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jeudi 1 février 2018

Vers la lumiere - Naomi Kawase

Film réalisé par Naomi Kawase, Vers la Lumière a été présenté en sélection officielle du Festival de Cannes en 2017. Le film est sorti sur les écrans français le 10 janvier 2018.

Affiche du film Vers la Lumière
Affiche japonaise du film Vers la Lumière

Précisons qu'il y a du divulgâchage (autrement dit, spoiler) dans la suite du texte. Ceci dit, l'affiche montrant deux personnes se tenant leur visage entre leurs mains, dans une proximité ne laissant pas d'ambiguïté sur leurs intentions, on devine aisément ce qu'il advient des deux personnages principaux. Que ceci, donc, ne nous empêche pas d'explorer le sujet du film...

Synopsis

Misako aime décrire les objets, les sentiments et le monde qui l'entoure. Son métier d'audio-descriptrice de films, c'est toute sa vie. Lors d'une projection, elle rencontre un célèbre photographe dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.

Quelques généralités

Avant d'approfondir quelques aspects du film et de son histoire qui nous intéressent plus spécifiquement, et qui se concentrent autour de la cécité ou malvoyance et l'audiodescription, quelques petites remarques générales.
La réception du film avait été très mitigée lors du festival de Cannes. Nous pouvons comprendre pourquoi. Si le film nous intéresse pour des aspects particuliers que nous développerons donc après, il faut reconnaître qu'il y a quelques moments où l'on se demande où veut nous emmener la réalisatrice, ce qu'elle veut nous raconter.

Pour se faire sa propre idée, on pourra aller voir, lire plusieurs critiques:
- Culture Box, qui qualifie le film d'humaniste et poétique (difficile effectivement de ne pas lui donner ces deux qualificatifs);
- Grand Ecart, blog qui a beaucoup aimé le film;
- Libération, qui, à son habitude, joue avec les mots, "Vers la lumière, vision étriquée", étrille le film...
Que chacun s'en fasse sa propre expérience....

Avant de continuer, juste une petite remarque : la musique est signée Ibrahim Maalouf...

Clichés et stéréotypes

Avant de plonger dans ce qui nous a vraiment et sincèrement plu dans cette histoire, nous ne pouvons pas passer sous silence quelques clichés, vus ici et ailleurs :
- pourquoi faut - il immanquablement que la personne aveugle touche le visage de la personne aimée, et en pleine rue?
- pourquoi le personnage principal déficient visuel en est-il toujours à un moment crucial quant à l'état de sa vision? Ici Nakamori est en train de perdre la petite fenêtre de vision qui lui reste.
- pourquoi la personne déficiente visuelle est-elle, à un moment ou un autre, une victime?

Nakamori touchant le visage de Misako

Nous ne détaillerons pas plus pour ne pas dérouler toute l'histoire mais ces quelques exemples nous ont vraiment déçus. Déçus parce qu'on a pas tant l'occasion que ça, au cinéma, de voir des personnages malvoyants, déçus parce que la partie décrivant le travail autour de l'audiodescription d'un film est vraiment intéressante et nouvelle.

L'audiodescription

Sujet qui nous intéresse tout particulièrement en ce moment, l'audiodescription est au cœur de ce film. C'est par son biais que se rencontrent les protagonistes, mais il y a aussi toute une réflexion autour de ce qu'est ou doit être une "bonne" audiodescription. C'est un sujet qui fait réellement débat parmi les personnes qui font de l'audiodescription, parmi les chercheurs qui travaillent sur ce sujet. On pourra trouver une définition proposée par l'association française d'audiodescription , on pourra aussi écouter cette entrevue (en anglais) de Louise Fryer, spécialiste anglaise d'audiodescription.

