus sûrs, pourquoi s'en séparer?
Quand on est artiste, comme Carmen Papalia, on peut décider de la "customiser" pour la rendre plus élégante et/ou pour effacer son caractère trop identifiant ou identifié, comme il l'explique en anglais dans l'émission BBCOuch en disant qu'il a enlevé la pellicule blanche et rouge pour laisser apparaître la couleur noir mat du graphite et qu'il a remplacé la poignée d'origine par une poignée en bois, ou la "magnifier" de son usage premier dans la vidéo réalisée pendant sa résidence de janvier à mars 2015 au Victoria and Albert Museum intitulée "Getting to the Front Lobby" : si la canne aide à se déplacer et à se frayer un chemin, elle produit aussi nombre de sonorités identifiables.

Se frayer un chemin à l'aide de la canne blanche, c'est effectivement ce que fait Casey Harris, claviériste du groupe new-yorkais X Ambassadors, quand il monte sur ou sort de scène, généralement accompagné par son frère, Sam, leader, qui se place derrière lui en lui tenant l'épaule comme l'illustre joliment la photo suivante :

Casey et Sam Harris descendant de scène - photo de Foster K. White
Photo de Foster K. White

Pendant le concert, la canne est sagement pliée et posée à proximité des claviers et des bouteilles d'eau, sur le devant de la scène, illustrée là aussi par une jolie photo montrant, par ailleurs, que Casey ne se ménage pas sur scène :

Casey Harris, sur scène, sautant, canne blanche pliée posée par terre, sur le devant de la scène
Photo de Derrick Spencer, publiée dans le Daily Toreador

Et souvent dépliée, installée le long du côté droit, parfois coincée sous le bras droit en entrevue...

Sam à droite et Casey à gauche, assis, avec la canne blanche dépliée posée verticalement sur le côté droit

Ryan Knighton a rappelé dans son exposé cité plus haut, que la personne aveugle avait, grosso modo, trois façons de se déplacer en autonomie. Outre la canne blanche et l'écholocation, il y a aussi le chien-guide.
C'est ce mode de déplacement qu'a choisi Justin Kauflin, pianiste de jazz, lorsqu'il s'est installé à New York. Dernier élève de Clark Terry, aujourd'hui protégé de Quincy Jones, Justin Kauflin est guidé par Candy lors de ses déplacements. Elle est aussi présente en studio d'enregistrement, sur scène et sur la pochette de l'album "Dedication" sorti en 2014.

couverture du CD Dedication de Justin Kauflin

Justin Kauflin était étudiant quand il a rencontré Clark Terry, légendaire trompettiste de jazz, qui, toute sa longue vie, a oeuvré pour transmettre son savoir. Ce dernier est devenu son mentor et c'est lors d'une visite chez Clark Terry que Justin Kauflin a rencontré Quincy Jones. Cette histoire, centrée sur Clark Terry et son dernier élève, a fait l'objet d'un très beau documentaire, Keep on Keepin'on réalisé par Alan Hicks, sélectionné à de nombreux festivals, où la transmission du savoir et de l'amour de la musique est au coeur de cette relation.

Comme Carmen Papalia indiquait dans son entrevue dans l'émission BBCOuch, la canne blanche est très, trop (?) identifiable et amène de l'aide pas toujours demandée et pas toujours appropriée. Lors de ses concerts, comme dans l'épisode 36 de l'émission de radio In Your Ear, il arrive à Justin Kauflin d'expliquer (autour de 09:25 min) que Candy, son chien-guide est là pour travailler, qu'elle sait ce qu'elle doit faire et, qu'à ce titre, elle ne doit pas être dérangée ou caressée.

