Vues intérieures

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Tag - Carmen Papalia

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vendredi 1 septembre 2017

Vues Interieures - Trois ans d'existence et autant de decouvertes

Ça commence par un billet pour des coups de cœur et ça continue trois ans après. Le blog Vues Intérieures fête son troisième anniversaire!
Et cette troisième année a été l'occasion de faire des rencontres fantastiques, tel que nous l'avions espéré en conclusion du billet du deuxième anniversaire.
Difficile de faire un tri parmi les billets publiés, plus de cent depuis le début de cette aventure. Il y a évidemment les "classiques" avec le cinéma, la littérature et l'accessibilité culturelle, mais parmi les "innovations" de l'année, une incursion timide mais nécessaire dans la poésie avec deux poèmes de Lynn Manning extraits d'une oeuvre théâtrale, et une ouverture formidable sur le théâtre de Chicago, autant en matière d'accessibilité culturelle, Chicago - Théâtres et Accessibilité que de la découverte d'un Storefront theatre, Le Gift Theatre dont nous avions parlé précédemment en faisant le portrait de Jay Worthington, comédien malvoyant membre de la troupe. Michael Patrick Thornton, co-fondateur et directeur artistique du théâtre a bien voulu revenir sur ses quinze ans d'existence et nous raconter comment et pourquoi il avait créé ce qui, au départ, était une troupe, pour devenir ensuite, aussi un lieu.

Rencontres

Logo du Gift Theatre (une main ouverte, côté intérieur, tendue vers le bas)

A vrai dire, nous suivions depuis un moment le travail de ce petit théâtre (40 places) parce qu'il a un vrai travail et une vraie réflexion, assez dynamique sur la scène chicacoane, autour de la diversité et de l'inclusion. Et l'accueil que nous ont réservé les membres de la troupe rencontrés lors du voyage à Chicago a été extraordinaire. La rencontre inattendue avec Jay Worthington a permis de discuter de sa carrière au Gift, de son rôle dans la campagne Blind New World, et des difficultés qu'ont les comédiens handicapés pour accéder aux castings et éventuellement décrocher des rôles.
Ces rencontres de personnes ont vraiment marqué cette année écoulée. Mais l'été, qui vit ses derniers jours, nous a également donné l'occasion de rencontrer physiquement, en "vrai", des oeuvres évoquées dans des billets, telle cette sculpture intitulée "Femmes de Caughnawaga" de M.A. de Foy Suzor-Côté, aperçue dans la première scène de Dans les Villes, film québécois de Catherine Martin, avec Robert Lepage interprétant Jean-Luc, grand amateur d'art et aveugle. Ou encore le Jack Pine de Tom Thomson reproduit par Bruce Horak pour son spectacle Assassinating Thomson.

Femmes de Caughnawaga - M.A. de Foy Suzor-Côté - Musée des Beaux-Arts d'Ottawa Jack Pine - Tom Thomson - Musée des Beaux-Arts d'Ottawa













A quelques encablures du Musée des Beaux-Arts, la Galerie d'Art d'Ottawa avait invité Carmen Papalia, artiste se définissant comme "apprenant non visuel" à exposer son art conceptuel autour de la notion d'accessibilité. Nous en reparlerons dans un prochain billet.

Littérature, cinéma...

Plus classiquement, cette troisième année a permis de continuer d'explorer la littérature jeunesse autour des livres accessibles aux enfants aveugles, malvoyants ainsi qu'à tous les autres, en plongeant avec plaisir dans les ouvrages de l'association Mes Mains en Or :

Le Père Noël s'apprête à monter dans son traîneau cartes plastifiées illustrant chacune l'un des monstres

