Nakamori au cinéma en train d'écouter un film en audiodescription

La première partie du film se passe pendant une séance de visionnage d'un film dont le texte de l'audiodescription est en rédaction. En fait, quelques consultants aveugles ou malvoyants, sont là pour donner leur avis sur l'audiodescription présentée en phase de travail : est-ce que le texte en clair, les descriptions suffisamment parlantes ou détaillées, ou, au contraire, trop détaillées, trop envahissantes, trop engagées émotionnellement?
Vers la lumière nous donne l'occasion de voir comment s'écrit, se construit une audiodescription, quel est le rôle des consultants. Cette partie est d'ailleurs très intéressante et, de plus, il semble, hormis le personnage de Nakamori interprété par un acteur voyant, que les trois personnages, deux femmes et un autre homme, soient joués par des personnes aveugles ou malvoyantes. Il y a de vifs échanges entre les consultants et Misako, qui écrit l'audiodescription du film et cela permet de comprendre les enjeux d'une audiodescription. Il ne s'agit pas simplement ni seulement de traduire des images en texte en se glissant dans les interstices des dialogues.

Nakamori

Interprété par Masatoshi Nagase, Nakamori est un photographe en train de perdre la vue qui ne sort jamais sans son Rolleiflex, appareil photo mythique.

Nakamori se déplaçant en ville, appareil photo autour du cou

Nakamori avec son appareil photo, entouré de jeunes enfants

Nakamori est consultant, parmi d'autres personnes déficientes visuelles, pour une société, White Light, qui fait de l'audiodescription pour les films.
Avant de perdre irrémédiablement la vue à cause d'une maladie évolutive (rétinite pigmentaire?), Nakamori était un photographe japonais de renom. Difficile pour lui de se faire à l'idée qu'un jour proche, la petite fenêtre de vision qui lui reste se refermera...

visage de Nakamori en gros plan, éclairé par le soleil

En attendant, pendant l'essentiel du film, il utilise ce petit reste visuel très utile pour se déplacer sans canne (trop fier?), continuer à prendre des photos, cuisiner...
Ce petit reste visuel nous permet de voir aussi des outils fort utiles pour les personnes malvoyantes :

  • un téléagrandisseur qui permet d'agrandir à sa convenance l'adresse écrite sur une enveloppe, un texte imprimé (article de journal, page de livre...)
  • un téléphone vocalisé (le lecteur d'écran intégré au smartphone décrit avec une voix de synthèse ce qu'il y a sous le doigt).
  • un logiciel d'agrandissement d'écran, permettant de grossir la police d'un texte à l'écran, d'agrandir des icônes, d'inverser les couleurs (pour de nombreuses personnes malvoyantes, la lecture d'un texte blanc ou jaune sur un fond noir est plus aisée qu'un texte noir sur un fond blanc)

Dans une scène, il explique également à Misako qu'en baissant la tête, il la voit mieux que s'il regardait en face. On peut se rappeler de la planche d'illustrations dans Florence et Léon, de Simon Boulerice, où Florence s'amuse à tester la fenêtre de vision de Léon.

Misako

Misako tente de capter des éclats de lumière sur sa main dans l'appartement de Nakamori

Jeune femme qui passe son temps à décrire ce qui se passe autour d'elle, y compris pour elle-même et dans sa tête, Misako vit pour l'audiodescription.
Sa mère, atteinte d'une maladie qui lui fait perdre la mémoire (Alzheimer?), vit à la campagne avec une voisine qui veille sur elle. Son père a disparu.
Ça fait beaucoup pour les épaules de Misako, fille unique...
Misako est jeune, jolie, porte de longs cheveux Bruns, avec une frange. Elle semble assez maladroite dans ses relations avec les autres, comme si elle ne trouvait pas sa place ou si elle la cherchait encore.
Nakamori lui dit à un moment qu'elle n'est pas faite pour ce travail. Rude façon de lui dire qu'elle est maladroite dans ses relations avec les personnes aveugles : elle veut tout le temps les aider, ce dont ils n'ont ni besoin en permanence ni envie.

Pour momentanément conclure

Vers la lumière est un film qui, hormis quelques clichés et la présence d'éléments dramatiques dont l'histoire aurait pu se passer, est un film à voir, et à écouter.
A voir notamment pour sa très belle lumière, ses détails intéressants sur la malvoyance (quand il reste une petite fenêtre de vision sur laquelle on compte pour toutes les activités quotidiennes) et ses outils (téléagrandisseur, téléphone vocalisé, logiciel d'agrandissement et de lecture d'écran...), le jeu de l'acteur incarnant Nakamori, Masatoshi Nagase, est plutôt subtil, montrant comment se manifeste, dans le port de tête, cette petite fenêtre de vision.
A écouter pour la musique d ' Ibrahim Maalouf, qui ne s'impose pas, laissant à la nature, au vent, la possibilité de se manifester, pour les avis des consultants aveugles sur l'audiodescription du film...

