Vues intérieures

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mercredi 21 février 2018

Peintres aveugles - de la fiction a la realite

L'idée et l'envie d'écrire ce billet sont assez anciennes. Mais, avouons le, le dernier rôle endossé par Jay Worthington, comédien chicagoan légalement aveugle, et membre du Gift Theatre, visité l'an dernier, nous a donné l'impulsion pour le faire maintenant. Ajoutons à cela une critique lue à propos de la pièce où il était écrit : "a blind painter (yes, a blind painter)", comme si cela était impossible... Mais nous savons bien, ici, que tout est possible. Il suffit de faire tomber ses oeillères et ses idées reçues.

La pièce, écrite par une auteure, Kathleen Cahill, dans laquelle Jay Worthington interprétait John, peintre aveugle ayant perdu la vue en Irak, ''Harbur Gate'', jouée au 16th street theater, parlait avant tout de vétérans et de la difficulté des genres dans l'armée. L'auteure explique qu'elle a découvert la peinture de Winslow Homer, The Veteran in a New Field pendant qu'elle écrivait la pièce et que cela l'a beaucoup inspirée. Ce qui nous a marqué, revenant aux préoccupations de Vues Intérieures, c'est la photo où l'on voit John (Jay Worthington) avec une canne blanche à ses côtés. Quand on connaît l'envie de Jay Worthington de montrer, à l'instar de la campagne Blind New World à laquelle il a participé (voir cette interview donnée à une chaîne de Chicago), que les personnes déficientes visuelles sont capables de tout faire, nous avons eu envie de le partager.

Harbur Gate - Michelle et John

Profitons aussi de cette introduction pour reparler de Bruce Horak, artiste pluridisciplinaire canadien, légalement aveugle, qui fait un peu une récapitulation de sa carrière dans cette interview radio (en anglais). Il y parle notamment de sa situation d'artiste légalement aveugle mais aussi de la façon dont il s'est mis à peindre. Il a même conçu un spectacle, Assassinating Thomson, où il peint sur scène. On peut voir, ci-dessous l'affiche de ce spectacle où l'on aperçoit un autoportrait de Bruce Horak ainsi que sa version du tableau Jack Pine de Tom Thomson.

Assassinating Thomson - Affiche du spectacle présenté au Thoushand Islands Playhouse

Saviez - vous que de nombreux peintres, tel Claude Monet, avaient des pathologies oculaires? On pourra en savoir plus en lisant cet article qui recense quelques peintres ou sur cette page, Oeil et Art du SNOF (Syndicat National des Ophtalmologistes de France) qui donne accès à une série d'articles très intéressants.
Nous ne reviendrons pas sur cela mais regarderons le travail de plusieurs peintres aveugles ou légalement aveugles, chacun avec leurs techniques et leur style, chacun ayant une expérience personnelle et unique à la déficience visuelle. Il ne s'agit pas, ici, de faire un recensement des peintres aveugles, mais de montrer comment chacun d'eux, d'elles, a su trouver le moyen de s'exprimer en trouvant sa technique.

Keith Salmon a perdu une grande partie de sa vue d'une rétinopathie diabétique alors qu'il était déjà artiste, sculpteur. Il s'est remis à peindre en trouvant des techniques. Il est aujourd'hui reconnu comme l'un des grands peintres paysagistes écossais. Pour en savoir plus sur son parcours, ses activités, on peut aller sur son site.

Tableau de Keith Salmon - Breaking Mists - Isle of Arran
Tableau de Keith Salmon intitulé "Breaking Mists - Isle of Arran", acrylique et pastel, 80x80cm

Les extraits suivants sont issus de ce site où l'on pourra voir aussi d'autres œuvres de Keith Salmon.

“When I’m out on the hill I really can’t see much detail, rather I see the landscape more as pattern. I see the large forms and shapes, bright colours, and contrasts between light and shade. I am unable to paint or draw accurately without the use of magnifiers and so the methods I developed to paint and draw, seemed perfect for creating paintings that were about how I experience the hills.”