Mais également à travers des personnages d'adolescentes aveugles, comme Julie dans Super, roman norvégien de Endre Lund Eriksen, ou malvoyants comme Ana dans Ma vie en noir et blanc de Delphine Bertholon.
Nous avons aussi rencontré Ava, adolescente atteinte d'une rétinite pigmentaire dans ce premier long métrage de Léa Mysius, présenté à la Semaine de la Critique du soixante-dixième Festival de Cannes.
Et pour rester dans le domaine du cinéma, c'est fascinant de voir combien de personnages aveugles peuplent nos grands ou petits écrans, Cécité sur grand écran, et combien peu de rôles sont endossés par des acteurs aveugles ou malvoyants.
Dans les découvertes cinématographiques, citons Wings in the Dark, les Ailes dans l'Ombre, film avec Cary Grant ou le "road movie" allemand Erbsen auf halb 6, sans oublier l'adorable Mimi et Lisa, ensemble de six courts métrages d'animation, accessible dès quatre ans et mettant en scène deux petites filles dont l'une est aveugle.

Louis Braille

De façon amusante et non préméditée, nous avons aussi eu l'occasion de lire deux livres jeunesse, d'époques quasi similaires et de sphères linguistiques différentes, consacrés à la vie de Louis Braille et à son invention encore indispensable aujourd'hui pour permettre aux nouvelles générations d'enfants aveugles d'être éduqués, de savoir lire, écrire. Il s'agit de :

Vous avez noté? Dans les deux cas, la cécité est comparée à la nuit...

Accessibilité culturelle

L'accessibilité culturelle a été évoquée plus haut avec l'accès au théâtre, autant en terme de lieu physique que de l'oeuvre, avec l'accès au contenu. Mais elle est présente en filigrane dans ce blog, comme une évidente nécessité et un droit à la culture pour tous. Durant cette troisième année, le voyage a été une orientation marquée avec notre Escapade londonienne, la lecture de Voyageur de Lesley Beake et la découverte de James Holman, grand voyageur aveugle du XVIIIe siècle. Cela s'est aussi manifesté à travers un article paru dans le Telegraph, quotidien anglais rapportant l'expérience d'un jeune voyageur aveugle qui part régulièrement avec l'agence Traveleyes qui associe voyageur aveugle et voyant et qui a inspiré Voyages, Cécité, Partage et Audiodescription en filigrane.
Pour ne pas complètement oublier le voyage, l'exposition du Musée des Beaux-Arts de la Rochelle, Accrochage n°10 - Voir et ne pas voir a permis de découvrir, réunies dans un même espace, plusieurs façons, techniques, de rendre les peintures, sculptures, accessibles aux visiteurs aveugles et malvoyants.

peinture de Jean Chevolleau, Le Port de La Rochelle, calme bleu mystique
Transposition tactile de la peinture de Jean Chevolleau, Le Port de La Rochelle, calme bleu mystique, Musée des Beaux-Arts de la Rochelle

Hommage

La fin du mois de mai nous a donné l'occasion de rendre hommage à Julien Prunet, jeune journaliste talentueux aveugle disparu il y a quinze ans, et de parler de la création de Lire dans le Noir avec Aurélie Kieffer, journaliste sur France Culture, amie de Julien, et fondatrice de l'association. Parce que nous ne pouvons pas oublier ceux qui ont fait ce que nous sommes aujourd'hui.

Coups de cœur

Pour finir cet inventaire à la Prévert, preuve s'il en faut que la déficience visuelle et la cécité peuvent s'immiscer partout avec talent et audace, deux livres illustrés qui ont été des vrais coups de coeur, l'un sous forme de manga, Nos Yeux Fermés d'Akira Saso, l'autre sous forme d'un livre qui illustre joliment le propos de Simon Boulerice, où il est question de la rencontre de Florence et Léon.

Assez théâtrale et muséale, et d'humeurs vagabondes, avec l'apparition de jolis personnages de fiction, de belles rencontres, cette troisième année donne décidément envie de continuer l'aventure et de creuser certains sujets.

mardi 8 août 2017

A lire, à voir, à faire...

