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lundi 16 avril 2018

Mademoiselle Paradis - Barbara Albert

Mademoiselle Paradis est un film austro-allemand dont le titre original est Licht (lumière), sorti sur les écrans français le 4 avril 2018 et réalisé par Barbara Albert.

Affiche autrichienne du film Licht (Mademoiselle Paradis)

Le film, tiré du livre d’Alissa Walser, « Au commencement la nuit était musique », Mesmerized (en anglais), raconte un moment particulier dans la vie de Theresia von Paradis, pianiste aveugle viennoise contemporaine de Mozart. Elle passa quelques temps chez Franz Friedrich Anton Mesmer, médecin allemand qui s'intéressa aux théories sur le magnétisme (et dont les recherches sont à l'origine de l'hypnose moderne occidentale), et recouvra brièvement la vue.

Affiche du film Mademoiselle Paradis

Selon notre habitude, nous nous concentrerons évidemment sur la partie en lien avec la cécité, ou la malvoyance. Nous nous pencherons, entre autres, sur le lien entre musique et cécité.

Synopsis

Vienne, 1777, la pianiste aveugle de 18 ans, "Wunderkind", Maria Theresia Paradis, a perdu la vue à l'âge de trois ans. Après d'innombrables expériences médicales ratées, ses parents l'emmènent au domaine du controversé médecin Franz Anton Mesmer, où elle rejoint un groupe de patients extravagants. Elle goûte la liberté pour la première fois dans ce monde rococo, mais commence à remarquer que si le traitement de Mesmer lui permet de recouvrer la vue, elle perd sa virtuosité musicale.

Maria Dragus alias Maria Theresia von Paradis

Mademoiselle Paradis est le cinquième long-métrage de Barbara Albert. Celle-ci souhaitait rendre hommage à l'indépendance d'esprit de Maria Theresia von Paradis.
C'est Maria Dragus, jeune actrice allemande, vue dans Baccalauréat ou le Ruban blanc, qui endosse le rôle de Maria Theresia von Paradis, Resi.
Nous avons souvent dit ici que les acteurs endossant des personnages aveugles avaient tendance à les caricaturer en appliquant le "bug-eyed zombie stare", pour reprendre les mots de Georgina Kleege, qui consiste en un regard fixe aux yeux exorbités. Manifestement, Maria Dragus a bien travaillé la préparation de son personnage, donnant ainsi à Maria Theresia des yeux étonnamment mobiles, mais vraisemblables, comme dans le cas d'un nystagmus.

Pour devenir Maria Theresia von Paradis, l'actrice a commencé à se préparer environ neuf mois avant le tournage. Elle a accompagné une femme aveugle dans sa vie quotidienne et a rencontré un certain nombre de personnes aveugles. Elle a également lu beaucoup de documents historiques et scientifiques. La réalisatrice précise : "Lorsque nous avons répété, Maria était capable de donner une dimension physique au rôle au moyen d'exercices corporels, mais aussi grâce à des lunettes spéciales qui reproduisaient la sensation de cécité."
De même, elle a un visage qui exprime toutes les émotions qu'elle ressent en jouant de la musique. Sans miroir pour se voir, elle n'a pas d'expressions stéréotypées.
Cette singularité, bien exploitée par ses parents, en fait aussi l'une des raisons de son succès. Certes, c'est une virtuose, mais elle est aussi aveugle. On la montre comme on l'aurait fait d'un singe savant, comme une bête curieuse.

Resi au piano faisant la moue, sa mère penchée à ses côtés

Étrangement, dans plusieurs critiques lues, il était question de ces mimiques, de ces grimaces présentes sur le visage de Resi (et de l'actrice) dans la scène d'ouverture, caméra face au personnage en train de jouer, pour dire que cela était dérangeant et n'aidait pas à être en empathie avec le personnage. Finalement, il n'y a pas que la société viennoise qui porte des jugements sur quelqu'un de différent, de singulier...

Le film et ses thèmes

Beaucoup de thèmes sont abordés au cours de ce film et Barbara Albert voulait souligner la contemporanéité de ces sujets. Resi est une vraie pionnière de sa génération, dans une société artistique ouverte d’esprit, mais encore trop austère. Elle n’est acceptée que pour le mélange de talent et de handicap qu’elle présente, et donc quand elle perd l’une de ces deux qualités, elle doit faire face à la réalité et constater comment une société soi-disant cultivée traite quelqu’un qui ose être différent, surtout quand c’est une femme qui demande d’être respectée pour ses mérites propres, et qui veut sa liberté. Pour se libérer des obligations sociales, elle doit renoncer à quelque chose, et c’est là que se pose la question morale de la limite de ce que Resi peut faire pour se sentir acceptée.

Vue renaissante

Le thème de la cécité est finalement peu exploité en tant que tel, mais comme reflet de l'autre. Ainsi, la réalisatrice invitera le spectateur à se mettre dans la peau, et dans la vue juste renaissante, de Resi, avec des images floues et tout juste colorées dans plusieurs scènes. Cela aidera peut-être le spectateur à comprendre pourquoi, alors, il lui est si difficile d'identifier par la vue des objets, précédemment touchés, des couleurs, dans d'autres scènes où les témoins en profiteront pour douter de sa vue et se moquer d'elle.

Resi découvrant avec ses yeux une statue dans le parc

Maria Theresia a soudainement perdu la vue alors qu'elle avait trois ans. On a tendance à "ranger" les personnes ayant perdu la vue avant sept ans dans la catégorie des aveugles de naissance. Rappelons - nous les écrits d'Oliver Sacks que nous avions évoqués pour le film Premier Regard sur les difficultés d'apprendre à voir...
Les essais de restitution de sa vision par la caméra peuvent cependant paraître naïfs : en tant que spectateur, nous sommes certes invités à nous glisser dans les yeux de Resi, mais nous, ou la plupart d'entre nous, savons ce qu'il y a derrière ce flou, derrière ces tâches colorées.

Par ailleurs, nous aborderons un peu plus loin le thème de musique et cécité. Maria Theresia von Paradis s'est produite à travers l'Europe, montrant son talent, suscitant admiration, mais aussi émulation, comme cela sera le cas avec Valentin Haüy.

Maria Theresia von Paradis

Née à Vienne le 15 mai 1759, Maria Theresia von Paradis fait partie du club assez restreint des compositrices, même si peu de ses œuvres sont arrivées jusqu'à nous.
Elle était la fille de Joseph Anton von Paradis, conseiller de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche. La position de son père lui assure une solide formation musicale auprès des plus grands maîtres de l'époque, tels Kozeluch, Righini, Salieri et l'Abbé Vogler. Son statut lui permet aussi de commander des œuvres à ses célèbres contemporains Haydn et Mozart.
Elle fondera à Vienne un institut musical pour jeunes filles où elle enseigne pendant plusieurs années.

Portrait de Maria Theresia von Paradis
Portrait de Maria Theresia von Paradis par F. Parmentié, 1784

Son "destin" particulier a fasciné les écrivains. Côté francophone, nous pouvons citer le roman de Michèle Halberstadt, l'incroyable histoire de Mademoiselle Paradis, donnant par ailleurs peut-être un indice sur le titre du film en français. Rappelons que le titre originel est Licht (lumière).

Couverture du roman l'incroyable histoire de Mademoiselle Paradis

Le film évoquera aussi la carrière de compositrice qu'elle développera plus à partir de 1789, alors qu'elle sera redevenue définitivement aveugle. On trouvera en annexe la partition de Sicilienne.

Musique et cécité

Si ce thème est finalement peu abordé dans le film, Barbara Albert concentrant son regard sur la société viennoise, il est cependant fort intéressant de se pencher sur la question de musique et cécité. Lors de sa venue à Paris, Maria Theresia von Paradis a joué devant Valentin Haüy, premier instituteur des aveugles, qui a ainsi eu l'idée de développer l'enseignement musical à leur intention. On pourra lire cet article de Sébastien Durand, musicologue spécialiste du sujet Musique et Cécité.

Maria Theresia, bandeau brodé sur les yeux, au piano

Si Maria Theresia von Paradis a convaincu Valentin Haüy de la possibilité d'un enseignement musical accessible aux personnes aveugles, le braille musical reste, aujourd'hui, le moyen d'avoir accès à une partition écrite. En 2017, James Risdon, musicien anglais aveugle, a voulu rendre hommage à Louis Braille à travers un documentaire, Braille Music.

Pour conclure

Mademoiselle Paradis est un drame historique, se déroulant à Vienne en 1777, réalisé par Barbara Albert et dont le personnage principal est une jeune femme. Par les temps qui courent, cela est déjà à souligner.
Que le film mette en lumière Maria Theresia von Paradis, "jeune virtuose contemporaine de Mozart", est très intéressant à plus d'un titre. Certes, dans la thématique qui nous importe ici, nous aurions souhaité que l'histoire raconte plus la vie musicale de Resi que son passage chez Franz Friedrich Anton Mesmer. Nous aurions aimé savoir comment elle apprenait la musique à une époque où le braille musical n'existait pas, où l'alphabet braille n'était même pas imaginé. Mais, sommes - nous naïfs, qui cette histoire aurait - elle intéressé? Qui se soucie de savoir comment les personnes aveugles, encore aujourd'hui, apprennent la musique, composent un morceau?
Nous nous égarons un peu. Revenons donc à nos moutons...
L'interprétation de Maria Dragus est vraiment intéressante et, dans un style très différent, nous pourrions la rapprocher du personnage d'Ingrid dans Blind, film norvégien d'Eskil Vogt. Travail remarquable au niveau de regard du personnage et de son comportement.
Nous ne connaissions pas la réalisatrice, Barbara Albert. A priori, c'est la première fois qu'elle adapte un roman.
Ce film a été présenté dans plusieurs festivals internationaux, San Sebastian, Toronto ou les Arcs où Maria Dragus a reçu le prix d'interprétation féminine pour son incarnation de Maria Theresia von Paradis.
On aurait aimé, aussi, la voir vivre, pas seulement être en représentation. Même dans sa situation exceptionnelle, on aurait aimé en savoir plus sur ce que signifiait être aveugle en 1777. On nous fait comprendre que la vue la distrait de la musique, mais encore. Que faisait - elle en dehors de la musique?
Sa situation, extrêmement privilégiée, lui a permis d'avoir accès à l'éducation avec des précepteurs, des maîtres particuliers. Mais quelles étaient les méthodes enseignées aux personnes aveugles à cette époque? Comment lisaient-elles (on se souviendra des lettres en relief dans les livres mis à la disposition des enfants à l'Institut Royal des Jeunes Aveugles lorsque Louis Braille y était enfant)?
A nouveau, nous dévions un peu de l'histoire du film mais, cela donne inévitablement envie de (re)lire Vivre sans voir. Les aveugles dans la société française, du Moyen Âge au siècle de Louis Braille de Zina Weygand. On pourra trouver une présentation du livre en annexe. Ce lire est également disponible à la BNFA.
Ceci dit, Mademoiselle Paradis vaut le coup d'œil, ne serait-ce que pour la prestation de Maria Dragus, ou pour vous donner l'envie de découvrir un peu mieux Maria Theresia von Paradis, et pas seulement dans le sillage de Mesmer.

