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Tag - Illustrations tactiles

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vendredi 4 janvier 2019

Coffret Histoire de France - Mes Mains en Or

L'année 2019 commence par un gros coup de cœur. Il s'agit de la nouvelle parution de Mes Mains en Or, un coffret sur l ' Histoire de France dont l'auteure est Mathilde Olivier.
Ce coffret est composé de quatre volumes et est destiné aux jeunes lecteurs. Pour ceux qui ne connaissent pas encore la maison d'édition associative, elle se spécialise dans la création de livres tactiles, en braille et en gros caractères pour les enfants déficients visuels. Mais, quand vous aurez découvert la beauté de ce coffret, tous les enfants auront envie de l'avoir!

Mes Mains en Or possède aujourd'hui un beau catalogue qui se décline en plusieurs collections destinées à différentes catégories de lecteurs : du tout petit au jeune lecteur aguerri, du livre d'apprentissage à la transcription en braille et gros caractères de "Les Belles Histoires".

Logos des différentes collections de Mes Mains en Or

Résumé de l'ouvrage

Composé de quatre livrets retraçant les grandes périodes de l’histoire de France, ce coffret invite l’enfant à découvrir les personnages et les monuments les plus emblématiques de notre histoire. Grâce à des textes courts mais riches, complétés d’images tactiles, l’enfant apprend en s’amusant. À son tour, il vous apprendra le nom de l’éléphant de Charlemagne!

Détail des quatre livrets

L'Histoire de France est donc découpée en quatre livrets.

Quatre personnages pour identifier quatre périodes historiques

  1. De la préhistoire aux gallo-romains
  2. Moyen-Age
  3. Époque moderne
  4. Période contemporaine

Chaque livret est composé de plusieurs parties, chacune d'entre elles étant identifiées, pour la partie en gros caractères, par un contour de couleur différente : blanc pour la partie texte, jaune pour la rubrique "le savais-tu?", bleu pour le vocabulaire, rouge pour les personnages célèbres.

Chaque rubrique est identifiée par un liseré de couleur différente

Dans la composition de chaque livret, on trouve une page imprimée en gros caractères et, en regard, une page en braille. On a aussi, et c'est aussi l'une des spécificités de Mes Mains en Or, une partie consacrée aux images tactiles. Et là, c'est un vrai tour de force pour cette maison d'édition associative qui peut compter sur ses bénévoles pour le montage de ses livres, des pop-up fantastiques.
Que signifie une cathédrale ou un amphithéâtre pour un enfant aveugle qui n'a pas accès à une banque d'images? Ces animations en 3D permettent à cet enfant de se construire une représentation physique et mentale.

pop-up amphithéâtre

Bluffant, non? A ces pop-up spectaculaires, on ajoute aussi des images tactiles plus classiques comme l'illustration du Roi Soleil ou, sous forme de petite figurine que l'on peut manipuler, un bateau viking (le terme drakkar étant une invention française).

Image tactile le Roi Soleil

Figurine de bateau viking

Les images, autant que les textes et les rubriques indispensables, sont un vrai bonheur à découvrir.
A titre d'exemple et sans être exhaustif, le livret consacré à la période allant de la préhistoire aux gallo-romains, il y a un chapitre consacré à la préhistoire, à la bataille d'Alésia, aux premiers chrétiens. Parmi les personnages célèbres, on peut croiser Lucy, Vercingétorix ou Attila. Et avant d'aller découvrir en volume la maquette d'un théâtre ou d'un oppidum, on peut apprendre ce que signifie un aqueduc ou un légionnaire.
Le texte de présentation du coffret indique qu'il s'agit de textes courts, mais, c'est sûr, cela éveillera la curiosité des jeunes lecteurs qui, espérons-le, pourront trouver de la documentation accessible pour approfondir chacune de ces périodes.

Pour apprendre à manipuler ces très belles mais fragiles illustrations en pop-up, Mes Mains en Or a réalisé un petit film mode d'emploi. Avec une voix off, ça aurait été parfait!