Avez - vous noté que les personnes citées sont toutes nord américaines? Deux canadiens de la région de Vancouver, Ryan Knighton et Carmen Papalia, et deux américains de la côte est. Hasard ? Sensibilité personnelle ? Sur ce dernier point, j'avoue : mon histoire m'amène à beaucoup regarder ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique. Quant au hasard, j'en suis beaucoup moins sûre.
Ne nous faisons guère d'illusions. La canne blanche est effectivement un signe distinctif. Et alors?
Ryan Knighton raconte que deux mois après avoir appris qu'il avait une rétinite pigmentaire qui le rendrait assurément aveugle à échéance plus ou moins longue, il a entendu une entrevue d'un homme ayant la même pathologie et ayant perdu la vue expliquant qu'il passait ses journées à dormir et à écouter des matchs de hockey (rappel : Ryan Knighton est canadien). Ce qui lui a fait le plus peur, ce n'est pas la cécité mais l'idée de s'ennuyer et c'est ainsi qu'il a commencé à écrire.
Justin Kauflin a complètement perdu la vue à onze ans. Il avait déjà commencé à jouer de la musique, du violon en particulier, mais il aimait énormément le basket. Devenu aveugle, il a dû renoncer à jouer au basket, aux jeux vidéos. Et il a passé de plus en plus de temps au piano et cela est devenu une passion.
Quant à Casey Harris, très malvoyant (il est légalement aveugle) depuis sa naissance, il a grandi auprès d'une mère chanteuse et d'un père qui écoutait beaucoup de musique. Et pour les frères Harris, même s'ils n'avaient pas forcément envisagé de faire de la musique ensemble, devenir musiciens était une évidence, jouant dans des groupes depuis leur enfance. Casey a également une formation d'accordeur de piano, profession qu'il a exercée quelques années à New York avant de devenir musicien professionnel.
La cécité est donc une partie d'eux-mêmes, mais juste une partie. Chacun a son histoire, ses envies, ses intérêts et, des heures et des heures de travail, des années de pratique, et des rencontres qui leur ont permis de se distinguer.
Dans une des nombreuses entrevues que j'ai visionnées, Casey Harris explique que pour arriver là où le groupe X Ambassadors en est aujourd'hui, il a fallu des années de travail, de dur labeur et de galère, mais aussi de la chance.
Certes, le talent ne fait pas tout mais il est toutefois nécessaire.

dimanche 25 octobre 2015

A écouter et à lire - Quelques liens

Au cours de ces dernières semaines, plusieurs choses entendues ou lues m'ont donné envie de les partager avec les lecteurs de "Vues Intérieures".

Parlons d'abord de "Backstage", émission d'Aurélie Charon, diffusée sur France Culture le lundi de 23 heures à minuit et de l'émission n°7, vrai coup de coeur, où elle recevait Melchior Derouet, skieur, comédien, danseur déjà présenté ici, intitulée les visions de Melchior Derouet où il parle de ski, de sa carrière, de ses courts métrages avec Joël Brisse, de sa façon de voir.

Les Pinces à Linge - Alban et son appareil photo - film de Joël Brisse avec Melchior Derouet

Alban (Melchior Derouet) et son appareil photo - Les Pinces à Linge - Joël Brisse

Voir différemment, percevoir autrement, c'est aussi de cela que parle le billet d'Ariane Charton intitulé Trois Regards où elle évoque notamment Jacques Lusseyran, présenté aussi ici à travers le billet sur Le Voyant de Jérôme Garcin.

Cela renvoie aussi inévitablement au colloque Blind Creations ou à celui organisé du 19 au 21 novembre prochain, programme détaillé ici, qui abordera notamment l'analyse des représentations artistiques du handicap. A lire à ce sujet, le billet d'Ariane Charton Compréhension et Expression du Handicap.

Profitons de nos différences pour enrichir nos propos, nos façons de penser et nos modes de perception et nous donner la possibilité de réfléchir autrement.

mercredi 5 août 2015

Blind Creations - Suite

Hannah Thompson vient de publier un article dans The Guardian qui fait suite au colloque Blind Creations et que j'ai envie de vous présenter ici. Il ne s'agira pas d'une traduction à proprement parler mais d'une tentative de transmission d'idée parce que, d'une part cela donne vraiment l'esprit du colloque et ensuite parce qu'il est important de faire circuler ces pensées. Elle est également l'auteure d'un blog Blindspot. Pour ceux qui souhaitent lire l'article en version originale, c'est ici et il s'appelle "How the arts can help change attitudes to blindness".