Lors de sa sortie en salle, Vers la lumière est diffusé en version originale. Pour ceux qui ont la possibilité de le voir avec audiodescription, celle-ci contient et la traduction des dialogues en japonais, et les indications visuelles. C'est déjà comme cela qu'avait été "livré" le film Imagine d'Andrzej Jakimowski où existaient plusieurs personnages aveugles, dont l'un joué par Melchior Derouet.
Espérons que le DVD contiendra cette piste audiodescriptive.

lundi 20 juin 2016

Perception des couleurs - Imaginaire et Cécité

Vaste sujet que nous effleurerons ici en explorant trois ouvrages, plus ou moins récents, deux classés en littérature jeunesse et un autre à mettre dans les livres illustrés. Chacun d'entre eux illustre toute ou partie du titre. Laissons tomber nos repères visuels et laissons - nous porter par les textes et les illustrations que nous proposent ces trois ouvrages.

Le livre noir des couleurs - couverture

  • Le livre noir des couleurs de Menena Cottin et Rosana Faria, paru en 2007 aux éditions Rue du Monde

Ce que Thomas voit - Couverture du livre

  • Ce que Thomas voit de Christian Merveille et Marion Servais, paru en 1997 chez Magnard Jeunesse

Le son des couleurs - couverture du livre

  • Le son des couleurs de Jimmy Liao, paru en 2009 chez Bayard Editions

A travers ces ouvrages, une récurrence : les deux albums jeunesse mettent en scène un garçon aveugle du nom de Thomas. Pied de nez ou manque d'imagination? Nous ne trancherons pas...
Le livre noir des couleurs aborde, d'une façon assez originale mais assez peu lisible en ce qui concerne le braille et les dessins en relief, ce que peut signifier une couleur pour une personne aveugle de naissance. Nous repenserons ici au court livre de Thierry Lenain, Loin des yeux, près du coeur, où Aïssata tenait absolument à ce que Hugo se représente les couleurs :
p40 " (...) ça c'est jaune comme le soleil qui chauffe la peau, ça vert comme le parfum de l'herbe mouillée le matin, et ça bleu comme l'océan quand tu es devant."
Écriture blanche sur fond noir et braille Dessin en relief - la pluie qui tombe

Dans Le livre noir des couleurs, il y a aussi une liste de couleurs, jaune, rouge, marron, bleu, blanc, arc-en-ciel, vert ou encore noir, qui sont passées au spectre des sens à la disposition de Thomas : le toucher, le goût, l'odorat, l'ouie.
Sur la quatrième de couverture, on peut ainsi lire : "Thomas ne voit pas les couleurs mais elles sont pour lui mille odeurs, bruits, émotions et saveurs. Dans l'obscurité de ses yeux, il nous invite à regarder autrement."

Cela donne des petits textes pour chacune des couleurs et donne envie de se dire, poétiquement, que la couleur ne se perçoit pas qu'avec la vue.

Ce que Thomas voit est un livre aussi très poétique où l'imagination de Thomas est magnifiquement illustrée par des dessins pleine page. Un objet familier dans l'environnement de Thomas, tel un coussin, se transforme pour devenir un nuage.
Pour Thomas, une maison aboie ou une statue roucoule car, "ce que Thomas voit, personne ne le voit".

Ce que Thomas voit - la statue du parc qui roucoule

Ici, Thomas nous emmène en promenade dans son imaginaire. Aucun obstacle à croire que les coussins traversent le ciel ou que le chat est rose. D'ailleurs, les illustrations le montrent! Un petit bruit entendu, et hop, l'imagination de Thomas se remet en route, cherchant à identifier ce bruit dans son répertoire, son catalogue. Car il est aussi question de cela : l'imagination d'un petit garçon aveugle se nourrit de ce qu'il connaît.