Pour momentanément conclure

Les habitué.e.s du blog savent que Vues Intérieures aime beaucoup le travail de Mes Mains en Or. D'abord parce qu'il existe très peu de maisons d'édition qui produisent de vrais livres tactiles, réellement accessibles aux enfants aveugles ou malvoyants, ensuite parce que ses ouvrages sont beaux, colorés, intelligents et qu'ils donnent envie à tous les enfants de toucher, manipuler ces images tactiles et ces représentations en 3D.
Par ailleurs, la présence simultanée du braille et des gros caractères permet de partager la découverte et la lecture de ce bel ouvrage.
En cette journée mondiale du braille, le 4 janvier, jour de la naissance de Louis Braille, il faut aussi saluer la volonté de Mes Mains en Or de publier des œuvres de littérature jeunesse en braille, dont l'apprentissage, aujourd'hui encore, est la seule façon, pour un enfant déficient visuel, de ne pas devenir illettré et analphabète. Vous pouvez écouter le témoignage de Céline Bœuf, responsable adjointe de la médiathèque Valentin Haüy, diffusé sur Radio France ou le reportage en Charente Maritime qui constate la difficulté de l'apprentissage du braille face aux nouvelles technologies.

lundi 26 juin 2017

Accrochage n°10 Voir et ne pas Voir - Musee des Beaux-Arts de La Rochelle

Êtes - vous prêts à embarquer? Nous partons à La Rochelle... Pas besoin d'avoir le pied marin, juste l'envie d'être curieux, d'accepter le dépaysement et de, non perdre, mais prendre d'autres repères.
Nous vous emmenons explorer le dernier étage du musée des Beaux-Arts qui occupe depuis 1844 le second étage de l’hôtel de Crussol d’Uzès, palais épiscopal néoclassique. Il présente une importante collection de peintures européennes du XVe au milieu du XXe siècle. Mais pour cette occasion, c'est autre chose que nous allons découvrir.

Contexte

"Riche d’une collection d’environ 900 peintures et dessins, le lieu ne dispose pourtant que d’une surface limitée pour montrer ses trésors. C’est pourquoi le musée a mis en place une politique de présentation régulièrement renouvelée. Une personnalité ou un groupe de personnes est invité chaque année à concevoir son propre accrochage afin de multiplier points de vue et découvertes."
On peut lire ce paragraphe dans la présentation du musée. Ce que nous avons envie de vous faire découvrir et partager, c'est l'accrochage n°10.

"Vous voici prêts à pénétrer dans une exposition peu commune où tous vos sens seront sollicités... L'exposition qui accompagne ce catalogue vous propose une expérience de visite différente. Pour son 10e accrochage, le musée des Beaux-Arts a en effet invité un public déficient visuel à sélectionner les oeuvres présentées."
C'est par ces mots que débute la présentation de l'exposition Voir et ne pas voir proposée par le Musée des Beaux-Arts de la Rochelle du 1er octobre 2016 à septembre 2017.
Pour ce.ux.lles. qui n'auraient pas l'occasion de se rendre dans ce coin de la Nouvelle Aquitaine, un court reportage de Culture Box vous permettra de jeter un oeil à cette exposition et avoir un aperçu des différents médias utilisés pour rendre accessibles certaines des oeuvres exposées.

Le catalogue de l'exposition

La visite de l'exposition est complétée par un catalogue qui présente les oeuvres que l'on peut y découvrir.

Braille sur la couverture du catalogue Voir et ne pas Voir

Sur la couverture de ce catalogue, on trouvera quelques lignes en braille. A l'intérieur, on trouvera un CD, deux planches représentant chacune un tableau où le personnage et son environnement immédiat sont en relief. Images tactiles difficiles à décrypter seul.e mais cela permet de comprendre la position du personnage dans la composition du tableau. On y trouve aussi la silhouette embossée d'une statue de Brahmâ, une feuille découpée superposée à un portrait de Louis XV indiquant ainsi l'emplacement des éléments indiquant le pouvoir de droit divin du roi de France : long manteau, casque panaché de trois plumes, bâton de commandement fleurdelisé, épée et éperons. On y trouve aussi quatre éléments olfactifs à reconnaître, histoire de s'immiscer dans le tableau de Louis Mouchot intitulé La Prière du soir.

