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Tag - Lire dans le Noir

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dimanche 28 mai 2017

Julien Prunet et Lire dans le Noir

Comment débuter ce billet qui nous tient tant à coeur et qui est pourtant si difficile à présenter...

Il y a quinze ans, de nombreux auditeurs de France Info ont découvert par une tragique nouvelle que l'un des journalistes qui les accompagnaient le matin était aveugle. Mais Julien Prunet, qui présentait France Info Plus était non seulement ce brillant journaliste mais également un infatigable curieux, un voyageur aguerri et un engagé associatif. Pour se souvenir de lui, nous avons demandé à Aurélie Kieffer, journaliste Santé - Famille à France Culture et France Musique, qui a travaillé avec Julien Prunet et qui était une amie proche de nous raconter qui était Julien et comment, pour lui rendre hommage, elle a fondé l'association Lire dans le Noir.

Le texte qui suit est celui d'Aurélie Kieffer. Et nous l'en remercions chaleureusement.

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Ce matin là, la radio me réveille avec Alain Souchon, et je souris. Je revois Julien, dansant et chantant devant la machine à café  : « La vie ne vaut rien, la vie ne vaut rien  Mais moi quand je tiens, mais moi quand je tiens  Là dans mes deux mains éblouies,  Les deux jolis petits seins de mon amie,  Là je dis : rien, rien, rien,... rien ne vaut la vie. » 

Il faut que je l'appelle, il n'avait vraiment pas l'air en forme vendredi. Lui toujours si plein d'énergie, si enthousiaste, m'a dit au téléphone : « J'ai peur d'être dépressif ». Tout ça parce qu'il est coincé chez lui, malade, et obligé de se reposer loin de France Info. D'habitude il se lève aux aurores, se couche tard et ne s'arrête jamais... En témoignent les bosses sur son front, quand sa canne n'a pas su lui signaler un obstacle à temps. Cela nous a d'ailleurs valu une escapade aux urgences pour des points de suture. Il était tout démoralisé le pauvre : « je ne peux quand même pas marcher à 2 à l'heure... » Rien ne le contrarie plus que d'être ramené à ce handicap qu'il s'attache tant à faire oublier. Aveugle, et alors ? Il pense devoir être le meilleur pour compenser. Il ne le dirait sûrement pas comme ça, mais c'est ce que je ressens. Et si nous sommes amis c'est – je crois – parce qu'avec moi il n'a pas besoin de garder tout le temps son supercostume de superjournaliste, parce que je lui dis discrètement quand il a – encore ! – fait une tache sur sa chemise, parce que je le taquine beaucoup mais ne le juge jamais.

Quand ma collègue Barbara vient me voir à mon bureau, visage décomposé, voix blanche : « Tu es au courant ? Julien est mort », je veux d'abord croire qu'elle me parle d'un autre. Il y a erreur, forcément. Julien, c'est la vitalité incarnée. Et le mot « suicide » ne peut pas être associé au nom de Julien Prunet, c'est juste... inconcevable.

Il y a donc le temps de la sidération, puis la plongée dans un gouffre de tristesse, avec cette pensée qui tourne en boucle : la vie de Julien ne peut pas s'arrêter comme ça, la fin de l'histoire ne peut pas être celle-là.

Un livre d'Or est mis en ligne sur le site Internet de France Info, et je valide chaque message qui nous parvient. C'est peut-être à ce moment-là que renaît la première lueur d'espoir : quand les messages affluent, quand je lis tous ces mots d'auditeurs tristes de perdre un compagnon du matin, surpris et admiratifs aussi en découvrant le parcours de Julien.