samedi 16 septembre 2017

Variations autour des Deux Orphelines d'Adolphe d'Ennery - Exposition

Avant d'être publié dans sa version romanesque en deux volumes en 1887-1889, Les Deux Orphelines est d'abord "un mélodrame en cinq actes et huit tableaux de deux auteurs dramatiques français, Adolphe d'Ennery et Eugène Cormon, créé le 29 janvier 1874 au Théâtre de la Porte Saint Martin à Paris."
Voilà l'introduction de la présentation d'une exposition intitulée Des Deux Orphelines aux Deux Orphelines Vampires, variations autour d'un mélodrame qui débute à la BLSH (Bibliothèque des Lettres et Sciences Humaines) de l'Université de Montréal le 18 septembre et jusqu'au 20 octobre 2017. Car, plutôt que de parler de cette oeuvre, nous parlerons de cette exposition qui met en valeur son rayonnement phénoménal.

Affiche de l'exposition Des Deux Orphelines aux Deux Orphelines Vampires, variations autour d'un mélodrame

Si vous ne connaiss(i)ez pas la version théâtre ou roman, Les Deux Orphelines doit vous rappeler un film du temps où les images étaient en noir et blanc et où les acteurs ne parlaient pas, la version de D.W. Griffith sortie en 1921 avec Dorothy et Lilian Gish...

Affiche du film Les Deux Orphelines de D.W. Griffith avec Dorothy et Lilian Gish

Résumé du mélodrame

Nous reprenons ici le texte de Bérengère Levet, auteure de cette exposition. Pour ce.ux.lles qui ne connaissent pas l'histoire, divulgâchage (spoiler...) en perspective...

"La pièce met en scène Louise et Henriette, deux jeunes orphelines qui, à la veille de la Révolution Française, viennent à Paris pour soigner Louise qui est aveugle. Dès leur arrivée, elles sont enlevées : Henriette, pour satisfaire les plaisirs d'un marquis décadent, Louise pour mendier au profit d'une famille de criminels, les Frochard.

Après coups de théâtre et péripéties, qui préservent l'honneur des deux sœurs, Henriette et Louise se retrouvent. Henriette épouse son sauveur, le Chevalier Roger de Vaudrey. Quant à Louise, sauvée par Pierre Frochard, "l'avorton" honnête de la famille qui commet un fratricide par amour pour elle, elle retrouve sa vraie mère, une aristocrate qui l'avait abandonnée à sa naissance (et qui est la tante de Roger). Le rideau tombe sur l'espoir que Louise recouvre la vue."

L'exposition

Reprenons, là encore, les mots de Bérengère Levet.
"Outre la référence aux origines du genre, auxquelles renvoie le titre de l'exposition, la soixantaine d'objets exposés (éditions originales, gravures, cartes postales, documents, ..., tous émanant d'une collection privée), ainsi que la diffusion d'extraits de film en continu, illustrent, au-delà de son public et de extraordinaire succès, combien la littérature "populaire" doit s'envisager aussi (surtout?) dans ses dimensions générique et médiatique."

Ce qui est fascinant, dans cette exposition, et à propos de ce mélodrame, c'est de voir comment cette histoire a été déclinée au fil du temps, des supports et des langues. Mais il reste une constante, qui en dit long sur la perception de la cécité, au fil du temps, des continents et des traductions, qui "montre que les représentations iconographiques de la jeune fille aveugle (le personnage de Louise) restent prisonnières du passé."

Les variations autour du mélodrame sont déclinées en cinq tables :

  • Les deux orphelines, le mélodrame
  • Les deux orphelines, du mélodrame au roman : variation générique
  • Les deux orphelines : variations linguistiques, variations médiatiques
  • Les deux orphelines au Québec
  • Les deux orphelines et ses avatars : variations ou mutations ?

Ces tables sont complétées par deux panneaux :

  • Panneau 1 : Louise, figure(s) de la cécité
  • Panneau 2 : Projection de Orphans of the Storm de David W. Griffith (1921) et Two Orphans Vampires (titre original : Les deux orphelines vampires) de Jean Rollin (1997)

Affiche du film Les Deux Orphelines Vampires de Jean Rollin

Il y a également un coin lecture avec une sélection de livres de la BLSH pour prolonger l'exposition.
A noter aussi la présence de codes QR qui prolongent l'exposition sur le web.

Pour avoir vu quelques unes des pièces exposées, ces "variations" offrent un vrai voyage dans le temps et à travers différents continents, d'un mélodrame aux cartes postales...
Mais, pour en revenir au sujet central de ce blog, c'est aussi l'occasion de voir comment la cécité, en particulier celle d'une jeune fille, est traitée à travers le temps (il s'écoule un bon siècle entre la première du mélodrame et Les deux orphelines vampires) et dans divers contextes culturels.

Cécité, Infirmité, Féminité

Ce titre reprend une communication de Bérengère Levet, que l'on peut trouver en annexe ou sur Savoirs des Femmes, qui présente le roman d'Adolphe d'Ennery à la lumière des Disability Studies.
Cet article se penche sur "l'état des savoirs sur la cécité dans la période fin de siècle", sur "les préjugés traditionnels relatifs à la cécité, et comment ceux-ci s'articulent à la question de la féminité" pour "entériner l'incompatibilité que la société élève entre cécité et féminité."

On pourra aussi se (re)plonger dans la lecture du roman de Lucien Descaves initialement publié en 1894, ''les Emmurés'' pour avoir aussi un portrait peu réjouissant des femmes aveugles.

Si vous êtes à Montréal, n'hésitez pas à aller voir cette exposition. Il y a des visites guidées les jeudi 21 et 28 septembre 2017 à 11h45 (durée : 45 mn).
Pour les moins chanceux, (re)lire le roman, voir l'une des multiples versions cinématographiques des Deux Orphelines et rêver à un portrait de jeune fille (ou femme) aveugle plus contemporain.
On pourra vous souffler :

mercredi 15 février 2017

Cecite sur grand ecran - fiction, documentaire, interpretation et recompense

Si le mois de février est le plus court de l'année, c'est probablement celui qui concentre le plus de cérémonies et remises de récompenses dans le milieu du cinéma.
Sans aller chercher très loin, nous pouvons noter les Magritte du cinéma chez nos voisins belges qui ont eu lieu le 4 février 2017, les BAFTA (British Academy Film & Television Awards) le 12 février 2017, les César le 24 ou, bien sûr, les Oscars le 26 février prochain.

Après presque deux ans et demi d'existence, la revue de dix-neuf films, dont trois documentaires et un film d'animation, le blog Vues Intérieures a eu envie de se pencher plus largement et généralement sur la cécité et sa (ses) représentation(s) sur grand écran, tout en laissant une place aux personnages handicapés, y compris sur petit écran et dans les séries télé.

Fiction et cécité

En préparant ce billet, nous avons été surpris de voir, parmi les acteur(rice)s d'hier et d'aujourd'hui, le nombre d'entre eux (elles) qui ont interprété des personnages aveugles.
Parmi les films dont nous avons parlé ici, mentionnons chez les actrices, Ida Lupino (La Maison dans l'Ombre), Elizabeth Hartman Un coin de ciel bleu), Simone Valère (La nuit est mon royaume), Alexandra Maria Lara (Imagine), Ariana Rivoire (Marie Heurtin), Ellen Dorrit Petersen (Blind) ou Fritzi Haberlandt (Peas at 5.30).

Affiche du film La Nuit est mon Royaume

Chez les acteurs, notons Cary Grant (Les Ailes dans l'Ombre), Jean Gabin (La nuit est mon royaume), Van Johnson (A 23 pas du mystère), Edward Albert (Butterflies are free), Robert Lepage (Dans les Villes), Hugo Weaving (Proof), Val Kilmer (Premier Regard), Ghilherme Lobo (Au Premier Regard), Hilmir Snær Guðnason (Peas at 5.30), Edward Hogg et Melchior Derouet (Imagine).