Le son des couleurs de Jimmy Liao, s'adresse à un lectorat un peu plus âgé, avec des textes plus longs et, pour conclure l'histoire, le poème de Rainer Maria Rilke, L'aveugle

Je ne manque plus de rien maintenant,
toutes les couleurs se traduisent
en bruits et en senteurs.
Et de quelle infinie beauté est leur musique
Quand elles se font notes!
A quoi me servirait un livre?

Dans les arbres le vent feuillette :
je connais les paroles que l'on y entend
et les répète parfois doucement.
Et la mort qui brise les yeux comme les fleurs,
la mort ne trouvera pas mes yeux...

La jeune fille et sa canne blanche - Le son des couleurs

Au fil des pages, nous suivons une jeune fille de quinze ans qui descend dans le métro pour un voyage inattendu. La jeune fille, habillée de blanc de la tête aux pieds, porte des lunettes fumées, une canne blanche, ainsi qu'un chapeau, un parapluie jaune et un sac à dos rouge.

La jeune fille dans un décor de vitraux

Voyons maintenant ce que dit des couleurs Tommy Edison, YouTubeur américain, aveugle de naissance, qui s'est fait connaître en faisant des critiques de films, à travers un article de Mathieu Dejean, publié en 2014 sur Slate.fr : Comment décrire une couleur à un aveugle?.
Moins poétique, peut-être, plus pragmatique, sûrement.

Pour en revenir à l'imaginaire, ou l'imagination, au-delà des couleurs, replongeons - nous dans le joli film Imagine où Ian dit : "Imagine it and you'll hear it" (Imagine-le et tu l'entendras)...

mercredi 30 décembre 2015

Blind - Eskil Vogt

Film norvégien de 2014 réalisé par Eskil Vogt, sorti en France le 29 avril 2015 et édité DVD par KMBO en octobre 2015.

On pourra regretter l'absence d'audiodescription, contrairement à ce qu'avait fait KMBO pour Imagine du réalisateur Andrzej Jakimowski où il était aussi question de personnages aveugles dont le DVD est disponible ici.

Affiche du film Blind

On trouve néanmoins sur le DVD les courts métrages réalisés par Eskil Vogt ainsi qu'un entretien fort instructif où il parle notamment, et ces sujets intéressant particulièrement Vues Intérieures, de l'idée d'un personnage principal aveugle ainsi que la préparation de l'actrice à ce rôle et du travail de metteur en scène pour illustrer ce que ressent le personnage.

Synopsis

Ingrid vient de perdre la vue. Elle quitte rarement son appartement mais se rappelle encore à quoi ressemble l'extérieur. Les images qui étaient autrefois si claires sont lentement remplacées par des visions plus obscures. Elle soupçonne son mari Morten de mentir quand il dit aller travailler. Est-il dans l'appartement avec elle à se cacher et l'observer en silence ? Ecrit-il à son amante quand il prétend envoyer des messages à ses collègues ?

Pourquoi un personnage principal aveugle ?

L'idée a commencé à germer dans l'esprit de Eskil Vogt à la suite de la lecture d'un roman norvégien où il y avait un personnage aveugle avec un monologue intérieur, des pensées de quelqu'un qui ne voit pas. A priori pas très cinématographique, le cinéma ayant deux sens, la vue et l'ouïe. Pourtant, Eskil Vogt a trouvé cela fascinant et le projet a continué à mûrir pendant qu'il travaillait sur autre chose.
Puis il s'est dit que le personnage ayant vu, pouvait se construire des images mentales, les modifier, les visualiser et qu'il pouvait imaginer une image à partir d'un son.
C'est l'opportunité, pour un réalisateur de cinéma, de faire un film sensuel, de toucher les choses, sentir le vent : être subjectif, faire ressentir au spectateur ce que le personnage est en train de vivre. Être conscient des détails, faire appel aux souvenirs des spectateurs pour la sensation de l'eau qui coule du robinet ou la chaleur du soleil à travers la fenêtre, par exemple.
Transposer le toucher par les images...