"Quand je suis dehors dans les collines, je ne vois pas beaucoup de détails, je perçois plutôt le paysage comme un motif. Je vois les formes et volumes importants, les couleurs vives, et les contrastes entre la lumière et l'ombre. Je ne peux pas peindre ou dessiner correctement sans l'usage de loupes alors les méthodes que j'ai développées pour peindre et dessiner sont idéales pour créer des tableaux qui expriment ce que j'ai ressenti dans ces collines."

“My paintings are, I guess, impressions of the mountains and glens as I experience them. They try to convey something of what it’s like to be out in these places, the ever changing atmosphere, colours, light and conditions.”

"Mes peintures représentent, j'imagine, ce que je vis lorsque je suis dans ces montagnes et ces vallées. Elles essaient de traduire ce que l'on ressent dans ces endroits où l'atmosphère, les couleurs, les lumières, les conditions (météorologiques) changent tout le temps."

Sargy Mann, anglais, a fini par perdre complètement la vue alors qu'il était un peintre, très influence par Matisse et Bonnard, déjà bien installé et habitué à travailler avec une basse vision. Lui aussi, après une pause, a trouvé des techniques lui permettant de (re)peindre. Avant son décès survenu le 5 avril 2015, il a écrit ses mémoires. On trouvera sur le site de la BBC un long sujet sur Sargy Mann avec de grands passages racontant sa carrière et sa vie de peintre déficient visuel, plusieurs de ses œuvres et un documentaire très intéressant d'une durée un peu supérieure à quatre minutes, le tout en anglais et sans sous-titres. On peut aussi voir ses peintures sur le site de la Galerie Cadogan contemporary.
On trouvera ci-dessous deux peintures de Sargy Mann, Figures by a river et Frances x3 datant de 2013, période à laquelle il avait complètement perdu la vue.

Peinture de Sargy Mann - Figures by a river

Peinture de Sargy Mann - Frances x 3 (2013)

John Bramblitt, peut-être le plus médiatique, ou médiatisé, des peintres aveugles, est américain. Il s'est remis à peindre lorsqu'il est devenu aveugle à la suite de complications dues à l'épilepsie. L'article de CNN permet d'avoir l'histoire et la technique de John et on peut aussi regarder l'émission A vous de voir qui lui a été consacrée en mars 2018.
Il dessine les contours de ses dessins à l'aide d'une peinture noire qui laisse un relief sur la toile. Ses différents tubes de peinture ont des étiquettes en braille puis, pour savoir quelle peinture est sur la palette, il travaille chaque couleur avec une viscosité différente, lui permettant de s'y retrouver seul.
Les couleurs employées par John Bramblitt sont très vives et son inspiration est très américaine. Ci-dessous, une peinture intitulée Bones et qui nous amène tout droit à la Nouvelle Orléans et ses ensembles de cuivre...

Peinture de John Bramblitt - Bones

Nous pourrions ainsi continuer mais l'idée était de montrer les différentes techniques qu'ont pu trouver ces peintres, en fonction de leur histoire personnelle, de leur style pictural mais aussi de leur condition visuelle. Il est toujours fascinant de voir comment l'Homme peut s'adapter quand il s'agit de sa survie. Chez ces trois peintres, la nécessité de s'exprimer par un médium visuel, mais aussi tactile (contact avec la peinture, la matière) leur a permis de trouver leur propre façon de le faire. Quant à Bruce Horak, il explique très bien qu'il a commencé à peindre pour montrer aux autres comment il voyait et que cela lui a permis également de s'affirmer comme artiste légalement aveugle.