Accessibilité

Nous avions lu des articles, vu des reportages sur cette exposition et étions très curieux d'aller la voir, au moins pour avoir notre propre avis et puis aussi parce qu'elle donnait la parole, en terme de choix artistiques, à des personnes aveugles ou malvoyantes, et cette idée nous plaisait bien tout comme celle de "multiplier points de vue et découvertes".
Très sensibles aux questions d'accessibilité physique (contenant) et culturelle (contenu), nous étions ravis de trouver un guidage jaune dès le portail permettant d'accéder à la cour pour nous emmener à l'entrée du musée. L'accueil du musée ressemble à n'importe quel guichet d'accueil d'un bâtiment recevant du public. Pour atteindre l'exposition Voir ou ne pas voir, il nous faudra monter deux étages d'un bel escalier en pierre. Peut-être existe-t-il quelque part un monte-charge. Mais pour une fois qu'on ne nous a pas indiqué l'emplacement de l'ascenseur (ne pas voir ne veut pas dire ne pas pouvoir franchir des marches ou utiliser un escalier, qu'on se le dise et qu'on se le répète), nous franchissons allègrement ces deux niveaux. Ceci dit, la présence d'un ascenseur est une vraie question à poser, car son absence est une réelle entrave à l'accessibilité du lieu.

Arrivés au deuxième étage, une maquette tactile nous permet de comprendre, avec quelques indications supplémentaires, la disposition des lieux. Idée intéressante pour qui veut déambuler seul.e. Les visiteurs voyants sont accueillis par une série d'expressions autour du mot "oeil", singulier et pluriel.

Maquette tactile du lieu d'exposition

Parmi les expressions, on trouvera Clin d'oeil, Y aller les yeux fermés ou encore Faire les yeux doux. Puis on entrera dans la première salle de l'exposition où un médiateur vous expliquera le principe de l'exposition et vous aidera éventuellement à vous débrouiller avec les tablettes. A ce propos, on trouvera des tablettes à chaque station présentant une oeuvre accessible au visiteur déficient visuel. On y trouvera une audiodescription de l'oeuvre, mais aussi d'autres informations sur la période, le contexte historique. Dommage alors que ces tablettes ne soient pas vocalisées (techniquement faisable sous Android) pour un usage en autonomie.
Ce que l'on remarque aussi en entrant dans la première salle, ce sont les bandes de guidage podotactile qui nous amènent d'un endroit à un autre.

Bandes podotactiles et cheminement en relief

Présentation de l'exposition

"Voir ce qui est réel et ce qui ne l'est pas ; cacher ou dévoiler. Comment les artistes, en tant que médiateurs, donnent - ils à voir le tangible et l'irréel? Huit thèmes se sont imposés, sélectionnant une centaine d'oeuvres exposées au sein d'un parcours sensoriel commenté d'une cinquantaine de minutes." (p8 du catalogue)
Voici la liste des huit thèmes:

  • Voir et ne pas voir
  • Les yeux de l'llusion
  • Les yeux des voyageurs
  • Les yeux de l'innocence
  • Les yeux de l'esprit
  • Les yeux des morts
  • L'oeil du cyclope
  • Les yeux de la foi

A chacun de ces huit thèmes correspondra une station qui accueillera une tablette numérique (qui pourrait être plus accessible) et une oeuvre rendue accessible au visiteur aveugle ou malvoyant. Chacune des stations permettra d'ailleurs d'explorer un moyen différent d'être accessible. Odeurs, reproduction en 3D, maquette tactile, image tactile...
Ci-dessous, on trouvera des photos de ces stations, vue globale ou de détail.

station des senteurs - six odeurs pour plonger dans la peinture de Louis Mouchot, la Prière du soir Dessin en relief - les différents personnages d'un tableau
Quatre odeurs pour plonger dans La Prière du soir, peinture de Louis Mouchot ou des dessins en relief pour détailler les personnages et les différents axes dans la peinture La Mort d'Alcibiade de Philippe Chéry

peinture de Jean Chevolleau, Le Port de La Rochelle, calme bleu mystique Le Brenn et sa part de butin - maquette présentant les différents plans du tableau avec possibilité de jouer avec la lumière pour comprendre le contre-jour Tableau en puzzle pour tenter de comprendre la représentation du port de la Rochelle par Jean Chevolleau, Le Port de La Rochelle, calme bleu mystique ou maquette représentant les différents plans du tableau Le Brenn et sa part de butin de Paul Jamin

Expériences

On peut parfois avoir l'impression que cette exposition ressemble à un show-room : on montre au visiteur aveugle ou malvoyant, et aux autres visiteurs curieux, différentes techniques permettant de rendre accessible une oeuvre telle qu'une peinture. On trouve ainsi des dessins tactiles reprenant les lignes d'un tableau, une peinture tactile ou la mise en volume d'une peinture tel un bas-relief.

