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lundi 8 juillet 2019

Les audiences de Sir John - Bruce Alexander

Premier opus d'une série mettant en scène Sir John Fielding, Les audiences de Sir John est publié dans la collection Grands détectives des éditions 10/18. Le titre original est Blind Justice. Bruce Alexander l'a publié sous ce titre en 1994. L'édition française (traducteur Jean-Noël Chatain) date de 1998. Il ne s'agit donc pas d'une nouveauté mais d'une double découverte : celle de la série et celle de Sir John Fielding.

Si la série compte onze volets, seuls les huit premiers ont été traduits en français.

Couverture du livre Les audiences de Sir John
L'illustration de la couverture de ce livre reprend un détail d'un tableau d'Arthur Devis dont le titre est "Edward Parker et sa femme Barbara". Dans le détail choisi, seul apparaît le dit Edward Parker, portant un tricorne et revêtu d'un costume jaune, d'un manteau largement ouvert beige.

Quatrième de couverture

Le héros de cette nouvelle série, Sir John Fielding est un personnage hors du commun : magistrat connu de tous pour son impartialité et ses exceptionnelles qualités de détective, il est célèbre pour avoir fondé la première police urbaine de Londres au XVIIIe siècle. Ses compétences sont d'autant plus remarquables qu'il est aveugle ! Secondé par ses "yeux", le jeune Jeremy Proctor, narrateur de ses exploits, Sir John Fielding enquête dans toutes les couches de la société anglaise de son temps. Pour le New York Times : "Alexander restitue avec finesse et vivacité l'esprit de l'époque. Sir John et le jeune Jeremy forment une équipe irrésistible qui fait augurer longue vie à cette série."

Le vrai Sir John Fielding

Tout comme James Holman, grand voyageur aveugle, personnage principal du roman de Lesley Beake Voyageur, Sir John Fielding a vraiment existé, contrairement d'ailleurs à sa jeune recrue Jeremy Proctor. Il semble d'ailleurs qu'il ait inspiré d'autres auteurs. Il apparaît ainsi de façon récurrente dans la série policière John Rawlings, l'apothicaire de Deryn Lake, qui se déroule en Angleterre à la même période, et qui a également été écrite dans les mêmes années.

Portrait de John Fielding, peinture de Nathaniel Hone, 1773
Portrait de Sir John Fielding par Nathaniel Hone, 1773, huile sur toile, 76.2 cm × 63.5 cm, Middlesex Guildhall Art Collection. Photo credit: Trustees of the Middlesex Guildhall Art Collection.

Demi-frère d'Henry Fielding, romancier, dramaturge et magistrat, John Fielding, né en 1721, devient aveugle dans un accident maritime à l'âge de 19 ans. Il monte ensuite sa propre affaire puis, sous la conduite de son frère, il décide d'étudier le droit. En 1750, il est nommé adjoint de son frère, et l'aide notamment dans sa lutte contre la corruption ainsi que pour améliorer le système judiciaire londonien. Les deux frères créent ainsi la première brigade professionnelle de police et diffusent régulièrement une « gazette de police » contenant des descriptions de criminels connus. Ils posent aussi les bases du premier service de casier judiciaire.
Lorsque son frère meurt en 1754, il est nommé magistrat à sa place à Bow Street. Familièrement surnommé « le Bec aveugle » (The Blind Beak), la légende dit qu'il est capable de reconnaître plus de 3 000 repris de justice au son de leur voix. En 1761, la Couronne britannique le fait chevalier. Il mourra en 1780.

Sir John Fielding, héros d'un roman policier

Si l'on se réfère au paragraphe précédent, il y a manifestement beaucoup de points communs entre le "vrai" Sir John Fielding et celui de la série éponyme.
Cependant, l'intrigue racontée ici, sans être d'une folle originalité, est fictive, comme l'est aussi le jeune personnage appelé Jeremy Proctor. Mais c'est lui qui, devenu adulte, nous relate ses aventures avec Sir John. L'auteur mêle fiction et réalité, reprenant des événements historiques pour les intégrer dans des histoires fictives.

Sir John n'est cependant pas le seul "détective" aveugle présent dans les romans policiers ou les séries télévisées. Mais dans tous ces exemples auxquels nous pensons, le détective aveugle est toujours en binôme. On pourra ainsi penser à l'inspecteur Jim Dunbar dans la série "Blind Justice" qui ne dura qu'une saison. Accompagné de son chien-guide, il travaille en binôme avec Karen Bettancourt, jeune policière qui, outre le rôle de chauffeur, lui prête aussi ses yeux pour décrire, par exemple, une scène de crime. Dans un autre genre, on pourra aussi se rappeler d'Auggie Anderson dans Covert Affairs et son duo avec Annie Walker. Et il en existe d'autres dont nous aurons peut-être l'occasion de parler ici même.