Il y a longtemps que je n'avais pas publié un billet vous incitant à aller voir ailleurs ce qui se passe et permettant au blog de se tenir à jour en revenant sur le présent d'artistes ou auteurs précédemment présentés dans ces pages...
Au fil des lignes suivantes, vous aurez donc de quoi lire, voyager, programmer votre prochaine saison théâtrale... et entretenir votre anglais...

Le 11 mai dernier, les Éditions du sous - sol ont publié une nouvelle traduction du livre de John Hull, intitulé en anglais Touching the Rock - An Experience of Blindness, Vers la Nuit.
Cette (ré)édition a été abondamment (et à juste titre) relayée dans la presse, voici quelques liens :

Cette nouvelle édition est également disponible à la BNFA, Vers la Nuit, en voix de synthèse, texte ou PDF.

Couverture du livre de John Hull, Vers la Nuit, Éditions du Sous-sol

L'été étant la saison par excellence des festivals, et notamment des festivals de musique, il est toujours intéressant de se pencher sur leur accessibilité autant physique (comment s'y rendre et comment circuler sur le site) que culturelle (accès au contenu). La presse anglaise, décidément très concernée par le sujet, vient de publier un article consacré à l'accessibilité des festivals pour les personnes aveugles ou malvoyantes : This Is What It’s Like To Go To A Festival If You’re Blind Or Partially Sighted .
Pour mémoire, Vues Intérieures avait publié également deux billets l'été dernier sur l'accessibilité des festivals. L'un sur le travail remarquable du Festival des Eurockéennes, l'autre, tiré d'une émission de la BBC, In Touch, qui s'était concentré sur l'accessibilité du Festival de Glastonbury pour les personnes aveugles et malvoyantes.

Pour ceux qui auraient la chance de partir en vacances au Canada, et de passer par Ottawa, vous aurez l'opportunité de voir de plus près le travail de Carmen Papalia, artiste se définissant comme "apprenant non visuel", originaire de Vancouver, jusqu'au 13 août 2017 à la Galerie d'Art d'Ottawa : Accès libre : Manifestations.

Le Gift Theatre de Chicago a eu les honneurs de la revue (indispensable) American Theatre juste avant de présenter, le 16 juillet dernier, sa saison 2018. Au programme, trois pièces dont un Shakespeare, Hamlet, et une pièce de David Rabe, Cosmologies, grand auteur de théâtre américain qui a intégré la troupe du Gift en février 2017. Voici un petit compte-rendu de Time Out de la présentation : The Gift Theatre to stage 'Hang Man', 'Hamlet' and 'Cosmologies' in 2018.
En 2015, le Gift avait créé Good for Otto de David Rabe. Ci-dessous, photo de Claire Demos avec Jay Worthington.

Jay Worthington - Good for Otto

Lors de la présentation de la saison, Michael Patrick Thornton, directeur artistique du théâtre, a également annoncé l'arrivée de cinq nouveaux membres, Evan Michael Lee, Chika Ike, Martel Manning, Gregory Fenner et Hannah Toriumi, mettant ainsi fin à ce qu'il disait lors de l'échange que nous avons eu à propos de la troupe du Gift en mars dernier : "le Gift, bien que divers en terme de capacité, sexualité, genre, âge, éducation, profil socio-économique, est, pour le moment, de façon embarrassante et honteuse, composé de blancs."
On trouvera ci-dessous une photo de Claire Demos tirée du Richard III monté et joué par le Gift en 2016, avec, de gauche à droite, Michael Patrick Thornton, Martel Manning (parmi les dernières recrues de la troupe du Gift) et Jay Worthington.