Affiche du film Au Premier Regard Affiche du film Butterflies are free A 23 pas du mystère - couverture jaquette DVD

A ceux-ci, on peut ajouter Michèle Morgan qui reçut le Prix d'interprétation féminine au premier Festival de Cannes en 1946 pour son rôle de Gertrude dans le film la symphonie pastorale réalisé par Jean Delannoy et tiré du roman éponyme d'André Gide. Ou encore, plus récemment et étrangement, Al Pacino dans le film le temps d'un week-end réalisé par Martin Brest, qui reçut l'Oscar du meilleur acteur en 1992 pour son interprétation de Frank Slade, dans un remake de Parfum de femme réalisé par Dino Risi et sorti en France en 1975. Le rôle du colonel Fausto Consolo valut à Vittorio Gassman le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes en 1975.
On pourrait ajouter Virginia Cherrill, la jeune fleuriste aveugle dans les lumières de la ville réalisé par Charlie Chaplin en 1931 ou Dorothy Gish, jouant le rôle de Louise dans les deux orphelines réalisé par D.W. Griffith en 1921.
Bref, c'est une liste sans fin, la cécité ayant manifestement inspiré les scénaristes, même si celle-ci est plus souvent caricaturée et stéréotypée que dépeinte d'une façon crédible. Sur ce blog, nous avons choisi de parler de films ou d'interprètes qui donnaient, sinon un reflet réaliste de la cécité, du moins, un portrait plus nuancé, crédible de ce que peut signifier être aveugle dans nos sociétés occidentales, sans être forcément une victime, un bourreau ou un superhéros (avouons que nous avons un faible pour Charlie Cox endossant le costume de Matt Murdoch, plus d'ailleurs que celui de Daredevil).

Incarner le handicap ou jouer un personnage?

Là où le bât blesse, c'est que parmi tous les acteurs et actrices cités précédemment ayant interprété des personnages aveugles ou malvoyants (peu présents au cinéma, peut-être parce que moins "visibles" que la cécité complète et totale qui, rappelons-le, est finalement marginale dans la population déficiente visuelle), un seul est réellement déficient visuel. Il s'agit de Melchior Derouet qui jouait le rôle de Serrano dans Imagine. Et Ariana Rivoire, l'interprète de Marie Heurtin, première personne sourde - aveugle française à avoir reçu un enseignement, est sourde. Certes, le "métier" d'acteur ou d'actrice est d'endosser et d'interpréter des rôles différents. Et il est difficile d'oublier l'incarnation de Christy Brown par Daniel Day Lewis dans My Left Foot, film de 1989 réalisé par Jim Sheridan, rôle qui lui valut, entre autres, l'Oscar du meilleur acteur, le BAFTA Film Award du meilleur premier rôle masculin cette même année.
Cependant, quand on connait les difficultés que rencontrent les comédiens ou acteurs handicapés ne serait-ce que pour passer un casting, on se dit qu'il y a encore bien du travail à faire pour que diversité et inclusion soient des réalités sur nos grands (ou petits) écrans (ou nos scènes de théâtres).
A lire (en anglais) le très intéressant article Disability in American theater: where is the tipping point? écrit par Christine Bruno et publié sur Howlround. Elle indique que 16% des acteurs récompensés l'ont été pour avoir interprété un personnage handicapé. Parmi ces acteurs, seulement deux étaient handicapés. On se souviendra de Marlee Matlin dans les Enfants du Silence ("Children of a lesser God") de Randa Haines, film sorti en 1986 où elle interprète Sarah Norman, rôle qui lui valut, à vingt et un ans, l'Oscar de la meilleure actrice.
Pour compléter le tableau côté américain, voir aussi l'étude publiée en juillet 2016 par la Fondation Ruderman sur l'emploi des acteurs handicapés à la télévision où il apparaît que moins d'un pour cent des personnages dans les séries américaines diffusées à la télé ou sur les plateformes de vidéos à la demande ont un handicap. Et que seulement cinq pour cent de ces personnages sont interprétés par des acteurs handicapés. Aux États-Unis, on considère que vingt pour cent de la population est handicapée.
Qu'en est-il en France? Guère mieux, voire pire mais difficile de le savoir faute d'étude ou d'article...
Si l'on regarde les derniers films comportant des personnages aveugles (tous les deux féminins d'ailleurs), la prunelle de mes yeux, réalisé par Axelle Ropert, et le coeur en braille, réalisé par Michel Boujenah, force est de constater que les actrices, respectivement Mélanie Bernier et Alix Vaillot, ne font pas partie de ces cinq pour cent.

Documentaires

Si la cécité est souvent "interprétée" dans la fiction, le documentaire met parfois en lumière des personnes aveugles, des vraies, celles que l'on pourrait croiser sur le trottoir, en s'éloignant exagérément de leur trajectoire par crainte de recevoir un coup de canne, dans l'ascenseur et à qui l'on ne dirait pas bonjour, pensant ainsi rester "invisible", qu'on plaindrait pensant leur vie triste. Heureusement, le documentaire nous permet de rencontrer, par exemple, des photographes aveugles ou malvoyants qui partageront ce que la beauté signifie pour eux comme dans le Beau est Aveugle de Gwenaël Cohenner. Ou de rencontrer une mélomane, un danseur, une peintre, une avocate, un responsable associatif dans le très beau la nuit qu'on suppose de Benjamin d'Aoust. Ou encore de croiser deux magnifiques musiciens, l'un étant une légende, le trompettiste Clark Terry, et l'autre un jeune pianiste de jazz, Justin Kauflin, dans le chaleureux Keep On Keepin'On d'Alan Hicks.

Affiche du documentaire Keep On Keepin'On

Dans le magnifique et bouleversant Notes on Blindness, qui était en lice pour trois récompenses aux BAFTA 2017, basé sur les cassettes enregistrées par John Hull qui serviront également de support au livre Touching the Rock - An Experience of Blindness, c'est pourtant un acteur qui prête sa silhouette à la voix de John Hull.

Conclusion

Difficile de conclure sur un sujet aussi vaste, à la fois aussi vieux que le cinéma (ou le théâtre), et en devenir mais nous parions qu'enfin le grand écran nous donnera l'occasion de croiser de beaux personnages qui, par delà leur cécité ou leur malvoyance (que l'on aimerait vraiment plus présente à l'écran), ont une vraie vie avec un travail, une famille, des enfants (à quand un papa aveugle amenant ses enfants à l'école ailleurs que dans un documentaire?), des joies, des peines, des envies de théâtre, de voyage... Bref, des personnages de fiction qui, enfin, rejoindraient la (ou une) réalité.

Si nous revenons rapidement aux films présentés au fil du blog, peu de personnages aveugles, et c'est encore plus flagrant chez les personnages féminins, ont un "vrai" métier ou travaillent. Et, hormis un aviateur aveugle, les métiers sont limités : masseur, enseignant (auprès d'enfants ou de personnes aveugles), musicien... Dans la "vraie" vie, et dans nos sociétés occidentales, même si le pourcentage de personnes aveugles exerçant un emploi est ridiculement et dramatiquement bas, nous croisons des ingénieurs informatiques, des avocats, des traducteurs, des journalistes, des enseignants universitaires, des bibliothécaires, des chefs d'entreprise...

Quand ces personnages auront une vraie épaisseur et existeront pour autre chose que leur cécité ou leur malvoyance, alors peut-être que la présence de comédiens aveugles ou malvoyants sera évidente. Souhaitons aussi voir vite arriver des comédiens handicapés interpréter des personnages pas forcément identifiés comme tels.
En attendant, pensons au mot "diversité" et à ce que cela peut signifier dans nos sociétés occidentales.

mardi 8 décembre 2015

Au Cinéma Lux - Janine Teisson

Il semble que la période soit propice à la découverte de la littérature jeunesse...

Après le magnifique Fort comme Ulysse, voici Au Cinéma Lux.

Paru en 1998 aux Éditions Syros, c'est un roman de Janine Teisson, accessible à partir de douze ans.
Il a, depuis, été traduit en six langues, et a reçu le Prix Sorcières (1999), le Prix de l'Eté du Livre de Metz, le Prix Entre guillemets de Chateaubriand, le Prix Ruralivre du Pas-de-Calais.

Autre couverture du livre Au Cinéma Lux Couverture du livre Au Cinéma Lux, édition 2007











Bon, la présence de cet ouvrage sur ce blog déflore quelque peu le secret que porte chacun des protagonistes. Néanmoins, cela permet d'emblée, de se concentrer sur la lecture et l'écriture.

Quatrième de couverture

"Il fait attention à la marche, en entrant. Il frôle le velours râpeux des sièges. Le paradis est au troisième rang à partir du fond, septième fauteuil. Elle y est. Voici son parfum d'abord, puis sa façon de répondre à son bonjour, joyeusement mais avec, au fond, cette tension secrète qui l'émeut."

Marine et Mathieu, deux passionnés de films anciens, se rencontrent régulièrement au cinéma Lux. Ils tombent amoureux l'un de l'autre. Banal ? Pas vraiment, car ils ont chacun un secret qu'ils cherchent à cacher...

Attention, spoilers !

Il paraît que c'est ainsi que l'on prévient le lecteur que des révélations vont être faites... A partir de là, donc, prudence...

Passons sur l'histoire un brin naïve et un peu lente. Peut-être est-ce parce que mes douze ans sont révolus depuis longtemps mais la naissance du sentiment amoureux ne me fait pas frissonner. Retenons que les deux jeunes protagonistes sont des amateurs de films anciens, fréquentant assidûment le ciné-club de Monsieur Piot, et que l'on y parle beaucoup de musique... et concentrons-nous sur l'écriture. C'est elle qui sème des indices, raconte la réalité de Marine et Mathieu.

Au fil des séances du ciné-club, nous voyons ainsi West Side Story, The Misfits, Comment épouser un Millionnaire, Johnny Guitare , Les Amants, La Strada ou encore Crin Blanc...

Affiche du film La Strada

Côté musique, sont évoqués Cold Blues de Michel Petrucciani, Time further out du Dave Brubeck Quartet, The Cascades de Scott Joplin, Sarah Vaughan chantant Porgy and Bess ou Ella Fiztgerald avec Misty, sans oublier Georgia on my Mind de Ray Charles.

Portraits

Si l'histoire parle de la rencontre de Marine et Mathieu dont le portrait se dessinera peu à peu, apparaissent aussi la grand - mère de Marine et Monsieur Piot, le "propriétaire - caissier - ouvreuse - opérateur du cinéma Lux.