Affiche de la série TV Blind Justice
Affiche de la série télévisée "Blind Justice" : au premier plan, l'inspecteur Dunbar, en costume et lunettes noires, au deuxième plan, New York. Située en haut de l'affiche, une phrase : " He lost his sight... not his vision." (Il a perdu la vue... pas sa vision).

Les audiences de Sir John, premier opus d'une série

Si ce premier titre permet de mettre en place les personnages principaux et, pour le lecteur, de faire leur connaissance, Jeremy Proctor en tête, il permet aussi d'installer l'ambiance de la série dans le Londres du XVIIIe. Sans trop divulgâcher, nous aurons donc l'occasion de comprendre comment fonctionne la justice, celle du "tout-venant" et celle des hauts rangs, comment l'on se déplace à Londres à cette époque ou avoir une idée assez précise de la vie de certains quartiers londoniens. Sir John Fielding, en tant que magistrat, s'occupe de toutes les strates de la société anglaise, pouvant autant s'adresser à une jeune servante, qu'à un capitaine de navire ou un repris de justice.
Dans cette première aventure, l'auteur, américain natif de Chicago, semble prendre plaisir à dépeindre tous les travers de la société anglaise de cette époque, son rapport à l'esclavage, son habitude d'envoyer des condamnés dans les colonies, appelée transportation et la hiérarchisation de la société londonienne. On peut imaginer qu'au fil des aventures, le lecteur en apprendra encore plus sur le Londres de cette époque lorsque la ville rayonnait dans le monde entier.

La série

  • Blind Justice (1994), publié en français sous le titre "Les Audiences de Sir John", 10/18, « Grands Détectives » no 3001, 1998
  • Murder in Grub Street (1995), publié en français sous le titre "Le Fer et le feu", 10/18, « Grands Détectives » no 3051, 1999
  • Watery Grave (1996), publié en français sous le titre "L'Onde sépulcrale", 10/18, « Grands Détectives » no 3110, 1999
  • Person or Persons Unknown (1997), publié en français sous le titre "Venelles sanglantes", 10/18, « Grands Détectives » no 3156, 2000
  • Jack, Knave and Fool (1998), publié en français sous le titre "Le Fourbe et l'Histrion", 10/18, « Grands Détectives » no 3205, 2000
  • Death of a Colonial (1999), publié en français sous le titre "La Veuve et l'Imposteur", 10/18, « Grands Détectives » no 3271, 2001
  • The Color of Death (2000), publié en français sous le titre "Brigands et Galants", 10/18, « Grands Détectives » no 3369, 2001
  • Smuggler's Moon (2001), publié en français sous le titre "La Nuit des contrebandiers", 10/18, « Grands Détectives » no 3498, 2003

Ainsi que trois autres, non traduits en français à ce jour :

  • An Experiment in Treason (2002)
  • The Price of Murder (2003)
  • Rules of Engagement (2005)

Dès la première page du premier chapitre, Jeremy nous présente Sir John Fielding. Nous saurons ainsi très rapidement que "s'il était dépourvu du sens de la vue, que la plupart de nos semblables estiment comme capital, sir John n'en mena pas moins une existence exemplaire." (p9)
Intéressant de voir que pour Jeremy, qui l'a côtoyé longtemps, le fait d'être aveugle est presque anecdotique tant Sir John a eu une vie bien remplie. Cela donne aussi le ton du roman et de la série en donnant une image très positive de ce personnage, largement inspiré du vrai Sir John Fielding. À aucun moment, Sir John Fielding ne sera dépeint comme un être en détresse. En matière de loi, c'est lui qui donne le "la".

Une cécité empreinte d'humanité

Jeremy Proctor
Le premier chapitre du roman raconte les circonstances de la rencontre entre Jeremy Proctor, alors âgé de treize ans, et de Sir John Fielding.
Racontées par Jeremy, ces histoires reflètent aussi la façon dont il perçoit le personnage qui, finalement, lui a sauvé la vie ou au moins lui a évité de tomber dans la délinquance à son arrivée à Londres alors qu'il venait de devenir orphelin à treize ans.
Il sera accueilli sous le toit de Sir John alors même que sa femme se meurt, elle qui sera soulagée par un médecin irlandais catholique, Donnelly, à l'aide d'une infusion aux vertus apaisantes.