Que cela vous donne envie de découvrir d'autres artistes, sans préjugés ni idées préconçues. C'est comme cela que l'on se laisse surprendre...

vendredi 1 septembre 2017

Vues Interieures - Trois ans d'existence et autant de decouvertes

Ça commence par un billet pour des coups de cœur et ça continue trois ans après. Le blog Vues Intérieures fête son troisième anniversaire!
Et cette troisième année a été l'occasion de faire des rencontres fantastiques, tel que nous l'avions espéré en conclusion du billet du deuxième anniversaire.
Difficile de faire un tri parmi les billets publiés, plus de cent depuis le début de cette aventure. Il y a évidemment les "classiques" avec le cinéma, la littérature et l'accessibilité culturelle, mais parmi les "innovations" de l'année, une incursion timide mais nécessaire dans la poésie avec deux poèmes de Lynn Manning extraits d'une oeuvre théâtrale, et une ouverture formidable sur le théâtre de Chicago, autant en matière d'accessibilité culturelle, Chicago - Théâtres et Accessibilité que de la découverte d'un Storefront theatre, Le Gift Theatre dont nous avions parlé précédemment en faisant le portrait de Jay Worthington, comédien malvoyant membre de la troupe. Michael Patrick Thornton, co-fondateur et directeur artistique du théâtre a bien voulu revenir sur ses quinze ans d'existence et nous raconter comment et pourquoi il avait créé ce qui, au départ, était une troupe, pour devenir ensuite, aussi un lieu.

Rencontres

Logo du Gift Theatre (une main ouverte, côté intérieur, tendue vers le bas)

A vrai dire, nous suivions depuis un moment le travail de ce petit théâtre (40 places) parce qu'il a un vrai travail et une vraie réflexion, assez dynamique sur la scène chicacoane, autour de la diversité et de l'inclusion. Et l'accueil que nous ont réservé les membres de la troupe rencontrés lors du voyage à Chicago a été extraordinaire. La rencontre inattendue avec Jay Worthington a permis de discuter de sa carrière au Gift, de son rôle dans la campagne Blind New World, et des difficultés qu'ont les comédiens handicapés pour accéder aux castings et éventuellement décrocher des rôles.
Ces rencontres de personnes ont vraiment marqué cette année écoulée. Mais l'été, qui vit ses derniers jours, nous a également donné l'occasion de rencontrer physiquement, en "vrai", des oeuvres évoquées dans des billets, telle cette sculpture intitulée "Femmes de Caughnawaga" de M.A. de Foy Suzor-Côté, aperçue dans la première scène de Dans les Villes, film québécois de Catherine Martin, avec Robert Lepage interprétant Jean-Luc, grand amateur d'art et aveugle. Ou encore le Jack Pine de Tom Thomson reproduit par Bruce Horak pour son spectacle Assassinating Thomson.

Femmes de Caughnawaga - M.A. de Foy Suzor-Côté - Musée des Beaux-Arts d'Ottawa Jack Pine - Tom Thomson - Musée des Beaux-Arts d'Ottawa













A quelques encablures du Musée des Beaux-Arts, la Galerie d'Art d'Ottawa avait invité Carmen Papalia, artiste se définissant comme "apprenant non visuel" à exposer son art conceptuel autour de la notion d'accessibilité. Nous en reparlerons dans un prochain billet.

Littérature, cinéma...

Plus classiquement, cette troisième année a permis de continuer d'explorer la littérature jeunesse autour des livres accessibles aux enfants aveugles, malvoyants ainsi qu'à tous les autres, en plongeant avec plaisir dans les ouvrages de l'association Mes Mains en Or :

Le Père Noël s'apprête à monter dans son traîneau cartes plastifiées illustrant chacune l'un des monstres

