Nous apprendrons ainsi que Marine a dix - neuf ans, qu'elle est en DEUG d'Anglais à l'Université, qu'elle est blonde et qu'elle vit chez sa grand - mère.

Quant à Mathieu, il est belge, a passé les dix premières années de sa vie dans la brousse du Congo, et est pianiste de jazz, comme Lucien (mais là s'arrête la comparaison).

L'écriture

p18: "Là, ça y est, on y est. Pschitt, stop! Voilà la poignée de la porte en forme de disque un peu écrasé. C'est bien ce que m'a décrit Mère-grand."

p26: "Il était derrière moi. Il a posé sa main sur mon épaule. Je savais que c'était lui. Bonsoir. Bonsoir. Il a payé sa place, nous sommes entrés ensemble. J'ai trébuché sur cette saleté de marche. Il m'a retenue. Il a compté, comme je le fais, les trois rangs et les sept fauteuils."

p31: "A l'entendre chanter, il a des frissons. Parce qu'il a senti son souffle sur sa joue et parce que ce chant, ce simple chant dont il n'a pas vraiment écouté les paroles, lui révèle quelque chose d'elle qui le bouleverse. Une force, une douceur, une énergie de vivre contenue, il ne sait."

p37: "Pas une minute, tandis que le film défile, il ne pense à autre chose qu'à elle. Lorsqu'elle tourne la tête, ses cheveux font un léger bruit sur le velours. Une envie de toucher son visage l'envahit, forte, presque douloureuse. Passer ses mains sur son visage, savoir ses joues..."

p83: "Elle entend des bruits de tasses qui se heurtent. Il utilise un allume-gaz. Comme elle. Elle est attentive au moindre bruit. Elle caresse le cuir du canapé bas sur lequel elle est assise. Elle enlève sa chaussure pour tâter du pied le tapis. Il revient, portant un plateau. Elle a juste le temps de remettre sa chaussure. Il n'a rien remarqué. Il s'assied près d'elle, la sert, se sert, lui tend une assiette de petits gâteaux. Ils sont gauches tous les deux."

Voir plus loin

Ce livre a reçu de nombreux prix, a été traduit en six langues, a été étudié au collège. Il peut effectivement être étudié sous de nombreux prismes.

Celui qui m'intéresse ici, outre le côté sensoriel de l'écriture, c'est de chercher à comprendre pourquoi Mathieu, comme Marine, se disent qu'ils n'ont pas "droit" à une relation amoureuse.

Mathieu est décrit comme un jeune homme gagnant assez bien sa vie, ayant un cercle d'amis, des relations amoureuses occasionnelles.
Marine, moins sûre d'elle, est étudiante à l'Université, ce qui signifie quand même qu'elle est suffisamment autonome. Elle vit avec une grand - mère attentionnée et aimante et est décrite comme une jolie jeune fille aux longs cheveux blonds.

L'histoire s'achève au début de leur relation amoureuse. Finalement, ils auront droit à leur bonheur.
L'adage dit "qui se ressemble s'assemble". Dommage... Dommage que le secret que chacun porte en soi les réunisse au-delà de l'imaginable. Marine et Mathieu n'auraient - ils pas pu vivre une histoire d'amour sans ce secret commun ?

C'est vrai, le livre a été écrit en 1998 et c'est de la littérature jeunesse. Mais c'est aussi à travers elle que se construisent les citoyens de demain. N'aurait - il pas dû montrer que l'altérité n'est un obstacle en rien pour construire sa vie?

Ne boudez cependant pas votre plaisir, ne serait-ce que le lire comme un jeu de pistes en cherchant les indices...

dimanche 1 novembre 2015

Un coin de ciel bleu - Guy Green

A Patch of Blue, dans son titre original est un film réalisé en 1965 par Guy Green et dont les principaux rôles sont tenus par Sidney Poitier (Gordon Ralfe), Shelley Winters (Rose-Ann d'Arcey) et Elizabeth Hartman (Selina d'Arcey).

Un coin de ciel bleu - jaquette DVD (Selina touchant le visage de Gordon)

Sur un scénario de Guy Green tiré du roman d'Elizabeth Kata, "Un Coin de Ciel bleu" a reçu cinq nominations aux Oscars dont la Meilleure Actrice (Elizabeth Hartman), la Meilleure Direction Artistique, la Meilleure Photographie, la Meilleure Musique et le Meilleur Second Rôle Féminin qui vaudra un Oscar à Shelley Winters qui joue le rôle de la mère dépravée de Selina.

Synopsis

Aveugle, Selina d'Arcey voit désormais le monde à travers les yeux du bienveillant Gordon Ralfe (Sidney Poitier, récompensé aux Oscars). Selina, frêle Cendrillon élevée par une mère débauchée, est blanche. Elle ignore que l'homme qui lui apprend à composer un numéro de téléphone ou à trouver les toilettes est noir.

Contexte

Résumons donc l'intrigue: une Cendrillon aveugle et blanche rencontre son prince charmant qui est noir, ce qu'elle ignore.

Abruptement dit comme cela, on croirait une caricature. Pourtant, rappelons qu'il s'agit d'un film américain, sorti en 1965, soit à peine dix ans après l'affaire Rosa Parks alors que les Noirs Américains luttent toujours pour leurs droits civiques (Martin Luther King sera assassiné en 1968).

Dans "Un Coin de Ciel bleu", la famille d'Arcey, blanche, composée d'une mère aux moeurs légères, d'un grand-père aimant mais alcoolique et de Selina, jeune femme aveugle totalement ignorante et jamais scolarisée, survit, alors que Gordon Ralfe, noir, travaillant la nuit et partageant son logement avec son frère, médecin, semble issu d'une classe moyenne éduquée.

Nous n'approfondirons pas plus le contexte historique et politique de ce film, "Vues Intérieures" se concentrant sur la perception de la cécité et sur la définition du personnage aveugle, néanmoins, il faut avoir cela en tête.

Selina, recluse dans le misérable logement qu'elle occupe avec sa mère, qu'elle appelle Rose-Ann et non maman, et son grand-père, passe ses journées à enfiler des perles de différentes tailles pour confectionner des colliers et pour jouer les Cendrillons en faisant le ménage, la vaisselle et le repas.

Elle travaille donc à domicile, son patron lui amenant le matériel nécessaire à la confection des colliers et venant les récupérer une fois réalisés. Celui-ci amène parfois Selina au parc situé à proximité de son logement mais qu'elle est incapable d'atteindre seule. Son grand-père vient la chercher. C'est de cette façon qu'elle rencontre Gordon Ralfe la première fois, qui vient la délivrer d'un insecte tombé dans son corsage (photo ci-dessous).

Première rencontre de Selina et Gordon dans le parc

Cette rencontre va bouleverser sa vie. Elle qui n'est jamais allée à l'école (elle se demande d'ailleurs ce qu'elle aurait pu faire ou apprendre à l'école en étant aveugle alors qu'aux États-Unis, la première école pour aveugles (en anglais) a ouvert ses portes en 1832), qui n'a jamais entendu parlé du braille, ce système d'écriture en points en relief mise au point par Louis Braille en 1825 avec un premier traité publié en 1829, qui fait office de domestique à la maison mais qui ne peut se déplacer seule à l'extérieur de ce logement, va découvrir par le biais de Gordon qu'une autre façon de vivre, d'exister est possible.

Alphabet braille en noir - http://www.enfant-aveugle.com/spip.php?article12

Alphabet braille en noir tiré du site Enfant aveugle

Si le personnage aveugle de Selina rentre dans la catégorie abondamment représentée dans la littérature et au cinéma de la jeune et belle ingénue aveugle, renvoyant notamment à Gertrude de la Symphonie Pastorale, il n'est pas question ici de guérison ou d'opération miraculeuse pour recouvrer la vue, mais de la possibilité d'une éducation pour pouvoir être autonome en apprenant à lire et à écrire, en apprenant à se déplacer seul.

"Jeune et belle ingénue aveugle" n'est pas totalement approprié pour décrire Selina puisque sa mère ne cesse de lui dire qu'elle est affreuse et qu'elle fait peur à tout le monde à cause de ses cicatrices. Devenue aveugle à la suite d'un accident, elle est effectivement marquée par de légères cicatrices autour des yeux (ceux-ci étant miraculeusement intacts). Elle posera rapidement la question de son apparence physique à Gordon qui lui dira qu'elle est une jolie jeune fille et qui lui offrira des lunettes de soleil pour cacher ces cicatrices pour qu'elle devienne une très jolie jeune fille. S'il n'y a pas de canne blanche dans le film, Selina ne sachant se déplacer seule, voilà quand même l'un des accessoires semblant indissociable du personnage aveugle, la paire de lunettes noires...

Dans une tentative de se rendre seule au parc, après avoir fait une reconnaissance du chemin préalablement avec Gordon, on voit Selina se déplacer dans la rue, à tâtons et au bruit, parmi des passants indifférents voire hostiles tel ce monsieur lui disant qu'elle n'a pas le droit de sortir seule comme on pourrait le faire à un jeune enfant. Cette expérience ratée et traumatisante sera aussi un déclic pour Selina qui sera encouragée en cela par Gordon.

Évidemment, nous pouvons dès le début entrevoir l'évolution de la relation entre Selina et Gordon. Néanmoins, si Selina n'a pas reçu d'éducation, elle n'est pas bête et apprend vite. Il est d'ailleurs intéressant de la voir s'épanouir en découvrir des choses qui nous semblent simples et évidentes. La personne aveugle est donc un être doué de raison qui peut tout apprendre moyennant, parfois, des techniques et des outils particuliers.

Bien sûr, le scénario repose aussi sur le fait que Selina soit blanche et Gordon noir dans une Amérique, rappelons - le, où il existe encore notamment des différences dans les droits civiques, mais ce que l'on retient ici c'est aussi la possibilité d'une autonomie pour les personnes aveugles. Et la possibilité d'une relation basée sur l'amour et non la charité ou l'abnégation, peu importe la couleur de peau et les différences.