On peut aussi voir cette exposition comme une expérience. Quels sont les supports qui sont appréciés par les visiteurs déficients visuels? Y a-t-il des éléments compliqués à interpréter seul.e?
Nous avons envie de poser cette question : a-t-on réellement pensé à l'autonomie de la personne aveugle, ce que pourraient laisser croire les bandes podotactiles de guidage au sol, ou bien est-ce conçu comme une visite accompagnée, en tandem voyant/aveugle, ce que suggère cette tablette numérique remplie d'informations fort intéressantes mais non accessibles à la personne aveugle, alors que cela est techniquement faisable?

Pour ceux, celles qui en ont, auront l'opportunité, l'exposition se tient jusqu'au 15 septembre 2017 et mérite une visite. La variété des supports (reproduction 3D, dessin en relief), la variété des oeuvres (peintures, sculptures), la variété des époques et des thèmes permettent une découverte et de ce qui existe pour rendre les oeuvres accessibles au visiteur déficient visuel et de la richesse des collections du Musée des Beaux-Arts de La Rochelle.
Et l'on se prend à rêver d'œuvres emblématiques du musée accessibles "pour de bon" à tous, pas simplement le temps d'une exposition pensée pour et avec des personnes déficientes visuelles. Parce que pouvoir partager, échanger des avis, des idées après une visite, un film ou une pièce de théâtre est toujours un moment fort, surtout quand on a pu se faire sa propre idée.

mercredi 7 septembre 2016

Accessibilite culturelle, deficience visuelle et Tourisme

Quelques expériences et réflexions autour de la rencontre tourisme/accessibilité culturelle issues de nos pérégrinations... ou savoir ou ne pas savoir si le visiteur déficient visuel aura quelque chose à se mettre sous les doigts ou dans les oreilles...

logo déficient visuel

Expositions permanentes ou temporaires, musées, monuments ou sites, voilà quelques endroits où tourisme et accessibilité culturelle se mêlent, ou plutôt pourraient, devraient se mêler. C'est loin d'être systématique, aujourd'hui encore, pourtant, cela donne lieu à de belles surprises, de belles rencontres. Pour cette fois, nous mettrons de côté les déceptions et désillusions.

Notons cependant que si certains musées font réellement des efforts pour être accessibles à tous, et nous ne parlons pas seulement d'accessibilité des lieux mais aussi d'accessibilité au contenu , d'autres se contentent de proposer une entrée gratuite pour la personne déficiente visuelle et son accompagnateur.
Il y a aussi ceux qui ont fait des choses, mais dont le personnel ne sait pas trop où trouver le livret en braille, ni si l'audioguide est accessible.
Si l'on peut concevoir cela (arriver en fin de saison et s'entendre dire que nous sommes les premiers à demander s'il y a des dispositifs accessibles au public déficient visuel peut laisser dubitatif), c'est dans la lignée de ce que disaient Thierry Jammes et Michaël Jeremiasz à propos de l'accessibilité d'un festival (les Eurockéennes de Belfort) : nécessité de FAIRE CONNAÎTRE CES INITIATIVES, COMMUNIQUER L'INFORMATION pour faire venir les gens...

Pour les expositions, citons deux cas de figure : l'exposition permanente, et là, a priori, pas d'obstacle pour rendre une partie de la collection accessible aux visiteurs déficients visuels, comme la Cité des Sciences ou le Mucem, et l'exposition temporaire, qui peut aussi être amenée à voyager dans plusieurs lieux.
Ayant eu l'occasion de visiter deux expositions temporaires qui proposaient des oeuvres accessibles au public aveugle ou malvoyant, faisons un petit retour sur celles-ci.

Pour la première fois, le Musée Adrien Dubouché et le BAL (Musée des Beaux Arts de Limoges) ont présenté cet été des expositions temporaires qui proposaient des dispositifs accessibles au public déficient visuel.
En effet, l'exposition “Corée, 1886. Roman d'un voyageur” pour le premier et "Volume, lumière, couleur. Charles BICHET", exposition programmée dans le cadre de l’exposition-parcours « La Creuse, une vallée-atelier. ITINÉRANCES ARTISTIQUES. Österlind, Bichet, Alluaud, Smith », relevant du dispositif « Vallée des peintres, entre Berry et Limousin » pour le second, offraient au visiteur aveugle ou malvoyant la possibilité de découvrir des éléments de décoration sur des vases ou des peintures de Charles Bichet.