Mais également à travers des personnages d'adolescentes aveugles, comme Julie dans Super, roman norvégien de Endre Lund Eriksen, ou malvoyants comme Ana dans Ma vie en noir et blanc de Delphine Bertholon.
Nous avons aussi rencontré Ava, adolescente atteinte d'une rétinite pigmentaire dans ce premier long métrage de Léa Mysius, présenté à la Semaine de la Critique du soixante-dixième Festival de Cannes.
Et pour rester dans le domaine du cinéma, c'est fascinant de voir combien de personnages aveugles peuplent nos grands ou petits écrans, Cécité sur grand écran, et combien peu de rôles sont endossés par des acteurs aveugles ou malvoyants.
Dans les découvertes cinématographiques, citons Wings in the Dark, les Ailes dans l'Ombre, film avec Cary Grant ou le "road movie" allemand Erbsen auf halb 6, sans oublier l'adorable Mimi et Lisa, ensemble de six courts métrages d'animation, accessible dès quatre ans et mettant en scène deux petites filles dont l'une est aveugle.

Louis Braille

De façon amusante et non préméditée, nous avons aussi eu l'occasion de lire deux livres jeunesse, d'époques quasi similaires et de sphères linguistiques différentes, consacrés à la vie de Louis Braille et à son invention encore indispensable aujourd'hui pour permettre aux nouvelles générations d'enfants aveugles d'être éduqués, de savoir lire, écrire. Il s'agit de :

Vous avez noté? Dans les deux cas, la cécité est comparée à la nuit...

Accessibilité culturelle

L'accessibilité culturelle a été évoquée plus haut avec l'accès au théâtre, autant en terme de lieu physique que de l'oeuvre, avec l'accès au contenu. Mais elle est présente en filigrane dans ce blog, comme une évidente nécessité et un droit à la culture pour tous. Durant cette troisième année, le voyage a été une orientation marquée avec notre Escapade londonienne, la lecture de Voyageur de Lesley Beake et la découverte de James Holman, grand voyageur aveugle du XVIIIe siècle. Cela s'est aussi manifesté à travers un article paru dans le Telegraph, quotidien anglais rapportant l'expérience d'un jeune voyageur aveugle qui part régulièrement avec l'agence Traveleyes qui associe voyageur aveugle et voyant et qui a inspiré Voyages, Cécité, Partage et Audiodescription en filigrane.
Pour ne pas complètement oublier le voyage, l'exposition du Musée des Beaux-Arts de la Rochelle, Accrochage n°10 - Voir et ne pas voir a permis de découvrir, réunies dans un même espace, plusieurs façons, techniques, de rendre les peintures, sculptures, accessibles aux visiteurs aveugles et malvoyants.

peinture de Jean Chevolleau, Le Port de La Rochelle, calme bleu mystique
Transposition tactile de la peinture de Jean Chevolleau, Le Port de La Rochelle, calme bleu mystique, Musée des Beaux-Arts de la Rochelle

Hommage

La fin du mois de mai nous a donné l'occasion de rendre hommage à Julien Prunet, jeune journaliste talentueux aveugle disparu il y a quinze ans, et de parler de la création de Lire dans le Noir avec Aurélie Kieffer, journaliste sur France Culture, amie de Julien, et fondatrice de l'association. Parce que nous ne pouvons pas oublier ceux qui ont fait ce que nous sommes aujourd'hui.

Coups de cœur

Pour finir cet inventaire à la Prévert, preuve s'il en faut que la déficience visuelle et la cécité peuvent s'immiscer partout avec talent et audace, deux livres illustrés qui ont été des vrais coups de coeur, l'un sous forme de manga, Nos Yeux Fermés d'Akira Saso, l'autre sous forme d'un livre qui illustre joliment le propos de Simon Boulerice, où il est question de la rencontre de Florence et Léon.