Une autonomie calculée
Au fil de cette première aventure, Jeremy décrira au lecteur la farouche autonomie de Sir John lorsqu'il est en terrain connu. "Au premier carrefour que nous dûmes traverser, j'effleurai le coude de sir John pour lui signifier, par pure prévenance, que la voie était libre. Pourtant, il secoua fermement la tête et me dit :
- Non, Jeremy, s'il te plaît. Je préfèrerais me diriger seul. À moins de m'éviter une mort certaine sous un attelage ou un grand embarras en mettant le pied dans du crottin, tu dois résister à la tentation de m'aider."
Se déplaçant avec une canne, qu'il tend devant lui pour trouver l'emplacement de marches par exemple, Sir John accepte cependant de se faire guider quand il s'agit de traverser une salle bondée, p280 : "en cette circonstance, je t'autorise à prendre mon bras. Guide-moi correctement. Veille à ce que je ne heurte personne."
Jeremy apprend aussi, en même temps que la plupart des lecteurs finalement, comment se comporter avec Sir John mais aussi comment celui-ci se déplace, se repère. Au cours d'un déplacement en attelage à Londres, c'est Sir John qui indique à Jeremy qu'ils arrivent à Covent Garden. Jeremy lui demande alors comment il avait pu deviner, p111 :
- "Jeremy, déclara-t-il, en me déplaçant, j'utilise simplement mes quatre autres sens. Vous autres qui jouissez de la vue ne faites que mésuser du reste. Dans le cas présent, j'ai seulement mis à l'œuvre mon nez et mes oreilles. J'ai respiré la verdure et l'odeur terreuse des étals des maraîchers, tout en écoutant ces derniers vanter leurs marchandises. Crois-moi sur parole, mon garçon, il n'existe aucun lieu à Londres qui exhale et résonne comme Covent Garden."

Magistrat reconnu, il sait aussi faire appel aux autres quand cela est nécessaire. Ainsi, p62, alors qu'il demande la description d'une demeure afin d'en avoir une image précise dans la tête, il fera d'abord appel à Bailey avant de recourir à Jeremy :
- "Pourriez-vous me décrire la maison où nous sommes sur le point d'entrer?
- Eh bien, elle est plutôt grande, à vrai dire.
- De quelle taille mon ami ?
- Trois étages, déclara Bailey, en comptant le rez-de-chaussée. Mais large, monsieur, très large.
(...)
- Peut-être peux-tu apporter ta contribution, Jeremy.
- Je vais tâcher, monsieur.
Et je m'exécutai, en faisant remarquer que la demeure était construite en brique et que les étages supérieurs comprenaient cinq fenêtres en façade, avec un yard d'intervalle entre deux et le même espace à chaque angle. Au rez-de-chaussée, une vaste porte à deux battants occupait l'emplacement d'une fenêtre et l'on y accédait en gravissant trois marches." À la suite de cette description, Sir John fera appel à Jeremy pour avoir des descriptions détaillées et fiables qu'il pourra utiliser par la suite dans sa réflexion. Ainsi, p207, Jeremy lui décrira Monsieur Clairmont : "je me remémorai le visiteur puis commençai à en esquisser la physionomie à Sir John, en lui livrant la description la plus précise dont je fusse capable. Je fis mention du grand nez crochu de M. Clairmont et de ses lèvres le plus souvent boudeuses."
Il sait aussi s'emparer des stéréotypes liés à la cécité, telle la pitié, pour faire parler une victime, p180 : "auriez - vous la bonté, mon enfant, de guider un pauvre aveugle dans le jardin et de lui tenir quelque temps compagnie ?"
Ainsi, si le lecteur sait très vite que Sir John est aveugle, sa cécité et les spécificités qui peuvent s'y rattacher sont amenées par petites touches, au fil de l'histoire et de ses nécessités. Rappelons, pour mémoire, qu'à l'époque de Sir John, le braille n'existait pas encore. Le magistrat était donc totalement dépendant des autres pour la lecture ou la rédaction de documents.