Richard III - Michael Patrick Thornton, Martel Manning et Jay Worthington - photo de Claire Demos

Et pour rester dans le domaine des acteurs, qu'ils soient sur grand, petit écran, ou sur scène, on pourra aussi lire les nombreux articles parus dans la presse anglaise ou américaine ces dernières semaines plaidant pour la présence plus nombreuse d'acteurs handicapés.
Il y a ainsi eu plusieurs articles autour d'un film, Blind (!), où Alec Baldwin joue le rôle d'un écrivain devenu récemment aveugle à la suite d'un accident de voiture (notons, en passant, l'originalité de la cause de la cécité), qui disaient que, encore une fois, le handicap était porté comme un costume...
Voici quelques liens d'articles (en anglais) :

lundi 28 décembre 2015

Canne blanche et chien guide à l'assaut de la scène

Il y a longtemps que j'ai envie d'écrire ce billet. En fait, depuis le colloque Blind Creations qui s'est tenu à Londres en juin 2015.
Puis je suis tombée sur une présentation faite par Ryan Knighton à la Cusp Conference de 2009 et qui pourrait s'intituler "Ode à la canne blanche". C'est drôle (mais c'est récurrent chez cet auteur canadien dont, malheureusement, les deux ouvrages "Cockeyed" et "C'mon Papa" ne sont pas traduits en français") et il explique, en tant qu ' auteur (et scénariste) aveugle cherchant toujours des idées, pourquoi il a choisi la canne blanche plutôt que le chien-guide ou l'écholocation.

Ryan Knighton brandissant sa canne blanche pliée en deux

La couverture de "Cockeyed" où il raconte le diagnostic de la rétinite pigmentaire annoncé le jours de ses dix - huit ans, sa vie d'étudiant et la rencontre avec celle qui deviendra son épouse, montre sa silhouette habillée de noir soulignée par une paire de lunettes noires et une canne blanche dépliée tendue en avant, glissée sous le bras droit.

Couverture du livre Cockeyed de Ryan Knighton

La canne blanche est un instrument utile, identifié, faisant référence à la cécité ou malvoyance. Lorsqu'on l'utilise au quotidien, qu'elle permet des déplacements autonomes et plus sûrs, pourquoi s'en séparer?
Quand on est artiste, comme Carmen Papalia, on peut décider de la "customiser" pour la rendre plus élégante et/ou pour effacer son caractère trop identifiant ou identifié, comme il l'explique en anglais dans l'émission BBCOuch en disant qu'il a enlevé la pellicule blanche et rouge pour laisser apparaître la couleur noir mat du graphite et qu'il a remplacé la poignée d'origine par une poignée en bois, ou la "magnifier" de son usage premier dans la vidéo réalisée pendant sa résidence de janvier à mars 2015 au Victoria and Albert Museum intitulée "Getting to the Front Lobby" : si la canne aide à se déplacer et à se frayer un chemin, elle produit aussi nombre de sonorités identifiables.

Se frayer un chemin à l'aide de la canne blanche, c'est effectivement ce que fait Casey Harris, claviériste du groupe new-yorkais X Ambassadors, quand il monte sur ou sort de scène, généralement accompagné par son frère, Sam, leader, qui se place derrière lui en lui tenant l'épaule comme l'illustre joliment la photo suivante :

Casey et Sam Harris descendant de scène - photo de Foster K. White
Photo de Foster K. White

Pendant le concert, la canne est sagement pliée et posée à proximité des claviers et des bouteilles d'eau, sur le devant de la scène, illustrée là aussi par une jolie photo montrant, par ailleurs, que Casey ne se ménage pas sur scène :

Casey Harris, sur scène, sautant, canne blanche pliée posée par terre, sur le devant de la scène
Photo de Derrick Spencer, publiée dans le Daily Toreador

Et souvent dépliée, installée le long du côté droit, parfois coincée sous le bras droit en entrevue...