Laissons de côté les préjugés et prenons plaisir à (re)découvrir ce film en noir et blanc disponible en DVD, mais sans audiodescription sur la version parue en 2006 chez Warner Bros. France S.A.

mardi 1 septembre 2015

Retour sur une annee de blog - La cecite au coeur de la creation

Le blog Vues Intérieures fête son premier anniversaire, l'occasion de faire un petit retour en arrière mais surtout d'ouvrir sur le futur et les possibles.

Créé à la suite de deux coups de coeur pour un roman, Look de Romain Villet, et un film, Imagine d'Andrzej Jakimowski, qui donnaient une autre perception de la cécité, le blog s'est construit au fil des rencontres, des découvertes et des surprises.

De belles découvertes et de bonnes surprises, il y en a eu tout au long de cette première année. S'il était d'emblée certain que le blog parlerait de Bruno Netter, de Ryan Knighton ou encore de Melchior Derouet , la découverte de l'artiste Carmen Papalia ou du danseur Saïd Gharbi a fait partie des belles surprises.

Cette première année a aussi été l'occasion de parler de cécité et de déficience visuelle dans la culture en général, mais aussi en particulier. Artistes déficients visuels ou personnes oeuvrant pour l'accessibilité culturelle, film ou roman dont au moins un des personnages principaux est aveugle ou malvoyant, éditeur ou collection réalisant des ouvrages accessibles, festival accessible ou initiative collective pour réfléchir et travailler sur un sujet tel que ''Art contemporain et Déficience visuelle'', le blog Vues Intérieures a juste envie de (dé)montrer que la déficience visuelle, cécité ou malvoyance, peut (et doit) sortir du domaine médical, parce qu'elle est un sujet passionnant et foisonnant que le domaine culturel doit embrasser. En cela, le magnifique colloque international "Blind Creations" qui s'est tenu au Royal Holloway en juin 2015 en a été la parfaite illustration.

Too Big to Feel, oeuvre de David Johnson

Too Big to Feel , oeuvre de David Johnson réalisée au Royal Holloway pour le colloque Blind Creations, juin 2015

Lors de ce colloque, il y a eu plusieurs communications autour de l'audiodescription, système qui permet au spectateur aveugle ou malvoyant d'avoir des descriptions sur les décors, les personnages, le déroulement de l'histoire lorsqu'il s'agit d'actions purement visuelles. Ce système se développe, notamment dans les cinémas, et permet ainsi au spectateur déficient visuel de profiter pleinement du film. Les théâtres aussi proposent des séances en audiodescription, souvent associées à des visites tactiles permettant au spectateur de découvrir les costumes ou le dispositif scénique. Cette dernière configuration suppose, le plus souvent, des horaires précis pour des séances identifiées. Il existe aujourd'hui des dispositifs, tel celui des Souffleurs d'Images qui sont plus "légers" à mettre en place, personnalisable et s'adressant aussi à un autre type de public. Ces deux propositions sont complémentaires et ne doivent en aucun cas s'opposer.

L'accessibilité à la culture s'avère encore un domaine à conquérir, à améliorer. Que l'on parle de spectateurs handicapés ou d'artistes ou techniciens handicapés. Cet été, saison où les festivals fleurissent, sont apparus plusieurs articles, en France et chez nos voisins anglais notamment, qui parlaient de l'accessibilité de tels lieux. Si cette "profusion" d'articles fait plaisir, les personnes handicapées revendiquant enfin le droit de participer comme tout un chacun à ces plaisirs estivals, il est à noter que cela est encore loin d'être généralisé. Et si des efforts sont faits pour faciliter les déplacements des utilisateurs de fauteuils roulants, peu de choses à noter pour les visiteurs aveugles ou malvoyants qui auraient envie d'y aller seuls. Mentionnons ici encore le CRTH et les Souffleurs d'Images présents au Festival d'Avignon, et lisons cet article expliquant le fonctionnement du tandem personne aveugle/souffleur.

Si la présence de personnes handicapées parmi le public s'avère encore limitée, que dire de la présence d'artistes ou techniciens handicapés? Si la loi de 2005 impose, en principe et si le lieu échappe aux dérogations, la mise en accessibilité de la salle de spectacle, qu'en est-il de la scène? Il est intéressant de lire cet article de Vivre FM sur l'égalité professionnelle et le handicap dans le monde du spectacle où l'on entend Pascal Parsat, directeur du CRTH qui dit que si le handicap ne fait pas le talent, tout le monde devrait avoir la possibilité d'exprimer son talent sans que le handicap soit un obstacle. Lire aussi (en anglais) l'article où Jenny Sealey, directrice de la compagnie de théâtre Graeae Drama Schools are'nt embracing talent disabled people tient un discours similaire.

Le 25 octobre 2014 s'est tenue la rencontre nationale "Handicap visuel et création chorégraphique" à la Briqueterie, centre de développement chorégraphique du Val de Marne à Vitre sur Seine à laquelle participait Saïd Gharbi. La Compagnie Acajou a mis en ligne quatre vidéos qui retracent cette rencontre. Ce qu'on y entend aussi, c'est la nécessité de professionnaliser la formation de danseurs aveugles ou malvoyants pour qu'ils soient crédibles et non risibles.

C'est à cela que le blog a envie de croire. Cette idée aussi que les arts peuvent changer le regard sur la cécité. Merci à Hannah Thompson, co-organisatrice du colloque "Blind Creations" pour son article (en anglais) paru dans The Guardian cet été How the arts can help change attitudes to blindness. Avec un résumé en français ici.

Soyons ouverts à toutes les possibilités. Ne nous privons pas de talents!

dimanche 9 août 2015

Rouge comme le Ciel - Cristiano Bortone

Rouge comme le Ciel, Rosso come il Cielo en version originale, est un film italien réalisé par Cristiano Bortone en 2005 et sorti en France le 6 octobre 2010 et distribué par Les Films du Préau. Il est sorti en DVD en 2013 chez ARTE Editions, disponible à la boutique d'ARTE avec de l'audiodescription réalisée avec les conseils de l'association Retour d'Image ainsi que du sous-titrage français pour sourds et malentendants.

Rouge comme le Ciel - jaquette DVD

Film ayant reçu un grand nombre de prix dans des festivals de cinéma autour du monde et dont l'histoire s'inspire d'une histoire vraie, celle de Mirco Mencacci, ingénieur du son italien, inventeur du système du "son sphérique" et qui travaille pour le cinéma.

Synopsis

Inspiré de la vie de Mirco Mencacci, un des ingénieurs du son les plus talentueux d'Italie, ce film retrace le combat obstiné d'un jeune garçon aveugle pour atteindre ses rêves et gagner sa liberté...

Mirco a perdu la vue à l'âge de dix ans et doit pour suivre sa scolarité dans un institut spécialisé. Loin de son père, il ne peut plus partager avec lui sa passion du cinéma. Il trouve pourtant le moyen de donner vie aux histoires qu'il s'invente : il enregistre des sons sur un magnétophone puis coupe les bandes, les colle et les réécoute. L'école très stricte n'approuve pas du tout ses expériences et fait tout pour l'en écarter. Mais Mirco, loin de se résigner, poursuit sa passion...

Mirco et Felice dans un arbre

Ce que j'en pense

Film familial avec un discours appuyé et quelques lourdeurs qui s'y associent mais qui nous fait découvrir, de façon romancée, l'enfance et la naissance d'un grand ingénieur du son italien qui travaille au cinéma auprès de réalisateurs tels Antonioni ou Moretti.

Film militant pour le droit aux rêves et à l'éclosion et l'encouragement de nos talents. Il s'inscrit aussi dans une Italie du début des années 1970 où les enfants handicapés étaient, par la loi, relégués obligatoirement dans des instituts où ils n'avaient comme avenir qu'un emploi potentiel de rempailleur de chaise, tisserand ou standardiste.

Portrait aussi d'une famille aimante à qui l'on ne laisse pas le choix d'envoyer son fils de dix ans en pension, loin de chez lui. N'oublions pas qu'à la même époque, en France, il se passait la même chose quand l'école républicaine, ou ses représentants, estimait qu'un enfant n'avait pas, ou plus, sa place parmi les autres écoliers et que, "pour son bien", on l'envoyait dans une école spécialisée où il apprendrait les techniques nécessaires à son avenir.

Le film s'attache aussi à un groupe de personnages donnant ainsi le portrait, un brin caricatural et monobloc, du directeur de l'établissement, aveugle lui aussi, figé dans une froideur et un règlement vieux d'un siècle, caché derrière ses lunettes noires ou celui, bienveillant, du prêtre qui enseigne aux enfants les leçons de choses, le braille mais aussi la musique ou la gymnastique. Portraits aussi de plusieurs élèves de la classe fréquentée par Mirco dont le sympathique Felice qui deviendra son premier camarade et l'introduira aux subtilités du pensionnat dirigé par des religieuses, ou le teigneux Valerio, prêt à martyriser ses camarades pour conserver son rôle de chef de classe. Sans oublier Francesca, fille de la concierge, intrépide et désobéissante, elle qui n'est pas autorisée à entrer en contact avec les enfants de l'institut, qui va devenir l'alliée de Mirco, et leur permettra la rencontre fortuite avec Ettore, militant qui travaille comme standardiste à la fonderie et a passé dix ans comme élève à l'institut, qui suit des cours à l'université, montrant ainsi que rien n'est arrêté et que tout est possible pourvu qu'on s'en donne la peine, qu'il existe une autre vie que celle promise par l'institut.

Photo de Francesca et Mirco faisant du vélo

Photo de la rencontre avec Ettore lors d'une manifestation

Puisque Mirco, bricoleur, réparera le vélo de Francesca, celle-ci le laissera pédaler dans les rues escarpées de Gênes. Occasion de scènes rappelant le final de Au Premier Regard, film de Daniel Ribeiro, sorti l'été 2014, où Leo, aveugle, pilotera le vélo de Gabriel.