Crédibilité du personnage aveugle

Les personnages de femme aveugle, dans la littérature ou au cinéma, sont d'abord peu nombreux, et souvent, pour caricaturer et résumer, des victimes. A ce sujet, vous pouvez lire l'article de Bérengère Levet intitulé "Cécité, Infirmité, Féminité" disponible en annexe.
Ce n'est pas le cas d'Ingrid. Et d'ailleurs, dans son entretien disponible sur le DVD, Eskil Vogt explique qu'il avait pensé dès le début à Ellen Dorrit Petersen, l'actrice incarnant Ingrid, parce qu'elle a un côté digne, un peu arrogant, qui fait qu'on ne peut pas l'imaginer en victime. Et il est vrai qu'à aucun moment, l'idée de victime affleure... même quand elle renverse son bol de soupe ou se cogne au chambranle de la porte, désagréments qui font partie du quotidien des personnes aveugles, entre autres...

Ingrid se cognant au chambranle de la porte

Si la mise en scène use de gros plans pour nous aider à nous mettre à la place ou dans la peau d'Ingrid, procédé dont nous avions également parlé dans "Imagine", le son est également particulièrement soigné. Le film commence sur l'image d'un arbre, un chêne, de sa silhouette au détail de son écorce que l'on touche presque. Et c'est vrai qu'en voyant couler l'eau du robinet sur les mains d'Ingrid ou le soleil caresser sa peau à travers la fenêtre, le spectateur est capable de se souvenir de ces sensations.
L'actrice a suivi pendant plusieurs mois des cours de réadaptation pour les personnes venant de perdre la vue. Elle a appris à se déplacer avec une canne (même si elle sort très peu de chez elle) et a appris un autre langage du corps. C'est ainsi qu'en parle Eskil Vogt et c'est vrai. Elle se déplace de façon confortable dans son appartement, tendant la main pour préciser la position d'un meuble, d'un objet lorsqu'elle sait qu'elle arrive à proximité.
Vrai travail aussi sur le regard, loin d'être figé tel celui d'Al Pacino dans "Le Temps d'un Week-end". Bluffant de naturel, et vraiment crédible...

A travers les différentes scènes, on entend la synthèse vocale de son ordinateur, un four micro-onde qui parle, on découvre un détecteur de couleurs... Des objets ou outils facilitant le quotidien...
Comment savoir à quoi l'on ressemble, comment se maquiller sans voir ? Voilà plein de petites questions qui se glissent dans le fil du scénario et qui donnent une image d'une femme à part entière.

Pour avoir une idée plus précise du film et de son contexte cinématographique, lire cet article paru sur le site Maze. L'histoire est complexe à résumer, où se mêlent réel et imagination, où les personnages s'interchangent...
Si "Blind" est le premier long métrage de Eskil Vogt, présenté d'ailleurs dans des festivals du monde entier dont Sundance et Berlin, Eskil Vogt a été aussi le scénariste de Joachim Trier sur "Oslo, 31 août".

Esthétisant, peut-être, compliqué, un brin sûrement, "Blind" nous donne l'occasion, et elles sont rares, de voir un beau portrait de femme en train de se reconstruire dans son identité nouvelle incluant la cécité sans y abandonner sa féminité. Et invite les spectateurs à plonger dans la tête d'Ingrid.

Pour aller plus loin

Pour terminer ce billet, voici un lien vers un article en anglais intitulé Seven Ways into Sightlessness . A noter qu'il n'est pas question de cécité ici (Blindness en anglais) mais d'absence de vision (Sightlessness). Cet article que l'on pourrait donc traduire par "Sept façons d'illustrer l'absence de vision", présente sept films qui abordent cette absence de vision sans préjugés, parmi lesquels "Blind" dont nous parlons ici, mais aussi Imagine d'Andrzej Jakimowski, Proof de Jocelyn Moorhouse. Les autres films cités sont "Land of Silence and Darkness" de Werner Herzog (belle présentation en français à lire ici), "Blue" de Derek Jarman (lire cet article en français), "Anytown USA" de Kristian Fraga et "Zatoïchi" qui a fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques mais nous pourrons choisir la version de Takeshi Kitano datant de 2003.