Portrait d'Hannah Thompson

Photo: portrait d'Hannah Thompson

Le blog "Vues Intérieures" est né d'une envie qui s'apparente vraiment à cette idée que les arts peuvent aider à changer le regard sur la cécité et la déficience visuelle.

Le colloque Blind Creations a accueilli 116 participants du monde entier dont la moitié était des personnes aveugles ou déficientes visuelles. Parmi elles, de nombreux artistes, auteurs, écrivains. Pendant le colloque a eu lieu aussi un micro festival des arts. Ces trois jours ont été l'occasion pour les participants aveugles et non-aveugles d'échanger des façons inventives d'expérimenter le monde, allant des livres tactiles et photographies à l'art haptique.

Lors de ce colloque, beaucoup de sujets ont été évoqués et Hannah Thompson a choisi, pour son article, de parler de deux d'entre eux pour lesquels l'art réalisé par ou pour les personnes aveugles peut et doit nous aider à changer les présomptions négatives de la société sur la cécité: le braille et le format audio, l'audiodescription en particulier.

Le braille et le support audio sont souvent utilisés pour permettre aux personnes aveugles d'avoir accès au matériel imprimé. L'engouement récent du public voyant pour les livres audio a permis aux personnes aveugles d'avoir accès à un nombre plus important d'oeuvres. Quant au braille, perçu comme difficile à utiliser et de nature encombrante, très peu de livres sont publiés, au Royaume Uni, sous ce format, signifiant aussi que cet ingénieux système de lecture est réservé à une petite minorité de personnes aveugles dont le nombre ne cesse de diminuer.

Lors du colloque, plusieurs artistes ont expliqué comment ils utilisaient le braille pour attirer à la fois le public aveugle et le public voyant. Ainsi, dans l'installation tactile de David Johnson, Too Big to Feel, l'artiste a créé des gros points de braille en béton pour montrer que le système d'écriture est un moyen créatif d'expression qui parle d'autonomie et de communication aux personnes non-aveugles. Cette oeuvre suggère que l'imprimé n'est qu'un moyen, et peut-être pas le meilleur, d'accéder à l'information.

Too Big to Feel, oeuvre de David Johnson

Photo : Too Big to Feel, David Johnson

Si Hannah Thompson doute d'une renaissance du braille dans l'industrie de l'édition malgré une nouvelle popularité de cette écriture parmi les lecteurs, écrivains et éditeurs, elle souligne cependant que les artistes qui utilisent le braille dans leurs oeuvres nous encouragent à nous questionner sur notre tendance à privilégier la vue sur les autres sens en soulignant le potentiel que peut avoir la cécité pour changer l'opinion.

L'audiodescription se développe au cinéma et à la télévision mais, contrairement aux livres audio, reste quasiment inconnu en dehors des personnes aveugles. Le colloque a montré que, loin de n'être qu'un support neutre pour raconter ce qui se passe à l'écran, l'audiodescription, comme le braille, est un art en soi ou le descripteur faire des choix délibérés et subjectifs de ce qu'il mentionne ou ignore.

Si, dans les cinémas, les personnes aveugles accèdent à l'audiodescription par le biais d'un casque qui, tout en leur donnant des informations sur les personnages, le décor, les isolent de l'expérience visuelle du film, elles sont aussi dépendantes des choix faits par les descripteurs.

Le documentaire "Across Still Water" de Ruth Grimberg datant de 2014 et parlant de perte de vision, a été présenté avec l'audiodescription lors du colloque permettant ainsi au public non-aveugle d'expérimenter une séance de cinéma "à l'aveugle".