Ce sera grâce à Francesca, encore, que Mirco, puis ceux qui les rejoindront dans cette histoire sonore, iront au cinéma en "faisant le mur". Avant son accident, Mirco allait régulièrement au cinéma avec son père et adorait cela. A l'occasion d'un film qu'il connaît déjà, Mirco se fera le passeur, l'audiodescripteur du film pour que ses camarades puissent rire autant que les autres spectateurs.

Si les acteurs principaux "jouent" à être aveugles, tel Luca Capriotti interprétant Mirco ou Marco Cocci celui d'Ettore, le syndicaliste aveugle de la fonderie, les enfants interprétant les élèves de l'institut sont aveugles ou malvoyants, comme c'était le cas dans ''Imagine'', le film d'Andrzej Jakimowski. Cela donne une spontanéité et un naturel dans les nombreuses scènes où les enfants sont entre eux, comme ce magnifique moment où ils sont au cinéma, la plupart pour la première fois de leur vie, ou encore quand ils font les bruitages pour illustrer leur histoire pendant que Mirco les enregistre sur son magnétophone. Cristiano Bortone vient du documentaire et cela se sent vraiment dans ces scènes.

Photo des enfants jouant à se combattre avec les ustensiles de la cuisine de l'institut

Selon les Films du Préau, distributeurs du film en France, ce film est accessible aux enfants à partir de sept ans. Ils ont également édité un dossier de presse et un dossier pédagogique complets que vous pourrez trouver en annexe de ce billet. Le dossier pédagogique permet de parler de nombreux sujets dont celui du handicap. Ne ratons pas une telle occasion!

samedi 9 mai 2015

Bruno Netter - comédien

J'ai écrit ce nom dans le premier billet de ce blog.

J'ai écrit ce nom parce que je l'ai vu régulièrement sur scène et qu'il reste dans ma mémoire des souvenirs de chacune de ces pièces.

Aujourd'hui, je regrette que Vues Intérieures ne soit pas un blog plus ancien. J'aurais pu vous inciter à aller découvrir Bruno Netter sur scène, entouré de la troupe de la Compagnie du Troisième Oeil.

Aujourd'hui, Bruno Netter a levé le pied, comme on dit parfois, et s' est éloigné des planches.

Vous ne voyez pas qui il est? C'est lui le voisin aveugle que Mathilde (Catherine Deneuve) "maltraite" à coup de lecture de mauvaises nouvelles et d'endives au jambon tout en se donnant bonne conscience dans le film "Dans la Cour" de Pierre Salvadori, sorti en France le 23 avril 2014.

Dans la cour, affiche du film

Pour en savoir plus sur sa carrière, je vous envoie lire ces deux entretiens, le premier datant de 2001, paru sur le site Yanous , le deuxième de 2012, issu du journal Le Monde.

Dans ce billet, j'ai plutôt envie de partager mes souvenirs et mes émotions de passionnée de théâtre.

J'ai découvert Bruno Netter il y a plus de vingt ans grâce à une personne dont il faudra que je parle aussi dans un billet. Je l'ai découvert plus exactement en 1994 sur une petite scène, dans un petit théâtre parisien, le Théâtre Essaïon, avec une pièce intitulée "Fin d'Eclipse". Deux comédiens sur scène, Bruno Netter et Lionel Goldstein, également auteurs de la pièce, dans une mise en scène de Jean Dalric qui avait mis en scène l'année précédente Les Enfants du Silence qui révéla Emmanuelle Laborit remportant d'ailleurs le Molière de la révélation féminine. Mais ceci est une autre histoire.

J'ai attendu plusieurs années avant de revoir Bruno Netter sur scène dans un registre bien différent. La Compagnie du Troisième Oeil, qu'il avait co-fondée en 1984, travaillait alors régulièrement avec Philippe Adrien, directeur et programmateur depuis plus de vingt ans du Théâtre de la Tempête dont voici un passage de sa biographie qui me plaît bien :

"Par ailleurs, une fructueuse collaboration avec Bruno Netter, acteur aveugle, et la Compagnie du Troisième Œil, composée de comédiens handicapés et valides, a donné une résonance inédite au Malade Imaginaire de Molière en 2001, puis au Procès de Kafka, à Œdipe de Sophocle, à Don Quichotte de Cervantès et aux Chaises de Ionesco."

Lire aussi à ce sujet l'article de Marie Astier sur le travail de Philippe Adrien et la Compagnie du Troisième Oeil.

Sur plusieurs années, j'ai effectivement vu "le Malade Imaginaire", "Le Procès", "Don Quichotte" et "Oedipe". A propos de cette version d'Oedipe, je me suis dit, en sortant du théâtre, qu'enfin, j'y voyais clair dans cette histoire! Voir ici une présentation de la pièce publiée sur le site Yanous en 2009.

Oedipe - Bruno Netter et Monica Companys

Photo tirée du spectacle Oedipe avec Monica Companys et Bruno Netter

Je me rappelle aussi avoir dit à Bruno Netter, après avoir vu "le Malade Imaginaire" en province, que probablement la plupart des spectateurs étaient "simplement" venu voir cette pièce de Molière, sans connaître la "singularité" de la Compagnie du Troisième Oeil. C'est aussi pour cela que ces spectacles ne s' oublient pas. Vous venez voir une pièce de théâtre dont vous pensez connaître l'histoire et vous en ressortez avec beaucoup plus que l'impression d'avoir vécu un moment extraordinaire. Des comédiens passionnés et fascinants, une mise en scène ajustée et des décors assez minimalistes les valorisant.

Pas d'action revendicatrice, pas d'action militante, mais sa passion du théâtre a poussé Bruno Netter à remonter sur les planches. Voici ce qu'il dit à propos de sa compagnie, la Compagnie du Troisième Oeil, tiré de l'article publié dans le Monde en 2012 cité en début de billet :

"Depuis, Bruno Netter ne s'est jamais arrêté. Après Rimbaud, il crée à Angers une compagnie, Le Troisième Œil : "Un nom exigeant, qui nous élève." Il y accueille, au gré des spectacles, des comédiens de toutes sortes : lilliputien, géant, handicapé moteur cérébral, sourd... mais aussi des non-handicapés. Une mixité qui est pour lui fondamentale. L'idée, avec cette "troupe de bancals", comme il l'appelle, n'est pas de promouvoir le handicap mais bien de faire du théâtre. "Je ne vois pas l'intérêt de jouer à la bête affreuse, de créer un malaise chez le spectateur. Chacun a son combat à mener. Nous, on joue à partir de notre propre matière." Dans cette drôle de troupe, chaque spectacle est un défi, et la solidarité n'est pas un vain mot."

Pour finir, voici une phrase tirée de l'article publié en 2001 sur le site Yanous cité au début de ce billet et qu'un des professeurs de théâtre a dit à Bruno Netter après qu'il soit devenu aveugle:

"Si vraiment tu aimes ce métier, à toi de le reprendre et de trouver ta formule, ta façon de l'aborder."

dimanche 15 février 2015

La Nuit est mon Royaume - Georges Lacombe

La Nuit est mon Royaume est un film réalisé par Georges Lacombe datant de 1951 et qui valut à Jean Gabin le prix de la Meilleure Interprétation Masculine à la Mostra de Venise la même année.

Affiche du film La Nuit est mon Royaume

A vrai dire, je n'ai découvert ce film que très récemment. Il a pourtant été édité en DVD en 2012 chez Gaumont dans la collection "Gaumont à la demande". Il est par ailleurs disponible en VOD sur plusieurs réseaux. Malgré la présence de Jean Gabin, qui n'était d'ailleurs pas au mieux de sa carrière dans ces années d'après guerre, ce n'est manifestement pas le genre de film que l'on rediffuse régulièrement à la télé.

Synopsis

Raymond, mécanicien de locomotive, a les yeux brûlés suite à un accident. Un médecin lui donne un espoir de guérison. Il devient pensionnaire d'un centre de rééducation pour aveugles où il fait la connaissance de Louise, jeune aveugle qui dirige la classe de Braille. Elle est fiancée à l'économe, qui, jaloux, révèle à Raymond qu'il est incurable...

Ce que j'en pense

Vu comme cela, on peut comprendre que ce ne soit pas le film avec Jean Gabin qui soit le plus rediffusé. Si j'ai moi aussi des réserves, je vous conseille néanmoins de jeter un oeil à cette critique acerbe , qui me plait bien. Cependant, La Nuit est mon Royaume offre des perspectives intéressantes. D'abord, c'est un portrait de ce qui se passait dans les années 1950 en France quant à la place des personnes aveugles dans la société : entre elles et à l'abri dans des centres de réadaptation ou des écoles. Elles y apprenaient des métiers tels que rempailleur de chaise, vannier, ébéniste (comme Jean-Luc, un demi-siècle plus tard et sur un autre continent), accordeur de piano, organiste ou standardiste... Et, de préférence, elles se mariaient entre elles... Non, j'exagère un peu. Quoique...

Ensuite, il y a un message, certes un peu appuyé (mais si l'on considère aujourd'hui encore le pourcentage incroyable de personnes aveugles sans emploi dans notre pays et le résultat du sondage à découvrir en annexe de ce billet, il n'est manifestement pas encore passé dans la société) qui explique que les personnes aveugles sont capables de travailler, d'apprendre, d'être père de famille, bref, d'exister en tant que citoyens à part entière.

"Un aveugle, c'est moins compliqué que ce qu'on croit. Un aveugle, c'est un homme qui ne voit pas et qui doit être traité comme un homme." dixit Soeur Gabrielle

Il faut dépasser ce faux suspens de vue recouvrée (espoir qui maintient Raymond Pinsard en vie) et le personnage caricatural de Soeur Gabrielle et oublier un peu le côté suranné du film. Il permet cependant un regard "sociétal" sur les personnes aveugles ou malvoyantes, qu'elles le soient de naissance, à la suite d'une maladie évolutive ou d'un accident, qu'elles soient enfants ou adultes, femmes ou hommes dans la société française, six ans après la fin de la seconde guerre mondiale qui avait produit son lot d'invalides de guerre dont un certain nombre d'aveugles. On peut penser que c'est ce qui est arrivé à son camarade réparateur de postes de radio.