Sam à droite et Casey à gauche, assis, avec la canne blanche dépliée posée verticalement sur le côté droit

Ryan Knighton a rappelé dans son exposé cité plus haut, que la personne aveugle avait, grosso modo, trois façons de se déplacer en autonomie. Outre la canne blanche et l'écholocation, il y a aussi le chien-guide.
C'est ce mode de déplacement qu'a choisi Justin Kauflin, pianiste de jazz, lorsqu'il s'est installé à New York. Dernier élève de Clark Terry, aujourd'hui protégé de Quincy Jones, Justin Kauflin est guidé par Candy lors de ses déplacements. Elle est aussi présente en studio d'enregistrement, sur scène et sur la pochette de l'album "Dedication" sorti en 2014.

couverture du CD Dedication de Justin Kauflin

Justin Kauflin était étudiant quand il a rencontré Clark Terry, légendaire trompettiste de jazz, qui, toute sa longue vie, a oeuvré pour transmettre son savoir. Ce dernier est devenu son mentor et c'est lors d'une visite chez Clark Terry que Justin Kauflin a rencontré Quincy Jones. Cette histoire, centrée sur Clark Terry et son dernier élève, a fait l'objet d'un très beau documentaire, Keep on Keepin'on réalisé par Alan Hicks, sélectionné à de nombreux festivals, où la transmission du savoir et de l'amour de la musique est au coeur de cette relation.

Comme Carmen Papalia indiquait dans son entrevue dans l'émission BBCOuch, la canne blanche est très, trop (?) identifiable et amène de l'aide pas toujours demandée et pas toujours appropriée. Lors de ses concerts, comme dans l'épisode 36 de l'émission de radio In Your Ear, il arrive à Justin Kauflin d'expliquer (autour de 09:25 min) que Candy, son chien-guide est là pour travailler, qu'elle sait ce qu'elle doit faire et, qu'à ce titre, elle ne doit pas être dérangée ou caressée.

Avez - vous noté que les personnes citées sont toutes nord américaines? Deux canadiens de la région de Vancouver, Ryan Knighton et Carmen Papalia, et deux américains de la côte est. Hasard ? Sensibilité personnelle ? Sur ce dernier point, j'avoue : mon histoire m'amène à beaucoup regarder ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique. Quant au hasard, j'en suis beaucoup moins sûre.
Ne nous faisons guère d'illusions. La canne blanche est effectivement un signe distinctif. Et alors?
Ryan Knighton raconte que deux mois après avoir appris qu'il avait une rétinite pigmentaire qui le rendrait assurément aveugle à échéance plus ou moins longue, il a entendu une entrevue d'un homme ayant la même pathologie et ayant perdu la vue expliquant qu'il passait ses journées à dormir et à écouter des matchs de hockey (rappel : Ryan Knighton est canadien). Ce qui lui a fait le plus peur, ce n'est pas la cécité mais l'idée de s'ennuyer et c'est ainsi qu'il a commencé à écrire.
Justin Kauflin a complètement perdu la vue à onze ans. Il avait déjà commencé à jouer de la musique, du violon en particulier, mais il aimait énormément le basket. Devenu aveugle, il a dû renoncer à jouer au basket, aux jeux vidéos. Et il a passé de plus en plus de temps au piano et cela est devenu une passion.
Quant à Casey Harris, très malvoyant (il est légalement aveugle) depuis sa naissance, il a grandi auprès d'une mère chanteuse et d'un père qui écoutait beaucoup de musique. Et pour les frères Harris, même s'ils n'avaient pas forcément envisagé de faire de la musique ensemble, devenir musiciens était une évidence, jouant dans des groupes depuis leur enfance. Casey a également une formation d'accordeur de piano, profession qu'il a exercée quelques années à New York avant de devenir musicien professionnel.
La cécité est donc une partie d'eux-mêmes, mais juste une partie. Chacun a son histoire, ses envies, ses intérêts et, des heures et des heures de travail, des années de pratique, et des rencontres qui leur ont permis de se distinguer.
Dans une des nombreuses entrevues que j'ai visionnées, Casey Harris explique que pour arriver là où le groupe X Ambassadors en est aujourd'hui, il a fallu des années de travail, de dur labeur et de galère, mais aussi de la chance.
Certes, le talent ne fait pas tout mais il est toutefois nécessaire.

mercredi 18 février 2015

Carmen Papalia - artiste

Né en 1981 à Vancouver, Colombie Britannique, Canada, Carmen Papalia est un "Social Practice Artist". Pour en savoir plus, lire cet article du New York Times sur la formation universitaire (et le travail de Carmen Papalia, en anglais).
Son credo? Il crée des projets participatifs autour du thème de l'accès à l'espace public, l'institution artistique et la culture visuelle.