Dans les jours qui suivent je réfléchis à la meilleure façon de lui rendre hommage. Je repense aux incroyables dîners dans le noir auxquels Julien m'a initiée, ces repas déroutants où l'on perd tous ses repères, et où l'on s'en sort grâce aux précieux conseils d'un guide non-voyant. Je repense à l'envie qu'avait Julien de monter une émission de radio consacrée à la lecture de romans contemporains. Je repense au livre que je lui ai enregistré : Isabelle Bruges, de Christian Bobin. Un cadeau modeste à mes yeux, mais que Julien a particulièrement apprécié. C'est là que j'ai pris conscience de sa frustration : lui, curieux de tout, ne peut pas lire ce qu'il veut. Non seulement il faut attendre longtemps avant qu'un livre ne soit transcrit en Braille ou enregistré par des bénévoles, mais en plus, la qualité de la version audio laisse parfois à désirer.

De belles voix, des techniciens, des studios, on a tout ça à la radio... Et si nous réalisions le rêve de Julien ? Mon idée se précise, fait son chemin, j'en parle à quelques proches qui m'encouragent, et je vais voir le PDG de Radio France, Jean-Marie Cavada. Il connaît mon amitié pour Julien, et mon projet lui parle. A tel point qu'il propose de nous prêter sa voix.

« Lire dans le noir » voit le jour à la rentrée. Avec des amis, mais également avec les parents de Julien, nous créons une petite association qui se donne pour mission de rendre la lecture accessible à tous. Et nous nous lançons – sans avoir la moindre expérience en la matière !- dans l'édition de livres audio. L'idée : enregistrer des livres dans des conditions professionnelles, au plus près de leur date de parution, si possible avec la participation de l'auteur lui-même. Et ça marche ! Les portes s'ouvrent quand nous demandons de l'aide, des conseils, de l'argent. Les écrivains s'engagent à nos côtés. La FNAC accepte de présenter nos CD (surmontés d'une étiquette braille) à côté du livre papier, car il est essentiel pour nous que les personnes handicapées visuelles puissent acheter leurs livres comme tout le monde, en librairie. Reste à faire connaître nos enregistrements : nous nous initions aux relations presse, nous allons de salon du livre en festival, nous organisons des tables rondes et des lectures à voix haute, nous inventons un parasol à histoires, et nous faisons des lectures dans l'obscurité complète, à la façon des dîners dans le noir. La magie opère, ce sont des moments d'une grande émotion, dont ni le public ni les auteurs ne ressortent indemnes.

Jaquette du livre audio J'arrive où je suis étranger - Jacques Semelin - Lire dans le Noir

Et voilà que les éditeurs s'emparent du livre audio : Gallimard développe sa collection Ecoutez Lire, Audiolib se lance à son tour, tandis que des éditeurs plus modestes proposent des collections originales et de qualité. Alors, nous faisons évoluer l'association : nous laissons le travail d'édition aux professionnels, et nous les encourageons en créant le premier prix littéraire dédié aux livres audio.

En 2012, je deviens maman, et je laisse à d'autres le soin d'inventer de nouveaux projets pour Lire dans le noir. Je donne toujours des coups de main bien sûr, mais d'autres sont beaucoup plus actifs que moi, et je suis heureuse de voir des personnes qui ne connaissaient pas Julien s'impliquer avec tant d'enthousiasme. Lire dans le noir est née dans le deuil, mais ce n'était pas qu'une action commémorative. En témoigne cette confidence d'un ami dont la vue s'est dégradée brutalement et qui ne se sentait plus bon à rien quand il a découvert l'association : « Lire dans le noir m'a sauvé la vie. »

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Pour en savoir plus sur Julien Prunet, aller sur la page Wikipedia qui contient de nombreux liens.

Julien Prunet avait également effectué des stages de pilotage avec les Mirauds Volants, association qui permet à des personnes aveugles ou malvoyants de piloter des avions.