Si l'on ne détaille pas tout, la première visite de Raymond Pinsard (Jean Gabin) au centre de réadaptation sera l'occasion d'égrener les métiers traditionnellement enseignés aux personnes aveugles (et cités en début de billet). A plusieurs reprises, on assiste à un cours de braille, enseigné, il est vrai, par Louise dont Raymond va, inévitablement, tomber amoureux.

apprentissage du braille

Dans une scène à l'extérieur du centre de réadaptation, on aperçoit des chiens. S' agissait - il des premiers chiens guides formés en France? On voit aussi Raymond utiliser une canne blanche. C'est une canne courte, plus de signalisation que de guidage. On dit d'ailleurs à un moment dans le film, qu'il faut qu'on amène la personne au centre et qu'on vienne la rechercher. Pourtant, porté par le désespoir, Raymond saura l'utiliser pour se déplacer seul. La canne longue, celle qu'utilise aujourd'hui la majorité des personnes aveugles se déplaçant seules, se développe d'abord aux États-Unis à peu près à cette période.

canne blanche longue montrée pliée

Bref, si l'on peut reprocher le côté mélodrame bien pensant à ce film, il a le mérite de montrer qu'une personne aveugle peut s' instruire, apprendre un métier, être chargée de famille, être finalement un citoyen à part entière.

Regardons - le comme un témoin de cette France d'après guerre relatif à la place des personnes aveugles dans la société. Et profitons-en pour nous demander si beaucoup de choses ont changé depuis cette époque (hormis la révolution de l'informatique et tout ce qui en découle). Le sondage paru en février 2015 et visible ci-dessous nous donne quelques éléments de réflexion.

mercredi 28 janvier 2015

Melchior Derouet - portrait

Passionné de théâtre depuis sa plus tendre enfance, Melchior Derouet est devenu comédien professionnel.

Sur les planches, sur grand ou petit écran, on peut voir la longue silhouette de Melchior Derouet se déplacer, entendre sa voix posée... Melchior Derouet a fréquenté le Théâtre du Soleil, maison d'Ariane Mnouchkine, alors qu'il était encore enfant. Photo de Melchior Derouet, issue du film Imagine

Danseur, comédien sur scène, grand ou petit écran, Melchior Derouet a une palette artistique large et variée.

Alors qu'il faisait du théâtre et du cinéma depuis longtemps, je ne l'ai découvert qu'en 2006 dans un des courts - métrages constituant "Paris, je t'aime " réalisé par Tom Tykwer avec qui il avait précédemment tourné "The Princess and the Warrior", et jouant en tête-à-tête avec Natalie Portman dans le quartier du canal Saint Martin, je l'ai revu dans le rôle de Louis Braille (qui d'autre que lui pouvait incarner ce personnage! ) dans le téléfilm "Une lumière dans la nuit" puis, quelques années plus tard, sur scène, au théâtre, seul personnage parlant dans une pièce de Rodrigo Garcia, "C'est comme ça et me faites pas chier" dans une configuration scénique étonnante (le public entourait la scène sur trois côtés ayant ainsi une proximité immédiate avec les comédiens). Émotion d'entendre sa voix sans le filtre d'un écran, grand ou petit, le voir évoluer sur cette grande scène parsemée de petits objets, voir ses mains tracer ces lettres et raconter cette histoire faisant notamment référence aux fresques du peintre Masaccio, l'un des premiers à utiliser la perspective. Adam et Eve chassés du Paradis - Masaccio

Il s' est fait également danseur dans Kharbga - Jeux de pouvoir de la Compagnie CHATHA.

Je l'ai retrouvé sur grand écran le 23 octobre 2013 dans "Imagine" déjà évoqué dans ce blog, film réalisé par Andrzej Jakimowski et tourné en décors naturels essentiellement à Lisbonne. Incarnant Serrano, jeune aveugle qui a du mal à croire Ian mais qui finit par le suivre dans ses explorations, Melchior Derouet joue aux côtés de Edward Hogg (Ian) et Alexandra Maria Lara (Eva) ainsi que de nombreux enfants déficients visuels.

Mais c'est aussi en regardant les courts - métrages qu'il a tournés avec Joël Brisse, notamment "les pinces à linge" où il incarne un adolescent malicieux très à l'aise au milieu de ses camarades de collège que l'on voit à quel point le métier de comédien lui va comme un gant.

Melchior Derouet est aussi un très bon skieur que l'on peut voir dans un documentaire "Libre courbe".

Sur son site, dont il existe un lien en début de billet, on peut voir des extraits de ses apparitions à l'écran ou de ses performances théâtrales.

S'il se définit avant tout comme comédien, il n'hésite pas non plus à témoigner ou à expliquer ce que peut signifier être aveugle et ce que la technologie peut apporter aujourd'hui pour les personnes déficientes visuelles.

Pour entendre la voix posée de Melchior Derouet et parce qu'il n'existe pas une seule façon de voir, l'émission n°7 Backstage d'Aurélie Charon est à écouter sans modération.

Acteur aux multiples facettes, présent sur grand comme petit écran ou sur scène pour jouer ou danser, Melchior Derouet est également généreux quand vient le temps d'échanger avec le public.

Alors, j'ai un voeu, encore possible à cette période de l'année : cher Melchior Derouet, vite, revenez - nous sur scène!

dimanche 23 novembre 2014

Marie Heurtin - Jean - Pierre Améris

Film français réalisé par Jean - Pierre Améris et sorti sur les écrans français le 12 novembre 2014.

A noter que, pour la première fois en France, toutes les copies du film sont sous-titrées pour les personnes sourdes et malentendantes et qu'elles disposent de l'audiodescription pour les salles qui sont équipées.

Affiche du film Marie Heurtin Copyright : Michael Crotto

Synopsis

Cette histoire est inspirée de faits réels qui se sont déroulés en France à la fin du 19ème siècle. Née sourde et aveugle en 1885, âgée de 14 ans, Marie Heurtin est incapable de communiquer. Son père, modeste artisan, ne peut se résoudre, comme le lui conseille un médecin qui la juge « débile », à la faire interner dans un asile. En désespoir de cause, il se rend à l’institut de Larnay, près de Poitiers, où des religieuses prennent en charge des jeunes filles sourdes. Malgré le scepticisme de la Mère supérieure, une jeune religieuse, Sœur Marguerite, se fait fort de s’occuper du « petit animal sauvage » qu’est Marie et de tout faire pour la sortir de sa nuit…

Quelques pensées de Jean-Pierre Améris

Elles sont tirées du dossier de presse du film "Marie Heurtin".

"Je voulais aussi faire un film lumineux : parce que le sujet porte également sur la manière dont on peut, même en étant sourd-aveugle, toucher, appréhender la beauté du monde. Je voulais qu'il y ait cette part de nature, que la nature soit belle. Et j'avais ces images d'une main sur l'écorce d'un arbre, d'une main sur la tête de l'âne, d'une main sur les fleurs, sur un visage... La main et le monde, c'est le motif emblématique du film. "

Ce que j'en pense

Difficile de ne pas parler, dans ce blog, d'un film abordant un tel sujet, même si la cécité de Marie Heurtin est finalement peu illustrée dans sa spécificité.

Ainsi, si le générique de fin nous apprend que Marie Heurtin était une grande lectrice de braille et qu'une scène nous permet d'apercevoir des cubes avec les lettres de l'alphabet en relief, c'est à peu près tout ce que nous aurons comme information.

Tout en notant la sincérité et la qualité des actrices principales, Ariana Rivoire (Marie Heurtin) et Isabelle Carré (Soeur Marguerite), il est toutefois un peu frustrant, bien qu'intéressant, de voir que le réalisateur a mis l'emphase sur la langue des signes tactile en délaissant totalement l'apprentissage du braille, en écriture, comme en lecture. On pourra dire que, pour Marie Heurtin, le premier apprentissage et moyen de communication utilisé a été le langage signé tactile mais il me semble dommage de ne pas au moins avoir montré l'écriture braille.

Néanmoins, comme le souhaitait Jean-Pierre Améris, "Marie Heurtin" est un film vraiment lumineux. Pas d'apitoiement mais une réelle énergie, et pas seulement dans les corps à corps de Marie et Soeur Marguerite. Et le réalisateur a le mérite d'exhumer l'histoire de Marie Heurtin alors que tout le monde, ou presque, connaît celle d'Helen Keller, américaine sourde-aveugle, qui a inspiré le film Miracle en Alabama, ''the miracle worker", d'Arthur Penn.

Affiche de Miracle en Alabama, film d'Arthur Penn, réalisé en 1962

Jean-Pierre Améris utilise sa caméra pour nous faire sentir la chaleur du soleil, la caresse du vent sur la joue ou dans les cheveux ou l'odeur d'une tomate. Certes, il n'y a rien de révolutionnaire dans l'histoire ou la façon de filmer mais était-ce le propos du film? Il s'agissait avant tout de transmettre cette histoire d'amour et d'apprentissage, un hymne à la vie et aux sens. Pari réussi...

Volonté aussi, louable, de rendre accessible ce film à tous...

Audiodescription

Ainsi, Diaphana, le distributeur, a profité de ce film pour sortir toutes les copies du film en version sous-titrée pour les personnes sourdes et malentendantes et a indiqué que l'audiodescription était disponible dans les salles équipées. Où trouver des salles équipées pour diffuser le film en audiodescription? Et où trouver une liste de ces salles?