Assez théâtrale et muséale, et d'humeurs vagabondes, avec l'apparition de jolis personnages de fiction, de belles rencontres, cette troisième année donne décidément envie de continuer l'aventure et de creuser certains sujets.

vendredi 30 décembre 2016

Bruce Horak - artiste pluridisciplinaire

Bruce Horak, artiste canadien né le 5 août 1974, est à la fois comédien, auteur, musicien, metteur en scène, et peintre...
Il est aussi légalement aveugle. Il a perdu 90% de sa vision dans sa prime enfance à la suite d'un rétinoblastome bilatéral (vous trouverez un livret informatif co-réalisé par Rétinostop et l'Institut Curie en annexe). Il lui reste aujourd'hui 9% de vision dans l'oeil gauche. Son champ visuel est très restreint et morcelé, il a également une cataracte.
Dans un article paru en mars 2013, voici comment il décrit sa vision:
"As a result of a childhood cancer (bi-lateral retinoblastoma) I am Legally Blind. Technically, this means that I have less than 10% of "normal" vision; Imagine looking at the world with one eye, through a drinking-straw, through a glass of dust-filled water which is stirred up whenever your gaze shifts."
("A la suite d'un cancer dans mon enfance (rétinoblastome bilatéral) je suis légalement aveugle. Techniquement, cela signifie que j'ai moins de 10% de vision "normale"; Imaginez regarder le monde avec un oeil, à travers une paille, à travers un verre rempli d'une eau pleine de poussières qui bouge à chaque fois que le regard se pose quelque part.")

Bruce Horak - photo en noir et blanc

Bruce Horak, peintre

Bruce Horak a commencé à peindre en 2011 pour tenter de représenter comment il voyait. Comme toutes les personnes malvoyantes (on pourra relire le billet sur Jay Worthington), on lui a souvent posé cette question : que vois-tu? Comment vois-tu?
Il a commencé par peindre des portraits de petit format de personnes qu'il rencontrait puis il en a fait une exposition intitulée How do I see?.
Toujours dans ce même article, il explique comment il peint ces portraits:
"The colors used in these portraits are inspired by the halo or aura that I see around people and objects, which is perhaps a result of my extreme light-sensitivity or astigmatism. I use the color of the aura as a base-tone for the painting and then work from the darkest point to the lightest. My tunnel-vision forces me to work in very small sections, and it will often be well into the work before I sit far enough back to see the entire canvass at once.  I prefer to work from a live model as the colors are much more vivid and dynamic and I have noticed that they will change depending on background, mood, location and will often shift during a sitting which is a wonderful challenge to try and capture."
("Les couleurs utilisées dans ces portraits sont inspirées par le halo ou l'aura que je perçois autour des gens et des objets, ce qui est peut-être dû à mon extrême sensibilité à la lumière ou à mon astigmatisme. J'utilise la couleur de l'aura comme couleur de base pour la peinture et je travaille ensuite du point le plus foncé au point le plus clair. Ma vision en tunnel m'oblige à travailler petite section par petite section, et, souvent, ce n'est que lorsque le travail est bien entamé que je prends assez de recul pour voir la toile en entier.
Je préfère travailler avec un modèle vivant car les couleurs sont beaucoup plus chatoyantes et dynamiques et je me suis aperçu qu'elles changeaient en fonction du contexte, de l'humeur, de l'endroit et qu'elles se modifiaient aussi durant la pose, ce qui est un défi fantastique à relever et à saisir.")

On peut voir ci-dessous des exemples de ces portraits

série de portraits réalisés par Bruce Horak

Mais Bruce Horak ne peint pas que des portraits. Il peint beaucoup de paysages dont on peut voir des exemples sur son site.
Dans son blog, il raconte comment la technologie l'aide. Ainsi dans le billet publié le 19 janvier 2015, intitulé "Technology and the Visually Impaired" ("La technologie et les déficients visuels"), en réponse à un commentaire disant "I thought you were blind? I couldn’t see this much detail and beauty if I was meditating on it" ("Je croyais que vous étiez aveugle? Je ne pourrais pas voir tous ces détails et cette beauté si je méditais là-dessus"), il explique comment il s'aide de son Ipad. Il a la photo sur l'écran et il peut très facilement zoomer pour obtenir n'importe quel détail de l'image. En utilisant des toiles plus grandes, il peut aussi s'approcher plus près de l'image. Ceci dit, ce commentaire en dit aussi beaucoup sur le fait que pour beaucoup de gens, être aveugle (ou légalement aveugle) signifie ne rien voir.