Carmen Papalia - portrait

Photo de Carmen Papalia tirée du documentaire Mobility Device

Carmen Papalia est actuellement en résidence à Londres, au Victoria & Albert Museum , de janvier à mars 2015, récipiendaire de la Bourse 2014 du Mémorial Adam Reynolds.

Quand il décrit son travail, Carmen Papalia dit qu'il crée des expériences qui invitent les participants à élargir leur mobilité perceptuelle et leur accès aux espaces publics et institutionnels. Ces expériences, qui supposent souvent la confiance et la proximité, perturbent le participant en introduisant des nouvelles façons de s' orienter qui permettent une découverte perceptuelle et sensorielle.

"Each walking tour, collaborative performance, public intervention, museum project and art object that I make is a temporary system of access, a gesture that establishes a moment of radical accessibility. " Chaque visite guidée, performance collaborative, projet muséal ou objet d'art que je crée produit un système temporaire d'accès, une façon d'établir une accessibilité radicale. "As an open-sourcing of my own embodiment, my work makes visible the opportunities for learning and knowing that come available through the nonvisual senses. It's a chance to unlearn looking and to help acknowledge, map and name entire unseen bodies of knowledge." En tant que témoin de ma propre expérience, mon travail rend visibles les opportunités d'apprentissage et de connaissance disponibles par les sens autres que visuels. C'est l'opportunité de désapprendre à regarder pour acquérir la connaissance, l'espace et les choses autrement que par la vue.

Carmen Papalia est malvoyant et se déplace avec une canne blanche depuis une dizaine d'années. Quitte à être regardé dans la rue, il a, un jour, remplacé sa canne blanche par une fanfare. Et ça donne, de mon point de vue, une idée brillante, drôle qui s'intitule Mobility Device.

Si je n'ai jamais été convaincue des tentatives de "se mettre dans la peau" d'une personne aveugle ou malvoyante en mettant un bandeau sur les yeux ou des lunettes donnant l'idée de ce que signifie "avoir une vue périphérique" ou "avoir une vision centrale" pour comprendre notamment ses difficultés de déplacement, je trouve la démarche de Carmen Papalia différente parce qu'il met l'emphase sur ce que les personnes peuvent ressentir, percevoir, non pour se mettre dans la peau de quelqu'un d'autre mais pour faire leur propre expérience. "Désapprendre à voir", apprendre à percevoir son environnement, à se repérer avec autre chose que la vue. Par ailleurs, à l'image de "Mobility Device", ou ses visites guidées littéralement où il dirige une bonne vingtaine de personnes à travers un lieu urbain, ou encore ses expériences dans les musées, il y a un côté drôle, déstabilisant et effectivement étonnant.

Carmen Papalia - Blind Field Shuffle 2012 - photo Jordan Reznik

Carmen Papalia - Blind Field Shuffle, 2012 - photo de Jordan Reznick

Carmen Papalia est également l'auteur d'articles qui questionnent l'accessibilité des musées de son point de vue de visiteur malvoyant mais aussi d'artiste. Et sa réflexion est fort intéressante (en anglais), Carmen Papalia - You can do it with your eyes closed ou encore A New Model for Access in the Museum paru dans le Disability Studies Quaterly.

A propos de ce sujet, voici une entrevue audio (en anglais) réalisée en mai 2016 : Carmen Papalia et le manque d'accessibilité des musées

Profitons de son expérience de visiteur malvoyant et d'artiste pour ouvrir effectivement d'autres pistes pour une accessibilité culturelle enrichissante, à partager et à éprouver. Je ne sais pas s' il aura l'occasion de présenter son travail en France mais c'est assurément un nom à retenir.