Même si les films disponibles en audiodescription ne sont pas encore majoritaires, bien qu'il existe une aide du CNC, l'offre s' est bien étoffée depuis quelques années grâce aussi à la professionalisation, voir le site de l'Association Française d'Audiodescription et la création d'un festival d'Audiovision, il serait intéressant d'avoir facilement l'information, au même titre que le logo pour les salles accessibles aux personnes à mobilité réduite, des salles équipées pour diffuser des films en audiodescription.

mardi 16 septembre 2014

Proof - Jocelyn Moorhouse

Film australien réalisé par Jocelyn Moorhouse sorti en France en 1991 sous le titre de "la preuve" où l'on découvre les jeunes Hugo Weaving et Russel Crowe...

Vrai coup de coeur à sa sortie. Il y avait dans ce film, un personnage aveugle qui existait pour lui-même! Ni gentil ni superhéros, il menait sa vie comme n'importe qui!

Affiche Proof en français

(Caméra d'or, mention spéciale au festival de Cannes en 1991 et de nombreuses autres récompenses dans le monde entier).

Synopsis

Martin est aveugle de naissance. Il ne connaît du monde que ce qu'on lui en dit. Pensant dès son enfance que tout le monde peut tricher avec lui, il photographie tout pour avoir une trace, une preuve, de ce que les autres voient. Il rencontre Andy, le jeune plongeur du restaurant qu'il fréquente et deviennent amis. Une amitié que Célia, la femme qui s'occupe de l'intendance de Martin avec autant d'efficacité que de cruauté, a décidé de détruire parce qu'elle aime Martin d'une façon obsessionnelle, elle veut être la seule à compter dans sa vie. Manigance et séduction, photo et mensonge, amitié et confiance, voilà un trio infernal.

Ce que j'en pense

Martin, né aveugle, photographie depuis son enfance son environnement comme des preuves de ce qu'il ne peut pas vérifier par lui-même. Il se fait décrire les photos qu'il étiquette en braille. Que se passe-t-il quand on lui ment? Film rempli d'humour (noir), d'émotions où le personnage aveugle n'est pas gentil, juste terriblement humain.

Scène d'anthologie au cinéma de plein air (drive in) lorsque Martin (Hugo Weaving) se retrouve seul dans la voiture pendant qu'Andy (Russel Crowe) va chercher des friandises à la boutique. Tandis qu'il explore l'intérieur de la voiture, ses voisins l'observent.

Triangle amoureux original. Celia, qui fait le ménage chez Martin depuis des années est amoureuse de lui parce qu'il a besoin d'elle, Martin ne peut pas l'aimer justement parce qu'il dépend d'elle. Puis entre en scène Andy, plongeur dans un restaurant italien.

Proof

Par le biais d'un chat, Ugly, Andy et Martin font connaissance. Très vite, Martin fait confiance à Andy et lui demande de décrire les photos. Celia, jalouse, va séduire Andy.

Quelques retours en arrière nous présentent Martin enfant, et qui expliquent quel adulte il est devenu.

Un personnage aveugle assez autonome, se déplaçant à la canne et maître d'un chien, Bill, labrador mais pas chien guide (pas de harnais). Il fréquente régulièrement une librairie pour aveugles, lit le braille et n'a manifestement pas de travail ni de métier.

L'apport de la cécité dans l'histoire

Jocelyn Moorhouse se sert de la cécité de Martin pour écrire son histoire, pour exploiter des malentendus (scène du cinéma de plein air), pour amplifier les émotions, notamment lors de la scène à l'opéra (d'autant plus grandes que Martin ne sait pas où il est), pour définir les relations entre les protagonistes: dépendance de Martin pour son intendance (dont s'occupe Celia), pour lire les photos (ce qu'Andy fera rapidement, au grand dam de Celia), pour illustrer la détresse de Celia, amoureuse de Martin qui ne l'aime pas (elle déplace du mobilier, le prend en photo dans des situations embarrassantes...). Martin est un être à part entière qui sait se défendre et être aussi vil que n'importe qui. Il porte en lui cette blessure d'enfance ayant en tête que sa mère a toujours eu honte de lui, ne voulant pas se montrer avec lui, et qu'elle lui mentait parce qu'il ne pouvait pas contrôler ce qu'elle disait. Marqué à jamais par les réflexions de sa mère, notamment celle disant qu'on ne peut pas toucher les gens, c'est mal élevé. "It's rude!"

Je vous engage vivement à lire une entrevue (lien ci-dessous) avec Hugo Weaving (Martin) réalisée longtemps après la sortie de Proof, en 2009. C'est en anglais, elle est très intéressante, notamment par rapport au personnage aveugle, inhabituel dans ce registre.

Hugo-Weaving-on-his -1991-breakthrough-proof

Ou encore, datant de 2007, cette analyse approfondie (en anglais) des personnages avec de nombreuses références cinématographiques : Proof-Jocelyn-Moorhouse

Un vrai coup de coeur lors de sa sortie et une vraie émotion quand je l'ai trouvé en DVD, version américaine et version anglaise, donc sans sous-titres en français.

PROOF

dimanche 7 septembre 2014

Au Premier Regard - Daniel Ribeiro

Film brésilien sorti sur les écrans français le 23 juillet 2014.

Affiche Au Premier Regard

Premier long métrage de Daniel Ribeiro, distribué par Pyramide Films, et sorti le 26 novembre 2014 en DVD en France, qui s'est inspiré d'un court métrage qu'il a tourné en 2010 avec les trois jeunes comédiens Ghilherme Lobo, Fabio Audi et Tess Amorim, visible ici, associé à une chronique franche et directe.

Synopsis

C'est l'histoire de Leonardo (Leo), quinze ans et aveugle, de Giovana (Gi), son amie d'enfance qui veille sur lui et de l'arrivée de Gabriele qui arrive dans leur classe. Leo, surprotégé par ses parents, souhaite s'émanciper, gagner de l'autonomie, bref, grandir. Quand Leo découvre de nouveau sentiments envers Gabriele, comment savoir si ceux-là sont réciproques?

Ce que j'en pense

Daniel Ribeiro joue avec sa caméra pour illustrer les sens qu'utilise Leo, la connivence entre les trois jeunes acteurs (Ghilherme Lobo, Fabio Audi et Tess Amorim) évidente, ils sont justes, naturels et tout cela contribue à un film subtil, lumineux et optimiste sur un sujet maintes fois illustré au cinéma, les amours adolescentes.

Tout comme Daniel Ribeiro dit qu'on est passé à autre chose que le film gai militant (le film a reçu le Teddy Award 2014), la cécité de Leo permet d'explorer d'autres facettes de la naissance du sentiment amoureux sans en faire le point central du film. Leo est aveugle mais, surtout, comme tout adolescent, il cherche son autonomie et est amoureux pour la première fois. Mais, même bien entouré et intégré, Leo n'échappe pas à la bêtise de quelques uns de ses camarades. C'est ça aussi la vie et ça aide à grandir, même en prenant des coups.

Leo entouré des mains de camarades l'embêtant

Leo, joué par Ghilherme Lobo, est très crédible. Le jeune acteur a pris des cours de braille, appris à utiliser une Perkins (machine à écrire en braille) et à se déplacer avec une canne (technique de l'arc).

Leo utilisant une Perkins

De même, Daniel Ribeiro, le réalisateur, dit qu'il a cherché des moyens d'illustrer la cécité de Leo. Ça passe par des plans très resserrés, des scènes où le toucher est très présent, une musique omniprésente et des attitudes : Comment danser lorsqu'on a jamais vu faire les autres? Comment savoir ce qui se passe si l'on ne nous dit rien du contexte?...

Un joli film, subtil et lumineux où tout espoir est permis...

jeudi 4 septembre 2014

Des Cannes Blanches en Culture


Comment commencer!
Il y a longtemps que je m'intéresse à la représentation des personnages aveugles et déficients visuels au cinéma ou dans la littérature. 
Si tout est encore loin d'être parfait dans la vie réelle, il est intéressant de voir l'évolution des personnages dans la fiction. Bien sûr, il y aura toujours de "pauvres" aveugles ou de "super" aveugles à la Daredevil. Mais je crois que cela change doucement et que le personnage aveugle ou malvoyant, quasi absent d'ailleurs, commence à trouver une épaisseur et une crédibilité nouvelles.

D'ailleurs, aujourd'hui,  je me lance dans l'aventure du blog parce qu'en l'espace de quelques mois, j'ai eu deux coups de coeur pour un film et un roman qui, si j'ose dire, portaient un autre regard sur la cécité. 
Le premier,  c'est "Imagine " d'Andrzej Jakimowski,  réalisateur polonais,  et sorti en octobre 2013. Parmi les acteurs,  il y a des enfants déficients visuels et Melchior Derouet dont je reparlerai. 
Le deuxième,  c'est "Look ", premier roman de Romain Villet publié chez Gallimard en février 2014. 
Il y aura,  bien entendu, des billets sur "Imagine" et "Look".
Il n'y a pas de prétentions d'analyse,  de visées universitaires, pas d'exhaustivité, de but de recensement, juste quelques réflexions sur un sujet qui me tient à coeur et que j'ai envie de partager. 
Vues intérieures sera donc un blog où je parlerai des cannes blanches dans la culture. Il y sera question de cinéma,  de théâtre,  de littérature mais pas seulement. Il y aura aussi des portraits. 
Il pourra s'agir d'un billet sur un film ou un livre qui vient de sortir ou d'une de mes découvertes, d'un article, d'un documentaire. 
J'ai précédemment parlé de personnage de fiction mais cela n'exclura pas de parler à l'occasion d'un documentaire lorsqu'il donne la parole aux personnes déficientes visuelles.
Ce qui m'intéresse avant tout c'est de combattre les clichés et donner envie d'aller au-delà des différences.
Ce blog m'a été inspiré par des personnes qui, chacune à leur façon, amènent un regard différent.
Loin d'être exhaustive, je voudrais citer Bruno Netter,  Melchior Derouet,  Ryan Knighton et Romain Villet.