Dans l'exposition "Corée, 1886. Roman d'un voyageur" qui présentait notamment une collection de céramiques, il y avait trois stations montrant des dessins tactiles permettant de se faire une représentation des décors présents sur des oeuvres emblématiques. Sur le panneau en relief se trouvait également une silhouette de l'objet afin de se représenter sa forme globale.

dessin en relief - éléments du décor

Dans l'exposition consacrée à Charles Bichet, on remettait au visiteur déficient visuel un livret en braille contenant le texte de présentation de l'oeuvre du peintre. Et, répartis dans la salle, découpée en plusieurs espaces ayant chacun leur ambiance, cinq casques à proximité de cinq tableaux choisis pour illustrer une période. Dans ces casques, en continu, une présentation audio de la peinture mais également de l'ambiance de la pièce et du contexte dans lequel l'oeuvre a été réalisée. Dispositifs utilisables par tous...

livret en braille -présentation de Charles Bichet casque permettant l'audiodescription du tableau situé à proximité

Mais il n'y a pas que les musées qui sont concernés par cette accessibilité culturelle. Tous les lieux touristiques, tous les lieux culturels le sont...

Pour une personne aveugle ou malvoyante, il peut être compliqué de s'imaginer un bâtiment, par exemple, sans une représentation tactile, image ou maquette, du lieu.
Cela peut être une maquette volumétrique simple, comme celle réalisée pour les deux bâtiments de la Philarmonie de Paris accessible dans le parc de la Villette (photo ci-dessous).

Maquette tactile volumétrique de la Philarmonie de Paris

Mais ce peut être aussi une maquette tactile permettant une vraie visite du bâtiment et de pouvoir ainsi voir un arc brisé, une croisée d'ogives ou une rosace. Isabelle Dapzol, architecte de formation et fondatrice d'Archi-Tact, a réalisé, par exemple, la magnifique maquette tactile de la cathédrale de Bourges. Celle-ci n'est certes pas en accès libre mais il suffit de demander la clé à la personne en charge de la cathédrale. Cette splendide maquette est également accompagnée d'une description audio qui explique comment découvrir le bâtiment. Une légende tactile et en braille permet également de connaître les matériaux composant le bâtiment.

Maquette tactile de la cathédrale de Bourges - Archi-Tact

Ou, pour préparer, compléter sa visite d'un lieu ou la découverte d'une oeuvre, il y a aussi la splendide collection Sensitinéraires, livres tactiles du Centre des Monuments Nationaux, à découvrir aidé tant les dessins en relief sont riches de détails, nous emmenant, entre autres, visiter la Cité de Carcassonne ou découvrir la Tenture de l'Apocalypse exposée au Château d'Angers.

Carcassonne - découverte tactile des remparts

Les cinq sites templiers du Larzac en Aveyron offrent au visiteur déficient visuel la possibilité d'avoir un livret d'aide à la visite, avec braille et dessin en relief (plan masse, façade, détail du décor...). Cela fait partie d'un projet beaucoup plus vaste, le Massif Central au bout des doigts, réalisé par Braille & Culture.

A travers cette balade, nous voyons qu'il existe déjà des lieux qui décident d'être accessibles à tous et que la façon de se rendre accessible est variée et riche en possibilités. Il y a aussi des solutions plus techniques. Récemment, le Musée Andy Warhol travaillait à la réalisation d'un audioguide inclusif (utilisable par tous).
Le blog du musée a publié au cours de l'été quatre billets (en anglais) relatifs à ce nouvel audioguide, Designing an inclusive audio guide, voici les liens :
- Part 1 - An introduction
- Part 2 - Tactile reproductions
- Part 3 - Talking tech with Ruben Niculcea
- Part 4 - Content development telling the Warhol story

Nous savons que cela nécessite des fonds et des compétences. Cependant, nous avons aussi rencontré des associations gérant de magnifiques lieux, avec peu de moyens financiers mais avec une vraie volonté de partager ce patrimoine. Découvrir un château sur un éperon rocheux peut aussi se faire par le biais d'une maquette volumétrique toute simple réalisée dans un matériau commun et facile à travailler.
Ne nous cachons pas derrière la réglementation et les dérogations. Certes, restons réalistes mais le bon sens et la bonne volonté permettent des choses que d'aucun aurait crû impossibles...

jeudi 28 juillet 2016

De quelle couleur est le vent ? - Anne Herbauts

Livre Jeunesse publié chez Casterman en 2011, écrit et illustré par Anne Herbauts.