Pour momentanément conclure

C'est assurément une belle découverte et c'est un vrai plaisir de plonger dans le Londres de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, d'y rencontrer des personnages réels ou fictifs, et de s'y déplacer en compagnie de Sir John ou de Jeremy Proctor. La langue employée, dans sa traduction française, est travaillée pour, semble-t-il, coller au parler des gens issus de différentes couches sociales.
À travers la lecture de cette première aventure, on sent toute l'humanité de Sir John Fielding et l'auteur qui bâtit des histoires fictives, en profite pour transmettre également des valeurs.
À aucun moment, Sir John n'est considéré comme vulnérable. Il sait s'entourer et, certes, c'est un homme de justice, par ailleurs reconnu par ses pairs. Si l'on peut considérer comme exagérée cette faculté de reconnaître trois mille repris de justice rien qu'à leur voix, qui pourtant participa de sa légende, Sir John Fielding n'est pas traité en superhéros. Il utilise au mieux ses facultés d'analyse et son esprit de déduction. Ainsi, sans rien divulgâcher, c'est grâce à une observation naïve de Jeremy qu'il peut orienter ses recherches.
Les amateurs de romans policiers historiques devraient se pencher sur cette série. Quant à nous, la lecture d'autres ouvrages est déjà envisagée.
Soulignons par ailleurs que ce premier opus est aussi disponible en version audio chez Eole.

lundi 31 octobre 2016

Escapade londonienne - To touch or not to touch

Vues Intérieures n'est pas parti à Londres dans l'idée d'écrire ce billet. Néanmoins, nous avons croisé et "testé" plusieurs choses qui nous paraissaient intéressantes à partager.

Un guide touristique indiquait à la rubrique "Handicapés" (le titre laisse dubitatif mais passons...) :
Les voyageurs handicapés trouveront en Londres une ville qui peut se montrer extrêmement prévenante à leur égard ou bien les ignorer complètement.
La suite de l'article montrait que sous le titre "Handicapés", on faisait référence aux personnes se déplaçant en fauteuil roulant et qu'il s'agissait d'accessibilité physique... Preuve qu'il reste encore du travail d'information, de sensibilisation pour :

  • rappeler que le handicap n'est pas que physique
  • indiquer que l'accessibilité au contenu est aussi importante que l'accessibilité au contenant (sans minimiser l'importance de celle-ci bien entendu)

Mais revenons à nos moutons. Cette phrase tirée d'un guide de voyage se révèle juste, y compris pour un voyageur déficient visuel. Ici, nous parlerons essentiellement d'accessibilité culturelle mais nous pourrons aussi évoquer l'accessibilité physique à l'occasion...
A défaut d'être de qualité, nous espérons que les photos seront parlantes.

Le Cutty Sark

Vrai coup de coeur pour la visite de ce bateau, installé à Greenwich, qui fut construit pour ramener du thé de Chine le plus rapidement possible.
Maquettes, plan en relief, espace à explorer et à toucher, les cales, le pont, la coque du Cutty Sark sont à visiter.
Outre cela, le visiteur aveugle ou malvoyant a à sa disposition un livret en braille ou gros caractères contenant également des plans, des élévations, des coupes en relief.

Cutty Sark - maquette de la structure métallique du bateau

Cutty Sark - coupe de la coque et des cales remplies de boîtes de thé Cutty Sark - plan en relief d'un niveau

Cutty Sark - élévation en relief et braille

Audioguides et visites guidées

Parmi les lieux (très) touristiques, nombreux sont ceux à proposer des audioguides. Il y a des modèles plus accessibles que d'autres. Ceux possédant des touches (avec un point sur le 5) sont ainsi plus simples d'usage que les écrans tactiles même s'il faut l'aide d'un tiers pour savoir où et quel numéro composer. Il faut cependant indiquer que plusieurs lieux, comme la Cathédrale Saint Paul, ont proposé des audioguides avec une option pour visiteurs déficients visuels (en anglais uniquement et donc pas évident pour un touriste ne comprenant pas couramment la langue).

La visite guidée est une belle occasion de s'imprégner d'un lieu et de le rendre plus vivant. Quand la seule possibilité de visite est dans la langue de Shakespeare, comme au Globe, le théâtre reconstruit tel qu'à l'époque élisabéthaine, et que l'on ne maîtrise pas la langue, une maquette pourrait permettre cette appropriation que l'oeil du visiteur aveugle ou malvoyant ne peut embrasser. Au Globe, la visite guidée est à compléter de la visite du musée, avec un audioguide, qui permet d'en savoir plus sur le Londres du temps de Shakespeare, sur le théâtre élisabéthain, et sur Shakespeare lui-même. Au fil de l'exposition, et en particulier quand on aborde les costumes, le visiteur peut voir et toucher de nombreux objets, tissus... et un panneau en braille, toujours en braille abrégé anglais.
Aparté : en juin 2016 a été inauguré le premier et seul théâtre élisabéthain sur le sol français. Vous trouverez en annexe le dossier de presse où l'on parle relations franco - britanniques, Shakespeare, théâtre et architecture.