Logo de l'association Les Mirauds Volants

En 2002, lorsque l'association Lire dans le Noir a été créée, il existait très peu de livres audio et encore moins pour les romans contemporains. Heureusement, les temps ont bien changé et, même s'ils ne sont pas aussi développés ou fournis que dans d'autres pays comme l'Allemagne ou les Etats-Unis (lire cet article paru dans Slate en juillet 2016), ils sont présents, certes discrètement, dans nos librairies.
Malgré tous les progrès techniques, rappelons que tous les livres ne sont pas encore accessibles aux personnes aveugles ou malvoyantes et autres "empêchés de lire", et qu'il reste encore du travail dans ce domaine.
Notons toutefois cet accord, très récent, au niveau européen qui devrait rendre plus de livres accessibles pour les personnes aveugles.

Outre d'autres diplômes, Julien Prunet était passé par Centre de Formation des Journalistes, (CFJ).
"Créée en 2003 par la direction du CFJ et l'Association des anciens élèves, la Bourse Julien-Prunet rend hommage au jeune journaliste Julien Prunet, diplômé du CFJ, disparu en 2002. Julien était non-voyant.
Le but de la bourse qui porte son nom est de permettre chaque année, à une personne ayant un profil "atypique", de suivre la formation du CFJ sans passer le concours d'entrée traditionnel. C'est une porte ouverte pour un(e) candidat(e) motivé, mais qui ne correspond pas, ou plus, aux critères d'entrée actuels (âge, diplômes, handicap physique)."

Aujourd'hui, cette Bourse n'existe plus mais parmi les récipiendaires, on notera Laetitia Bernard (2005) ou... Romain Villet (2008), l'auteur de Look.

dimanche 2 novembre 2014

Pascal Parsat - portrait

Comme premier portrait, j'avais envie de parler de Pascal Parsat, comédien, auteur, metteur en scène, professeur d'art dramatique mais aussi inventeur du théâtre dans le noir et co - fondateur, avec Stéphanie Sauthon du CRTH (Centre Recherche Théâtre Handicap) en 1993, parce qu'il oeuvre depuis longtemps pour que le théâtre, et la culture plus largement, soient accessibles à tous, et dans les deux sens: établissements culturels accessibles mais aussi pratiques culturelles accessibles.

Pascal Parsat

Si l'on ne peut pas parler de tout de façon exhaustive, j'ai envie de mettre l'accent sur quelques moments particuliers.

Comédien, il a ainsi enregistré "J'arrive où je suis étranger" de Jacques Semelin en 2007 en livre audio pour l'association Lire dans le Noir.

Toujours en 2007, il adapte "Vol de Nuit" d'Antoine de Saint Exupéry, mis en scène par Christophe Luthringer, avec Regard ' en France Compagnie, dans lequel joue notamment Melchior Derouet, déjà évoqué dans le premier billet de ce blog ou dans celui consacré à Imagine.

En 2004, il co-fonde, toujours avec Stéphanie Sauthon, l'école de théâtre Acte 21, accessible à tous.

Pascal Parsat est aussi, avec le CRTH, initiateur des Souffleurs d'Images, ici, dans une exposition sur Antoine de Saint Exupéry, qui permettent aux personnes aveugles ou malvoyantes d'avoir accès à une exposition ou au théâtre grâce à un "dispositif" léger et individualisé.

Pour avoir un aperçu plus complet de l'homme et des idées qu'il défend, vous pourrez lire plusieurs articles dont voici les liens:

http://www.rueduconservatoire.fr/ar...

Culture et handicap - rôle du CRTH

Pour un théâtre accessible à tous

Ce billet ne peut pas faire le tour de toutes les actions menées par Pascal Parsat et le CRTH mais vous incite fortement à utiliser les liens pour aller y voir de plus près.

Le CRTH est aussi là pour aider les structures culturelles à se rendre accessibles.

Bref, le travail de Pascal Parsat, seul ou dans le cadre du CRTH, est d'une valeur inestimable pour montrer que les barrières peuvent et doivent tomber, quel que soit le côté (devant ou sur la scène).

Et parce qu'il reste encore beaucoup de choses à faire, il semblait normal à Vues Intérieures de mettre en avant la démarche, les idées, les convictions, sans oublier le talent de Pascal Parsat.