De quelle couleur est le vent ? m'a été suggéré dans un commentaire écrit à la suite du billet Perception des couleurs - Imaginaire et Cécité. Et lorsque j'ai poussé un peu l'investigation, j'ai vu cette jolie couverture dans les tons bleus et verts et je me suis demandé comment j'avais pu passer à côté de cet ouvrage. Je remercie donc chaleureusement l'auteur de ce commentaire.

Couverture du livre De quelle couleur est le vent?

Quatrième de couverture

De quelle couleur est le vent ?
est la question qu'a un jour posée
un enfant aveugle à un grand...
Mais,
de quelle couleur est le vent ?

Contexte

Voilà, c'est effectivement à la suite de cette question rapportée un jour à Anne Herbauts, auteure et illustratrice belge, qu'elle s'est dit : "cette question, c'est un livre"...
Le livre a mis quelques années à prendre forme et il nous est donc arrivé sous forme d'un livre à regarder mais aussi à toucher. Celui qui se contente de le lire perd la moitié des informations, celui qui le touche n'accède pas non plus à la totalité de l'histoire... Anne Herbauts dit que tout n'est pas dit dans l'image et dans le texte et que cela est pertinent : il n'y a pas de réponse fermée et définitive.

Histoire

C'est l'histoire d'un petit géant aux yeux clos et aux pommettes rouges chaussé de bottes noires qui part de bonne heure chercher le vent et sa couleur et qui emmène le lecteur avec lui rencontrer, entre autres, chien, éléphant, montagne, ruisseau ou pomme...

Techniques

Au fil des pages, Anne Herbauts nous entraîne dans des explorations visuelles et tactiles, dans une poésie qui plaira sûrement aux petits mais aussi aux grands.
Pour nous inciter à découvrir tactilement cet ouvrage, l'auteure a plus d'un tour dans son sac : découpe (comme le surprenant Braille en creux sur la couverture), embossage avec un côté en relief et l'autre en creux (dont elle tire habilement partie), dépôt d'un vernis qui donne du relief sous les doigts mais dont on regardera tous les détails à la lumière rasante (les poissons dans l'eau sont d'une délicatesse absolue)...

vernis et braille en creux sur la couverture embossage




Anne Herbauts a beaucoup échangé avec Les Doigts qui Rêvent, association créée en 1994, autour du livre tactile, dont c'est d'ailleurs la "spécialité historique".
Il est difficile de dire que de quelle couleur est le vent ? est un livre accessible mais l'auteure l'a pensé comme un livre lisible et partageable. Et c'est effectivement le cas. C'est un livre subtil, comme son texte et ses illustrations.
Pour réaliser ce livre, elle s'est donné des contraintes, comme celle de peindre aux doigts qui donne un côté très sensuel au dessin pour "provoquer" cette envie de toucher.
Mais allez donc voir et écouter ce qu'elle dit de ce livre et du processus de création. C'est fort intéressant...

Conclusion

Dans cet ouvrage aussi, il est question d'imaginaire. Mais ce que je retiens, c'est avant tout ce travail vraiment intéressant sur le tactile, les textures, la multiplicité des techniques utilisées pour inciter le lecteur à découvrir par le toucher cette histoire. Cette découverte tactile est vraiment complémentaire au texte et, compte tenu de la génèse de ce livre, c'est vraiment malin.
Et multiplier les points de vue nourrit et enrichit le débat.
C'est un bel ouvrage à parcourir à deux et à quatre mains, à lire et manipuler... C'est un livre qui provoque des sensations, qui nous oblige, pour l'explorer au mieux, à utiliser des sens que nous avons tendance parfois à négliger ou à ne pas exploiter, et pourtant, ils donnent tout un tas d'informations précieuses. Alors, touchons la pluie, goûtons la pomme, sentons le vent...