Pour compléter ce paragraphe, il y a deux vidéos que je vous recommande chaudement. Elles sont en anglais.
Cette interview a été réalisée durant l'été 2014 alors que Bruce Horak participait à une exposition avec d'autres artistes déficients visuels. Elle permet de comprendre comment il s'est mis à peindre et ce que cela lui a apporté: https://youtu.be/txjldPL6ThE (lien à copier)
Pour comprendre comment il peint, cette interview est aussi passionnante: https://youtu.be/sOIIysKpxCA (lien à copier)

Assassinating Thomson

C'est son spectacle Assassinating Thomson créé en 2013 et qui s'est encore joué l'été dernier, qui m'a fait découvrir cet artiste. Fidèle lect(eur)(rice), vous savez combien le Canada me tient à coeur, tout comme la culture...
Au Canada, lorsque l'on parle de peinture, on parle forcément du Groupe des Sept formé en 1920 par des artistes se disant résolument modernes et qui a, notamment, contribué à donner une dimension iconographique au paysage canadien.
Ce spectacle est une alchimie entre récit autobiographique et histoire de l'art. Combinez Tom Thomson, peintre canadien qui a fait partie des artistes qui ont fondé le Groupe des Sept après sa mort dans des circonstances autant tragiques que mystérieuses, et l'histoire personnelle de Bruce Horak. Ajoutez à cela que, pendant la durée de chaque représentation, Bruce Horak peint son audience et vend ensuite le tableau après une sorte de mise aux enchères.
Pour une idée un peu plus précise, ou moins vague, de ce que cela donne, allez voir la vidéo de promotion du spectacle.
Dans l'histoire personnelle de Bruce Horak, il y a ces 9% de vision que son père a réussi à lui sauvegarder en insistant auprès des médecins pour qu'ils essaient de sauver l'oeil gauche. En hommage à son père disparu il y a quelques années et qui lui a appris à dessiner, à peindre, il préfère célébrer les 9% de vision qui lui restent plutôt que pleurer les 91% perdus.

En mars 2017, à l'invitation d'un théâtre de Calgary, le Inside Out Theatre, Bruce Horak a joué Assassinating Thomson au Glenbow Museum, devant des "vraies" toiles de maîtres canadiens. A cette occasion, voici une courte interview sur Global News qui nous apprend pourquoi Bruce Horak est devenu comédien, comment il s'est mis à peindre et comment cela a abouti à la création de Assassinating Thomson.

Vous trouverez une ressemblance certaine des arbres peints ci-dessous et ceci n'est pas une coïncidence. A gauche, l'affiche du spectacle présenté au Thousand Islands Playhouse durant l'été 2016, soit quasiment dans le lieu où Tom Thomson a été retrouvé mort; à droite, la peinture de Tom Thomson intitulée The Jack Pine (1916-17) que l'on peut voir à la National Gallery of Canada à Ottawa.

Assassinating Thomson - Affiche du spectacle présenté au Thoushand Islands Playhouse

The Jack Pine - Tom Thomson - National Gallery of Canada - Ottawa






Pour momentanément conclure

Nous n'avons évoqué ici que le côté peintre de Bruce Horak et son spectacle Assassinating Thomson. Mais ses compétences et sa carrière sont bien plus étoffées. En cette fin d'année, il a participé à la création de l'ambiance sonore d'une pièce jouée à Calgary et à la création d'un autre spectacle joué à Ottawa.
Si vous avez envie de suivre les aventures humaines et artistiques de Bruce Horak, je vous recommande vivement sa "newsletter" mensuelle à laquelle vous pouvez vous abonner en bas de cette page. C'est en anglais mais il vous racontera, entre autre, sa vie d'artiste légalement aveugle.
Vous pourrez également voir les peintures ou dessins qu'il publie régulièrement.