Hannah Thompson explique que le refus du protagoniste d'utiliser une canne blanche permet au spectateur de comprendre ses sentiments au sujet de sa cécité progressive. Mais la vue d'une canne blanche pliée sur une table n'est pas mentionnée par le descripteur voyant. Les spectateurs aveugles n'ont pas ainsi accès à la décision de la réalisatrice de montrer cette canne inutilisée et d'en apprécier le symbole.

Les discussions lors de la présentation du film nous ont révélé qu'il était important de considérer l'audiodescription comme une forme d'art si les personnes aveugles peuvent accéder aux subtilités du film.

Hannah Thompson conclut en disant que si le braille et l'audiodescription ont été créés pour permettre aux personnes aveugles d'accéder au monde visuel, il est peut-être temps, aujourd'hui, de les envisager de manière plus créative. Cela permettrait non seulement d'améliorer la perception de la cécité par le public mais aussi l'accès des personnes aveugles à l'art.

Que les éditeurs et l'industrie cinématographique en prennent note!

samedi 4 juillet 2015

Colloque Blind Creations

Fin juin, Vues Intérieures a participé à un colloque intitulé Blind Creations qui se tenait au Royal Holloway, Université de Londres.

Situé à l'ouest de Londres, proche du château de Windsor, le campus est installé dans un joli parc. Le sujet du colloque tournant autour de cécité et création, nous avons eu l'opportunité de découvrir l'oeuvre de David Johnson, Too Big to Feel, installée au pied de l'emblématique et historique Founder's Building.

Too Big to Feel, oeuvre de David Johnson

Le colloque s' est tenu du 28 au 30 juin 2015 et ce furent trois jours formidables. Chers lecteurs de ce blog, vous aurez donc l'occasion d'entendre parler à plusieurs reprises de ce colloque tant il a été riche en rencontres, en découvertes et si stimulant de voir ce qui se passe dans le monde entier, car oui, la quasi totalité des continents était représentée: nous étions 116 participants venus de toute l'Europe mais aussi d'Asie avec l'Inde, le Japon ou la Corée du Sud, d'Amérique du Sud avec le Brésil, d'Amérique du Nord avec le Canada et les États Unis.

Ce colloque s' inscrit à la suite de celui ayant eu lieu à Paris à la Fondation Singer - Polignac en juin 2013 voir ici et dont le thème était "Histoire de la Cécité et des Aveugles" et initié par Zina Weygand, "doyenne des études sur la cécité" comme l'a rappelé Hannah Thompson, co-organisatrice avec Vanessa Warne de ce magnifique colloque.

Dans la présentation de ce blog, nous avions indiqué qu'il n'y avait pas de prétentions universitaires. Ce que nous avons vu et entendu lors de ce colloque nous donne envie de le partager avec vous parce qu'il y a des personnes que nous avons envie de vous présenter, parce qu'il se fait des choses très intéressantes en matière d'accessibilité culturelle, parce que le thème de ce colloque est en parfait accord avec l'esprit de ce blog.

Le programme complet est disponible ici. Plusieurs sessions ayant lieu en parallèle, il a fallu faire des choix. Néanmoins, nous avons eu deux séances plénières. L'une avec Georgina Kleege, auteure américaine, entre autres, de 'Sight Unseen' dont il faudra que l'on parle ici un jour, et l'autre avec Zina Weygand et son allocution sur Jacques Lusseyran, héros français de la seconde guerre mondiale, résistant aveugle dont nous avions parlé ici grâce au livre de Jérôme Garcin, Le Voyant.

Georgina Kleege - Blind Creations Conference Zina Weygand et Hannah Thompson - Blind Creations Conference

Photos prises lors du colloque Blind Creations : Georgina Kleege sur la photo de gauche, Zina Weygand et Hannah Thompson sur la photo de droite

Extant, troupe de théâtre anglaise composée de comédiens professionnels déficients visuels, et représentée ici par Maria Oshodi, a présenté un dispositif haptique appelé Flatland. Nous avons eu une démonstration avec deux volontaires.