Extérieur du Shakespeare's Globe

Shakespeare's Globe - vue intérieure

Les audioguides sont un bel outil pour appréhender un lieu, son contexte, son histoire. Reste à penser, dès leur conception, à en faire un outil accessible à tous.

Maquettes et dessins tactiles

Outre les maquettes tactiles découvertes, par exemple, lors de la visite du Cutty Sark, les promenades aux abords de l'abbaye de Westminster ou le long de la Tamise offrent également des éléments intéressants à se mettre sous les doigts.
Pour le grand panneau installé au pied de Westminster, beaucoup de dessins de façades d'immeubles très détaillés, difficiles à lire aux doigts, un plan du quartier, sa position par rapport à la Tamise, ainsi que des textes en braille (anglais abrégé).

Abords de Westminster - panneau en relief, braille et dessins tactiles

Abords de Westminster - plan du quartier en relief

A proximité de l'hôtel de ville, sur les bords de la Tamise aménagés en promenade piétonne, on découvre une maquette volumétrique réalisée en métal selon le principe d'une table d'orientation qui permet de se faire une idée du quartier et de situer la Tour de Londres, le Tower Bridge et le bâtiment emblématique de l'hôtel de ville.

Maquette tactile volumétrique des abords de l'hôtel de ville

Artefacts, braille, écriture en relief

La Tour de Londres propose aussi des audioguides mais on trouve de nombreux artefacts qui permettent de savoir comment était composé le lit d'un roi, ou encore la structure d'une côte de maille ou un casque d'armure.
Ce qui est intéressant dans ces artefacts, c'est qu'ils sont accessibles à tous, manipulables par tous, et dont les enfants sont très friands.
Ils sont parfois accompagnés de textes explicatifs en braille, toujours en braille abrégé. Il y a parfois de l'écriture en relief.

Tour de Londres - côte de maille, silhouette

Tour de Londres - casque, silhouette, texte en braille

Bilan

Ville étendue, offrant des visages différents selon les quartiers, riche en histoire et en culture, Londres est fort bien pourvue en transports en commun. Les plus récents, tel le DLR qui dessert le quartier des Docklands dans l'est, sont accessibles physiquement. Il faut valider sa carte de transport en entrant et en sortant et, pour cela, localiser les bornes. Les transports que nous avons utilisés, soit le DLR, le métro et le bus, sont vocalisés, indiquant le nom ou numéro de la ligne, son terminus ainsi que le prochain arrêt. Et précisant également certains lieux à proximité de l'arrêt (Buckingham Palace ou le RNIB, l'Institut National Royal pour les personnes Aveugles).
A noter que dans certaines stations du métro, l'espace entre le train et le quai peut être très important, nécessitant une grande enjambée pour sortir. Mais cela est toujours indiqué vocalement. Et, la plupart du temps, les gens se lèvent pour laisser leur place à un passager aveugle, âgé...
Certains trottoirs sont très fréquentés, rendant la déambulation piétonne difficile. Mais il y a aussi des passages piétons sonores qui se déclenchent automatiquement (et non au moyen d'une télécommande comme dans certaines villes françaises) et sont une réelle aide quand on connaît mal les habitudes locales.

Dans la plupart des lieux touristiques ou culturels visités payants (de nombreux musées sont gratuits), la personne handicapée bénéficie d'un tarif réduit et son accompagnateur d'une entrée gratuite. Lors de notre billet consacré au Festival de Glastonbury, nous avons vu que de nombreux lieux de musique "live" offraient également cette possibilité sur justificatif.

La langue a pu être une barrière ou un frein à la compréhension. Les textes en braille abrégé anglais (différent du braille abrégé français) ou les visites guidées proposées seulement en anglais comme au Shakespeare's Globe Theatre ne facilitent certes pas cela. Mais lorsque des dispositifs accessibles existent, ils sont vraiment utiles et aident vraiment la personne aveugle à se faire sa propre idée. La maquette de la structure métallique du Cutty Sark, ainsi que la coupe du bateau chargé de caisses de thé permettent une vraie compréhension du volume global et de l'usage du navire.
La maquette volumétrique d'un quartier, tel l'ensemble d'immeubles autour de l'hôtel de ville, ainsi que, schématisés, la Tour de Londres et le Tower Bridge, est un précieux outil pour avoir des informations sur la forme des bâtiments, leur situation par rapport à la Tamise ou la relation des uns aux autres.

Rien de mieux qu'un voyage en compagnie pour partager ses impressions, c'est aussi pour cela que l'accessibilité culturelle est importante : pouvoir se faire une idée par soi-même et pas simplement par le regard ou la bouche des autres...