Flatland - Freya - Blind Creations Conference Flatland - Frédéric - Blind Creations Conference

Pour finir la première journée de colloque en beauté, il y a eu une rencontre et un échange avec plusieurs artistes qui nous ont présenté leur travail: David Johnson, Florian Grond, Teresa Payne, Partho Bhowmik pour le projet Blind with Camera, Aaron McPeake, Alice Entwistle et Lou Rockwood.

Discussion avec les artistes

Autre moment marquant du colloque, une rencontre intitulée "Creative Writers' Roundtable", très franco - canadienne, avec Ryan Knighton, Naomi Foyle, Frédéric Grellier, Romain Villet et Rod Michalko dont nous reparlerons plus précisément plus tard. Ceux qui lisent régulièrement ce blog connaissent au moins deux de ces auteurs, Romain Villet, pour Look et Ryan Knighton pour son portrait, chacun ayant fait l'objet d'un billet.

Table ronde avec les auteurs - Blind Creations Conference

Autour de ce colloque, avaient lieu également des évènements comme un atelier animé par David Johnson où les participants devaient travailler un bloc d'argile en produisant des formes qui ne devaient pas ressembler à quelque chose de connu. Cela a donné lieu à une imagination débordante, de véritables sculptures comme on peut l'apercevoir sur cette photo prise par Hannah Thompson à l'issue de l'atelier:

réalisations créées dans l'atelier animé par David Johnson, photo de Hannah Thompson

Ou, pour conclure le colloque, une visite audiodécrite de la Galerie des Peintures, avec Vanessa Warne sur la photo ci-dessous.

peinture audiodécrite par Vanessa Warne, Galerie des Peintures

Voilà un rapide aperçu de ce colloque où cécité et créativité étaient à l'honneur, où l'art se faisait avec, par et pour les personnes aveugles et déficientes visuelles. Trois jours d'échanges, de rencontres, de mélange de générations entre les plus expérimentés et les étudiants, tous motivés par cette nécessité de donner et permettre un autre regard sur la cécité et la déficience visuelle.

mercredi 12 novembre 2014

Claude Garrandes - portrait

Dernièrement, j'ai redécouvert Claude Garrandès et son travail à l'occasion de la lecture d'un livre de Nicole-Nikol Abécassis Garrandès, l'éclaireur - Essai sur la cécité et la création artistique

Je me suis alors souvenu d'un reportage sur cet homme aux multiples domaines de compétences. Ce que j'avais retenu de son travail, c'étaient de magnifiques livres d'art avec des dessins embossés et tactiles, des reproductions d'oeuvres de Matisse, de Cocteau notamment.

Cocteau - couverture

Matisse - couverture

© Éditions CLAUDE GARRANDES

Claude Garrandès est le fondateur et le président de l'association Arrimage et se bat depuis des années pour que l'art soit accessible à tous, en particulier aux personnes aveugles et malvoyantes, notamment aux enfants déficients visuels.

Claude Garrandès est aussi professeur de braille, éditeur de livres d'art, juriste, docteur en psychologie, psychanalyste, professeur certifié en sciences économiques et sociales, ainsi qu'artiste. Pour mieux faire connaissance avec cet artiste polyvalent, infatigable et tourné vers les autres, lire ce portrait fouillé 2012-02-article-CN-Claude_Garrandes-1.pdf

L'association Arrimage est basée à Nice et le dernier ouvrage édité en 2011 avec des dessins tactiles reproduit des gravures de la Vallée des Merveilles, Homme des Merveilles et les éditions Claude Garrandès s' apprêtent à publier la première édition en relief du Petit Prince et en braille!

L'association Arrimage oeuvre dans plusieurs domaines : édition, mais aussi signalétique et adaptation d'oeuvres pour le public aveugle ou malvoyant, ateliers artistiques, activités pédagogiques...

Homme des Merveilles -Éditions Claude Garrandès, 1991

© Éditions CLAUDE GARRANDES, 2011

Claude Garrandès expose régulièrement ses oeuvres, notamment ses sculptures en fil de cuivre qu'il tisse avec ses doigts, ses coptographies (ou comment écrire avec les ombres), dans la région niçoise.